vendredi 16 décembre 2022

"Consentir à un examen gynécologique" - Lecture commentée de la conférence donnée au congrès InfoGyn 2022

Ceci est la lecture commentée d'une présentation donnée en octobre à Pau au congrès InfoGyn 2022 dans le cadre d'un module intitulé "Le viol en gynécologie obstétrique - Réalité ou confusion ? " et dont je rappelle le programme : 



La première conférence a été commentée sur cette page
La troisième a été commentée sur cette page
 

Voici la seconde : "Consentir à un examen gynécologique" par Brigitte Letombe. 


Pour en savoir plus sur l'intervenante, la Dre Letombe, on lira avec profit cet article paru dans  Le  Monde, en 2013 au sujet des médecins liés à l'industrie pharmaceutique. Ca éclaire sur son objectivité scientifique (entre autres). Et, accessoirement, sur celle du Dr Nisand... 




La vidéo complète est ici : http://videos.infogyn.com/2022/rjinfogyn2022.php?show=1&restit=vv2_gynecologie

(NB : Ce lien m'a été communiqué gracieusement par plusieurs personnes ayant accès au site du congrès. Il n'a été ni extorqué ni "piraté".)  


Et ça commence très fort... 

 

« Moi (c'est Brigitte Letombe qui parle) je ne vais pas vous parler de franchissement de ligne jaune, mais de notre quotidien, des consultations où on voit vingt à trente patientes par jour et où il y a quelques années, quand une demande de consultation gynécologique était émise et que cette patiente venait nous voir, il n’était même pas question de ne pas faire d’examen gynécologique, c’était même plutôt particulièrement mal vécu... (...) On n’était pas du tout dans la nécessité d’avoir un consentement à l’examen gynécologique. »

 

C’était quand, « il y a quelques années », Dre Letombe ? Dès le début des années 90, sous l’influence conjuguée d’Yvonne Lagneau, la surveillante du service des IVG où je faisais des vacations, de mon groupe Balint et de mes lectures anglo-saxonnes, je demandais déjà aux femmes si elles acceptaient que je les examine. 

 

Il faut dire que, généraliste de campagne, je savais parfaitement que les personnes qui entraient dans mon modeste cabinet venaient souvent pour parler, demander conseil, recevoir du soutien. Pas systématiquement pour être examinées. Il faut dire aussi qu’à l’hôpital, en consultation de planification, je voyais couramment les femmes entrer et me demander si je voulais qu’elles se déshabillent d’emblée ; quand je leur disais : « Voulez-vous d’abord vous asseoir pour qu’on bavarde ? » elles me répondaient, surprises : « Ah oui ? Mais mon/ma gynécologue veut toujours qu’on se déshabille en entrant, ça va plus vite... »


Alors je me demande de quand date votre "prise de conscience". 



« J’aimerais en revenir au contexte : comment on en est arrivés là ? »


Et la Dr Letombe affiche une première diapo portant en gros.. le « burn out » médical (je rappelle que la première diapo de la Dre Yamgnane affichait « le gynéco-bashing »...) pour expliquer que la dégradation des conditions de travail « fait perdre une qualité de soins ».




 

La Dre Letombe précise : « ...On a ce contexte des violences gynéco-obstétricales... je mets toujours entre guillemets parce que ce terme gêne beaucoup... et ce contexte on le vit comme quelque chose d’insultant. On a vraisemblablement perdu un petit peu d’empathie, on peut devenir un peu cynique dans ce contexte où les professionnels sont vécus négativement. »

 

Ici, l’important, ce n’est pas la réalité des VOG et ce qu'en disent les femmes, c’est le fait que les accusations de VOG sont « insultantes » pour la profession. Il y a là l’expression d’un sentiment d’outrage digne de l’aristocratie la plus archaïque : « Comment osez-vous, vous les femmes, nous accuser de violences, nous, les médecins ? »

 

Et bien sûr la diatribe continue en citant des crises « aggravées » par les réseaux sociaux... 


Ici, on est dans un discours victimaire : les gynécos ne sont pas responsables de tout ça, ce sont les réseaux sociaux et leurs utilisatrices qui dramatisent. A tort, bien entendu.  


Or, les questions posées par les femmes sur (entre autres) le traitement hormonal de la ménopause, les pilules de 3e génération, la méthode Essure et les progestatifs induisant des méningiomes ne sont pas une invention des usagères mais la conséquence de travaux sérieux montrant la gravité de leurs effets secondaires... et la désinvolture avec laquelle les gynécos ont pris ceux-ci par-dessus la jambe. 


La Revue Prescrire attirait déjà l’attention sur les pilules de 3e génération à la fin des années 80, et j’ai moi-même fortement déconseillé en toutes lettres dès 2001 l’utilisation de pilules type Diane 35 dans Contraceptions mode d’emploi sans que son fabriquant porte plainte ou demande de faire saisir l’ouvrage... Il faut dire que, sur ce coup-là, la bibliographie scientifique n’était pas du côté des industriels... 

 

Vous remarquez que parmi l'énoncé des catastrophes de la diapo, il n’est pas question de l’endométriose, mais je vous rassure, ça va venir. Brièvement, mais de manière saisissante. 

 

La Dre Letombe ajoute : « Et puis il y a cet acquis et cette banalisation de la contraception et de l’IVG qui devraient être accessibles sans même avoir besoin d’un professionnel. »

 

Je trouve indécent l'emploi du mot « banalisation » pour qualifier des soins de santé de première nécessité tels que maîtriser sa fertilité et ne pas se retrouver contrainte à porter une grossesse non désirée. 

Mais bon, ma réaction devant ce mot est probablement ce qui fait la différence entre les « poseurs de DIU planqués » de mon acabit et les gynécologues parisiennes haut de gamme, qui sont plutôt scandalisées par le terme de « violences gynéco-obstétricales ».

 

Quant à la demande d'accessibilité « sans professionnel » qui inquiète tant la Dre Letombe, elle n’a rien de scandaleux. Une pilule progestative quotidienne est disponible sans ordonnance en pharmacie dans une centaine de pays du monde, elle rend service aux femmes les plus démunies (qui n'ont pas accès à un médecin), elle le sera sans doute bientôt aux États-Unis si l’industrie ne s’y oppose pas (ça ferait tomber leur chiffres) ; elle pourrait l'être en France. 


Et si la Dre Letombe avait la moindre notion d’histoire récente, elle saurait que dans les années 70, en France comme en Amérique, les IVG par aspiration étaient pratiquées par des femmes volontaires non médecins et que ça se passait très bien. L’inventeur de la sonde souple d’aspiration, Karmann, défendait d’ailleurs l’idée qu’une femme ne devrait pas avoir à compter sur un médecin pour interrompre sa grossesse.


Quant on sait combien de GO français invoquent leur « clause de conscience » pour ne pas pratiquer d’IVG, on voit combien il avait raison...


***


A la diapo suivante, la Dre Letombe dit de nouveau que « le contexte sociétal la gêne beaucoup ». Et elle se met à critiquer un livre tout récent, La Norme gynécologique, d’Aurore Koechlin (publié par les Ed. Amsterdam, que Mme Letombe n’a pas la délicatesse de nommer) pour montrer à quel point la société maltraite les gynécologues et les comprend mal.





 

 

À noter que le livre d’A. K. est une enquête très documentée (beaucoup plus que la conférence de la Dre L.), très précise, faite sur le terrain auprès de professionnelles de santé et d’usagères, et qui met en évidence les diktats et les injonctions exercées sur les femmes par le corps médical, et par les GO en particulier, en montrant qu'il s'agit d'un système de pensée auquel les GO n'ont, souvent, même pas conscience de se plier (et de plier les femmes). 

 

La Dre Letombe cite des passages hors contexte et ne parle pas du contenu du livre, de sa méthode (c’est un travail scientifique) et de ses conclusions les plus fines. Mais bon, elle n'a peut-être pas tout compris... 

 

En revanche, elle s’émeut que six femmes sur dix ne soient pas suivies par un médecin... En oubliant que la démographie, les difficultés de transport, les conditions socio-économiques et — elle a dû l’oublier — le fait que 11% des gynécologues refusent leurs soins aux femmes les plus précaires, sont autant d’obstacles à un « suivi médical »... en supposant que les femmes le demandent.

 

Ensuite, elle assène à son auditoire les chiffres des cancers féminins, que bien sûr les GO sont les seules en France à dépister... Les généralistes, les médecins de PMI, les sages-femmes, tout ça compte pour du beurre. 

 

Au bout de six longues minutes d'exposé, on attend toujours que la conférencière nous parle du consentement – c’est le titre de son intervention, tout de même – mais elle préfère nous présenter, en détail, la charte de la consultation en gynécologie pondue par le CNGOF (Collège des GynObs) en 2021 pour répondre au mouvement de protestation contre les VOG.

 




En passant, quand elle mentionne la nécessité (inscrite dans la charte) de l’écoute et du dialogue, elle précise : « c’est sans doute ce qui pêche dans nos consultations puisqu’on manque de professionnelles et on manque de temps ».

 

Ca ne peut pas être parce que les GO manquent d’empathie (ce qu’elle a pourtant évoqué plus haut) ni parce qu’elles n’y ont pas été formées (ce qu’a évoquée la conférencière précédente). Non, c’est juste parce qu’y a pas assez de GO et qu'elles ont pas le temps, les pauvres




 

A la diapo suivante, elle remarque : « Consulter (...) ne signifie pas un accord tacite pour un examen gynécologique... Ce que nous pensions... Jusque-là [jusqu’en 2021, donc] nous pensions qu’une femme qui prenait rendez vous chez un gynécologue c’était pour, après l’interrogatoire, passer... à l’examen gynécologique. Moi, je dois avouer que depuis ces dernières années (...) je demandais pas leur accord... »

 

Et la Dre Letombe, avec un paternalisme consommé, nous révèle qu’elle montre le spéculum et qu’elle explique aux femmes comment elle s’en sert et pourquoi. Elle les laisse même parfois le toucher !


« Et je leur explique. Et je crois que c’est vraiment très important, surtout avec tout ce qu’on voit ( ???) sur les réseaux sociaux sur le spéculum. »  

 

 

 


Tout ce qu’on voit sur les RS... ???  La Dr Letombe veut-elle parler de l’excellent spectacle de la compagnie Mi-Fugue Mi-Raison ? J’en doute, mais je vous le recommande chaudement si vous ne l’avez pas vu. Il ferait grincer des dents à plus d'une gynécologue... 


Poursuivons. 



J’attire votre attention sur la troisième phrase de la diapositive ci-dessus.

 

« Si la femme désire ne pas être examinée, elle est invitée à en faire part en début de consultation. »

 

Pourquoi en début de consultation? Pourquoi pas après avoir bavardé avec la praticienne, histoire de décider si elle se sent suffisamment en confiance pour consentir à un examen gynécologique ?


On ne le saura pas, mais le commentaire apporté par la Dre L.  vaut son pesant de cacahuète.

 

« Et puis il faut garder à l’esprit que ces femmes... supportent pas, ou ne désirent pas cet examen gynécologique, ou quand vous voyez qu’elle a... elle n’a pas dit non, mais quand elle monte sur la table, elle est vraiment très mal, que vous sentez qu’il y a quelque chose, il faut toujours avoir à l’esprit – et, à priori, à l’interrogatoire vous auriez dû y penser et si vous n’y avez pas pensé, c’est à ce moment-là qu’il faut y penser - que beaucoup de femmes ont eu des agressions préalables.(...)

 

C’est très clair : les femmes qui ont déjà été agressées auparavant peuvent hésiter à se laisser examiner. Et elles peuvent avoir été agressées préalablement, verbalement et/ou physiquement... par une gynécogue. Merci, Dre Letombe, de nous le rappeler.


Les commentaires suivants laissent rêveur. 

 

"Une femme sur six a subi quelque chose de l’ordre d’une agression sexuelle. Une femme sur deux chez les endométriosiques et c’est sans doute ce qui peut porter un peu.. .ce qui s’est passé pour certains... chirurgiens de l’endométriose..."

 

Je me perds en conjectures sur cette phrase. D'abord, je ne sais pas ce qu'est "une endométriosique". Je connais seulement des personnes souffrant d'endométriose. Mais c'est plus long à dire, et les GO n'ont pas le temps, on le sait. 


Et puis, qu’est-ce que la Dre Letombe veut nous suggérer ? À qui fait-elle allusion ? Sous-entend-elle que certains chirurgiens de l’endométriose auraient abusé de leurs patientes ? Je ne peux le croire !

 

... et 70% des femmes qui sont suivies pour des douleurs pelviennes chroniques. Et c’est pas obligatoirement quelque chose dont elles ont notion ! 

 

(C’est bien connu : les femmes ne savent jamais ce qu'il leur arrive ni ce qu'elles ont dans la tête...)

 

C’est peut-être quelque chose qui va être exprimé par les femmes au bout d’une, deux, trois consultations... 

 

Enfin à condition qu'elles n’aient pas été agressées au cours des deux premières...

 

(...) Et donc cet examen, il ne se fait jamais avec menace, jamais avec contrainte et évidemment pas avec surprise, mais là, je suis un tout petit peu... gênée parce que pour moi, une femme qui se déshabille et qui envisage de s’installer sur une table gynécologique, je ne pense pas qu’elle puisse être dans la surprise. »

 

Mmmhhhh... Au risque de froisser, voire de défriser, la Dre Letombe, je pense qu'elle dit une bêtise. 


Pour l’avoir entendu de la bouche de nombreuses femmes, la brutalité de la pose d’un spéculum, d’un « toucher vaginal » ou d’un « toucher rectal » peut être une très mauvaise surprise


Mais bon, je ne suis qu’un modeste généraliste rural naïf, qui croit tout ce que les femmes lui racontent... 

 

La diapositive suivante nous dévoile une grande avancée de la gynécologie médicale : en 2022, il est désormais souhaitable que les femmes puissent se dévêtir à l’abri des regards et qu’elles puissent être assistée par l’accompagnante de leur choix. (La Dre Letombe l’a écrit au masculin mais, venant d’une praticienne soucieuse de l’intimité des femmes, c’est sûrement une coquille.)



 

S’ensuivent des explications sur l’utilité (pour ne pas dire la nécessité) de l’examen gynécologique pour « fournir des renseignements que l’imagerie ne peut pas apporter ». C’est juste moi, ou bien avez-vous aussi remarqué qu’il n’est jamais question, dans les propos de la conférencière, de ce que la femme révèle, confie, partage, relate, narre, raconte ? Certes, la Dre L. a plusieurs fois parlé d’ interrogatoire, terme approprié dans un commissariat mais assez révoltant dans un lieu de soin (en anglais, on parle de « patient history »... personnellement, je préfère "conversation") ; mais ça n’est pas tout à fait la même chose, il me semble. 

 

Diapo suivante : 





« L’examen doit être interrompu s’il y a une demande de ne pas aller plus loin... Et si elle refuse, il va falloir expliquer à cette femme (elle est vraiment dure de comprenure, ne trouvez-vous pas ? )que en fonction de ce qui vous a été rapporté et de cet examen qui n’a pas pu être fait, on ne peut donc pas avoir le même diagnostic... et il faut pouvoir proposer ultérieurement de pouvoir le faire).


Ben oui, quand faut y aller faut y aller, ma pt'ite dame. Si c'est pas aujourd'hui, ce sera la prochaine fois... 

 

Ce que nous dit la Dre Letombe, c’est que sans examen gynécologique, elle ne pas faire grand-chose... C’est bien la peine d’avoir fait dix ans d’études, allez ! 


Ca me rappelle les déclarations de la précédente conférencière, la Dre Yamgnane, qui disait ne pas pouvoir aider sa voisine de palier à accoucher parce qu'elle a besoin de tout son plateau technique hospitalier... 


Diapo suivante : 



 

 On commence par "la palpation des seins. En expliquant pourquoi on la fait. »

 

Oui. Mais ce serait bien aussi d'expliquer que les Britanniques, entre autres, ont montré depuis longtemps que dans l’immense majorité des consultations, à moins que la femme la demande, et en dehors de tout symptôme, une palpation des seins n’a aucun intérêt en terme de dépistage. Mais la Dre Letombe ne doit pas savoir lire l’anglais. Qu’à cela ne tienne ! Voici une page en français qui le rappelle.


On est contents de savoir qu’un toucher rectal peut être justifié "après explications". On aimerait que tous les gynécologues français soient du même avis. Et qu'ils appliquent ça aussi à l'échographie endovaginale, souvent imposée sans autre forme de procès. 


Et, malheureusement, la Dre Letombe oublie de dire que, explications ou pas, aucun geste ne peut être fait sans consentement (lequel est toujours furieusement absent de son propos).

  

Suivent des considérations très paternalistes sur la nécessité du respect de la pudeur des femmes (« il faut pouvoir leur proposer de se couvrir, surtout les jeunes... »), comme si la Dre L. expliquait ça à des enfants de trois ans...  

 

En présentant sa dernière diapo, 




la Dre L. s'indigne de la « minorité hurlante qui tente de déstabiliser la bonne relation des GO avec les femmes»  Elle ajoute : « Je suis sûr que vous avez dans votre patientèle énormément de femmes qui sont très attachées à vous... »

 

En lisant sur sa diapo les mots « la rancœur par manque de reconnaissance » elle ajoute, la main sur le cœur : « Je parle de ce que j’ai vécu ». C’est bon à savoir...

 

Et elle fait appel à la majorité silencieuse des femmes qui ne manqueront pas de « défendre les médecins si dévoués à leur cause ».

 

***

 

Dans toute cette présentation, la Dre Letombe n’a apporté aucune réflexion sur ce que la notion de consentement représente dans la relation de soin ; elle n’a, elle non plus, jamais prononcé le mot « éthique » et très peu le mot « soin ». Ils n'avaient manifestement pas de place dans sa démonstration. 


Elle ne s’est jamais interrogée sur les motivations des femmes, sur les causes de leur manque de confiance, sur la place réelle des gynécologues dans le système de santé d'un pays où elles exercent loin des femmes les plus précaires. 


Elle n’a pas parlé de la grossophobie ordinaire de ses collègues, de leurs commentaires sur l’activité sexuelle, de leurs remarques sur l’absence d’enfant après trente ans, de leurs cris d’orfraie quand une femme sans enfant demande un DIU ou de leur fin de non-recevoir quand une femme qui en a déjà cinq et n'en peut plus demande une ligature de trompes. 


Bref, elle n’a à aucun moment mentionné le point de vue des premières intéressées.

Mais le connaît-elle ? Et l'intéresse-t-il ? 

 

Elle s’est contentée d’asséner les raisons pour lesquelles il est à son avis indispensable pour les femmes que les gynécologues les examinent. En prenant toutes les précautions possibles pour « respecter leur pudeur », bien entendu. C’est pour leur bien, enfin !!!


On remarquera, d'ailleurs, que la conférence s'intitulait "Consentir" et non "Recueillir (ou obtenir) le consentement"... 


Dernière remarque : la conférence précédente, pour être problématique, n'en était pas moins très documentée et contenait beaucoup d’informations (quoique, pour beaucoup, invisibles à l’œil nu comme je l'ai signalé dans le commentaire). 


Le contenu de la communication de la Dre Letombe, en revanche, brille par sa minceur et sa partialité : on a eu droit essentiellement à des commentaires offusqués au sujet d’un livre dont le contenu l'a froissée, puis à la paraphrase d’une « charte » rédigée par le CNGOF pour se donner bonne conscience. 


Un point, c'est tout. 


C’est un peu court.

 

Qu’en sera-t-il de la présentation suivante, consacrée à « Ce que dit la loi en France » ?

 

Vous le saurez dans le prochain épisode... 

Mais là, faut que j'aille me remplir la tête de choses plus positives, alors je m'en vais regarder Community. 


A suivre... 

 

Marc Zaffran/Martin Winckler

 

 

Rappel : La vidéo complète est ici : http://videos.infogyn.com/2022/rjinfogyn2022.php?show=1&restit=vv2_gynecologie

(NB : Ce lien m'a été communiqué gracieusement par plusieurs personnes ayant accès au site du congrès. Il n'a été ni volé ni "piraté".)  



jeudi 15 décembre 2022

"Les franchissements de ligne jaune en obstétrique" - lecture commentée de la conférence donnée au congrès InfoGyn 2022

(Je rappelle que j'utilise le féminin générique pour parler des professions de santé, dont la composition est majoritairement féminine).  

J'ai fait une expérience intéressante ces derniers jours. J'ai regardé une série de conférences données au cours d'un congrès de gynécologie (Infogyn 2022) sur le thème suivant : 



J'ai eu du mal à regarder ces vidéos (et à les écouter attentivement), pour des raisons que vous comprendrez dans la suite de ce texte. 

Je rappelle que je me suis toujours senti très concerné par la brutalité et le sexisme du corps médical français, pour les avoir moi-même observées et subies. J'ai abordé le sujet dans plusieurs romans - Les Trois Médecins (2004), Le Choeur des femmes (2009), L'Ecole des soignantes (2020) - et deux essais, Le patient et le médecin (2014) et Les Brutes en blanc (2016), dans lesquels je décrivais très précisément les violences gynécologiques et obstétricales et le sexisme du monde médical français.

Indépendamment du système de santé lui-même (qui présente plus de problèmes que je ne peux en énumérer ici), la question de la formation médicale est évidemment cruciale pour la délivrance des soins. Former des professionnelles de santé, c'est former des personnes dont le rôle principal est de soigner et dont l'obligation éthique est non seulement de ne pas nuire aux personnes, mais de les respecter. 

Les conférences intitulées "Le Viol en gynécologie obstétrique : réalité ou confusion ?" m'intéressaient donc beaucoup. 

Il y en avait cinq, qui sont toutes publiées sur le site du congrès. Je vais les commenter l'une après l'autre. 

La seconde a été commentée sur cette page

La troisième a été commentée sur cette page

Voici la première  : 

 "Les franchissements de ligne jaune en obstétrique". 

Pour voir l'intégralité de la vidéo et des autres interventions sur le même sujet, cliquez ici

(NB : Je précise que ce lien m'a été aimablement communiqué par plusieurs professionnelles ayant accès au site InfoGyn 2022, je ne l'ai ni "volé", ni "piraté".) 

 





Les... franchissements de ligne jaune... ?  Déjà, le titre laisse rêveur. Et ce qui laisse encore plus rêveur, c'est que le public de la conférence ne saura pas ce que ça veut dire. Vous, si, parce que j'ai regardé attentivement la vidéo, à la seconde près. 


Vous allez comprendre. 


La conférence de la Dre Amina Yamgnane est, de toutes celles du lot, la plus documentée. Elle comporte beaucoup de diapositives portant beaucoup d'informations. Beaucoup plus que les trois autres. Mais la conférencière ne les rend pas accessibles pour autant. 

 

La Dre Y. la commence en disant qu’elle ne "savait pas par quel bout prendre cette « question »", ce qui suggère qu’on lui a imposé le thème – et le titre. Elle remercie "Israël" (Nisand) de l'avoir poussée à "travailler" (ce qui suggère qu'elle ne l'aurait pas fait autrement ?) Et elle poursuit en affichant une diapo dont la première phrase est « Stopper le gynéco-bashing ». 


(NB : Toutes les citations en gras sont transcrites verbatim.) 


On verra que c'est le but de toutes les conférences du congrès. 

A noter que le terme ne sera jamais explicité : qu'est-ce que le gynéco-bashing ? Qui le pratique ? Quelles sont les raisons de cette attitude ? Ces questions légitimes ne seront jamais abordées. 




 

Pourquoi stopper le gynéco-bashing ? En raison, dit la Dre Y., du  "réel engouement (des femmes) pour les accouchements hors établissements de santé". 


Autrement dit : il n'est pas souhaitable que les femmes aient "une mauvaise image des gynécologues", car... ça les pousse à accoucher en dehors de l'hôpital !!! (On se demande pourquoi.)  


Elle précise en effet que l'accouchement à domicile ne peut pas se généraliser dans une France qui n’en a "pas la capacité", car les « ressources humaines » (les GO ? les SF ?) ne sont pas au RDV, et n’en ont ni l’envie, ni l’expertise ni la compétence!!!!


Si, si, vous avez bien lu ! 


Elle confie d'ailleurs  : 

« (Si) ma voisine de palier accouche, j'me sens extrêmement mal. J'commence à me liquéfier. Alors que si je fais le même accouchement à l'hôpital j'ai aucune idée de me liquéfier»

 

Et là, je sursaute. Une obstétricienne chevronnée comme l'est certainement la Dre Y. ne saurait donc pas comment aider une femme à accoucher chez elle


Je sais que l'accouchement est un processus physiologique que les femmes ont accompli seules ou ensemble pendant (au bas mot) cinq cent mille ans avant que les médecins ne s'en mêlent, mais tout de même, après douze ans d'études dont quatre de spécialité, elle devrait savoir ça, non ? 


Je me souviens parfaitement qu'au cours des années 80 (j'étais installé à la campagne depuis un an ou deux) j'étais abonné à plusieurs revues intitulées "La Pratique Médicale". L'une était "La PM - Médecine Générale". Dans cette dernière parut un article signé Yves Malinas. Il était professeur de G-O à la faculté de médecine de Grenoble. L'article était, ni plus ni moins destiné à décrire aux MG l'art et la manière de se comporter si l'une de leurs patientes accouchait à domicile. 


C'était un article pratique, très clair, bien écrit, rassurant, déculpabilisant, et tout à fait utile. Quand (c'était mon cas) on ne se trouvait pas couramment devant une femme en train d'accoucher, ça disait exactement quoi faire pour "D'abord ne pas nuire" à la femme et, dans l'immense majorité des cas, s'assurer que tout se passait bien pour elle et son nouveau-né. 


Malinas reçut beaucoup de critiques de ses confrères spécialistes pour cet article. Il répondit dans la revue (je cite de mémoire) : "Je ne suis pas sûr qu'il soit souhaitable que les femmes accouchent à domicile, mais je vis à Grenoble, je sais que les femmes qui vivent loin de la ville ne peuvent pas toujours venir accoucher à la maternité, et je souhaite que mes confrères MG soient en mesure de les aider à accoucher le cas échéant." 


Des paroles de bon sens, donc. Et il les écrivait au début des années 80... 


On comprendra alors que le commentaire de la Dre Yamgnane m'ait un peu laissé songeur quant à la compétence des GO d'aujourd'hui... Et quant elle se plaint du "manque de formation", elle oublie que les sages-femmes, elles, ne trouvent pas du tout scandaleux d'accoucher des femmes à domicile. Rappelons la majorité des accouchements se déroulent spontanément (depuis 500 000 ans...) et qu'en 2021, 34% des 23 400 sages-femmes avaient une pratique libérale (de ville) ou mixte... Si elles ne pratiquent pas toutes des accouchements à domicile, c'est en raison des primes d'assurance exorbitantes, et non parce qu'elles ne sont pas "bien formées".  


Mais poursuivons. 


****

 

Pour la Dre Y. , le gynéco bashing est donc néfaste d'abord parce qu'il « décourage » les professionnels (on les plaint, les pauvres...) ;  ensuite parce qu'il pousse les femmes hors de l'hôpital et les dissuade de consulter. Mais elle ne s'interroge à aucun moment dans sa conférence sur les causes de ce mouvement, ni sur ce que les femmes ont à reprocher aux GO...  

 

 

Et la voilà qui embraie sur une enquête du Lancet (revue britannique) du 14 sept 2002, qui décrit les violences gynéco-obstétricales (VGO) envers les femmes dans les institutions de santé au RU et aux USA.


Commentaire de la Dre Y. : "En 2002, ça sort : les femmes font l’objet de violences récurrentes de 4 types : négligences, abus verbal, abus physique, abus sexuel. "




La Dre Yamgnane a l’air toute surprise de voir que le Lancet parlait déjà du problème il y a 20 ans !!! Elle ne semble pas se rendre compte de ce que ça signifie : clairement, les GO français ne lisaient pas la presse scientifique anglo-saxonne au début des années 2000 et ils ont mis 20 ans à reconnaître l'existence des VGO (ou à accepter l’idée que c’est peut-être pas spécifique aux Anglo-Saxons...) 

 

Elle assène de nouveau (c'est dans l'article) que les VGO dissuadent de recourir aux médecins et en conclut que « La plupart des agents de santé font de leur mieux, et il faut s’attaquer au problème pour soutenir les professionnels qui font bien leur boulot... C’est pour ça qu’on est ici"


Sous-entendu : faut lutter contre le gynéco bashing pour aider les "bons" GO à travailler. Mais pas pour dénoncer ceux qui commettent des VGO, et pas pour que les femmes soient mieux traitées... (Le sort, le vécu, la perception et les désirs légitimes des femmes seront à peine évoquées dans sa conférence, tout comme dans celle des trois autres intervenantes.) 


Elle remarque ensuite que pendant les années qui suivent, il ne se passe rien (autrement dit, aucun autre travail de recherche n'est conduit) "dans l'hémisphère nord", en oubliant de préciser : "pas même en France". Mais cite tout de même une autre étude, plus récente, conduite dans six pays européens (mais pas la France...) et dont les résultats sont impressionnants : 20 % des femmes interrogées disent avoir fait l'objet d'abus au cours des soins... 

 

 






Elle embraye ensuite sur ce qui est, en principe, le sujet de la séance : le viol  et les abus sexuels. Et là aussi, dit-elle, "je cherche, je cherche" Et que trouve-t-elle ? Que depuis 1994 au moins on parle déjà des relations sexuelles entre médecins et patient(e)s au Canada. 


Je dis bien au Canada, et non au Québec, comme elle le déclare de manière erronée, car l'article (consultable ici, lisez le résumé en français, c'est intéressant) est paru dans la revue de l'association des médecins du Canada et c'est une enquête canadienne, menée sur tout le territoire du pays. Elle aura mal lu, sans doute... 





Si la Dre Y. avait consulté la bibliographie de l'article en question, elle aurait constaté que ce n'était pas le premier du genre, puisqu'elle comporte une quinzaine de références, lesquelles datent pour la plupart de la décennie précédente. Le problème n'est donc pas "sorti" seulement en 1994... On en parlait déjà bien avant... 


Commentaire de la Dre Y. : 

"Au Canada comme aux Etats-Unis comme en Europe, L'activité sexuelle avec une patiente c'est pas un franchissement de ligne jaune mais de ligne rouge. C'est formellement interdit." 


On est heureux de le lui entendre dire... 


Malheureusement, elle traduit de manière très approximative les termes utilisés dans le texte : 


Sexual impropriety par "inconvenance" (alors que la définition donnée par l'article est : "comportement ou allusion ayant un caractère sexuel ou traduisant un manque de respect pour l'intimité de la patiente"), 


Sexual transgression par "faute" (alors que l'article dit : "tout contact inapproprié de nature sexuelle, viol non inclus") et 


Sexual violation par "infraction"  (alors que l'article dit : "rapports sexuels entre un médecin et une patiente" - donc, y compris le viol - ce qu'on peut déduire facilement du mot violation. Dans le monde anglo-saxon, un rapport sexuel entre un médecin et une patiente est TOUJOURS un abus de pouvoir... donc possiblement un viol. Mais vous savez combien ces gens-là sont puritains, alors que nous, en France...)  


C'est très clair, mais bon, "inconvenance, faute et infraction", c'est tellement plus élégant... 


Elle fait par ailleurs des commentaires intéressants : 


« Donc on voit bien que c’est pas un truc qui est rare, en fait. On n’en parle pas, mais c’est pas rare. » (sic !!!!)

 

Et, commentant la dernière ligne de la deuxième diapositive (au sujet des sanctions envers les médecins "en infraction") : 


« Bizarrement, les GO femmes sont tenantes des sanctions les plus lourdes. » 


Effectivement, c'est incompréhensible... 



Elle est de nouveau un tantinet négligente dans sa traduction et dans le contenu de sa diapo suivante (ci-dessous)



 car elle déclare : 

"J’ai écrit "pédophilie", mais il faut lire « sur patient mineur »" (!!!!)  


et vous aurez du mal à chercher la référence de l'article, car il n'existe aucune revue intitulée "Stagiaire J Gen Med". 


Mais Google Scholar est fait pour ça, j'ai trouvé dans le très officiel Journal of General Internal Medicine 


(ici, "internal medicine" signifie "médecine interne", la spécialité du Dr House ; et non "stagiaire en médecine"...) 


un article : '("Time to end physician sexual abuse of patients" -- "Il est temps de mettre fin aux abus sexuels infligés aux patients par les médecins") 


mentionnant l'enquête citée sur la diapositive, publiée originellement dans la revue Sexual Abuse


La Dre Y. commente ensuite sans rire : "Ce qu'on retrouve dans toutes ces agressions, c'est que l'agresseur a été pris de pulsion sexuelle. On peut donc tabler sur la psychopathologie de certains d'entre nous." 


Oui, vous avez bien lu. La Dre Y. pense que certaines de ses collègues sont des psychopathes. 


*****


Après avoir mentionné d'autres travaux, elle déclare en commentaire de la diapo qui suit : "Et donc on voit bien que la question de l'agression -- enfin, vécue comme violence par les patientes, ça laisse surtout beaucoup de séquelles psychologiques."  





De l'art d'enfoncer des portes ouvertes... Ou bien veut-elle dire que comme c'est surtout psychologique, c'est "moins grave" ? On ne le saura pas. 


Puis elle affiche la diapo suivante : 




et déclare : 


"On vit un vrai décalage horaire, je l'ai appelé comme ça, parce que depuis le début des années 2000, sous l'impulsion de l'OMS il a été demandé aux pays de légiférer et de statuer sur les droits des patients et que... euh... que dit la loi française ? Tout à l'heure il y aura un topo sur le sujet alors je ferme rapidement la parenthèse... "


(Elle la ferme à tort, cette parenthèse car, on le verra, le topo en question ne dira nullement ce que contient la loi française à ce sujet...) 


(...) "mais je soulignerai deux points : nous devons respecter les recommandations de bonne pratique clinique et les femmes doivent notif... enfin ça doit être notifiable quelque part... (????)  qu'elles consentent à un soin pour qu'on puisse le pratiquer. Et que "pas de consentement" ça veut donc dire "pas de soin"." 


Or, ça ne veut pas du tout dire ça : la loi dit : "le consentement doit être obtenu pour tous les gestes". Or tous les gestes ne sont pas des soins, et quand une personne refuse un geste ou une procédure - mettons : une échographie vaginale ou un examen gynécologique, ça ne veut nullement dire qu'elle ne veut pas être soignée !!!! 


Peut-être que, trop prise par la lecture de sa bibliographie en anglais, la Dre Y. n'a pas bien saisi la nuance... 


Elle laisse ensuite échapper cette déclaration stu-pé-fiante : 


"Je sais pas vous, mais en tout cas moi, j'ai mis du temps entre le moment où la loi [Kouchner sur les droits des patients, qui date de 2002] est sortie, et le moment où je me suis vraiment exécutée à être dans cette... exigence, il s'est écoulé sans doute une décennie. Fastoche. (sic !!!) La loi est sortie en 2002, moi j'ai commencé à me remuer sur le sujet au bout de dix ans, peut-être 2013 ou 2015.


Autrement dit : cette loi que tous les médecins auraient dû connaître et appliquer dès sa publication au journal officiel, la Dre Y. l'a négligée jusqu'à une période toute récente. 


C'est regrettable. Les dispositions de la loi sont inscrites dans le Code de déontologie médicale français. La Dre Y., et toutes les personnes qui ont "omis" de l'appliquer, aurait dû le savoir. Ou alors, elles ne savent pas lire.  

Beaucoup de citoyennes, en revanche, le savent, en particulier grâce à des livres comme celui-ci, paru en 2007 et co-écrit par Salomé Viviana, juriste, et par votre serviteur. 


(Il n'est plus disponible, mais je vous en envoie gracieusement le PDF si vous me le demandez par courriel.) 


La Dre Y. voulait peut-être en dire plus, mais au moment précis où elle laisse échapper cette admission de désinvolture, le président de séance (l'ubiquitaire Israël Nisand) lui fait signe de conclure.  


Comme la Dr Y. a rédigé beaucoup de diapositives, elle ne conclut pas tout de suite, mais elle va passer les diapos suivantes très vite, à raison d'une par seconde ou presque dans les minutes qui suivent, au point qu'elles sont invisibles si on ne prend pas la peine de faire pause sur la vidéo. J'ai pris la peine de les recopier pour vous. 


Et en particulier celle-ci (je vous laisse apprécier la dernière phrase...) : 




Commentaire de la conférencière : "En obstétrique nous avons une obligation d'être performants parce que la population est jeune, parce qu'elle est connectée et que ce sont des femmes qui sont particulièrement informées." 


Sous entendu : si notre "population" était plus âgée et moins bien informée, on n'aurait pas autant de soucis. 


Ce sera d'ailleurs un leitmotiv dans toutes les conférences :"Tout ça, c'est la faute aux réseaux sociaux et au fait que les femmes sont de plus en plus exigeantes."

 

Parmi les autres diapos invisibles, voici  "Les lignes jaunes en obstétrique... " lesquelles étaient censées être le cœur de son propos... mais qu'elle n'aura donc pas détaillées (et que l'auditoire n'a pas entendues ni vues). 



Vous avez bien lu : le consentement est obligatoire ; le jeûne est prohibé pendant le travail ; les manoeuvres d'expression (dont Israël Nisand niait l'existence il n'y a pas si longtemps) le sont également, et l'anesthésie générale est de règle... 


On regrette de ne pas savoir ce que la Dre Y. avait à dire sur la prédation sexuelle... 




Elle escamote la diapo « Respecter les recommandations de pratique clinique  » 




Toutes choses qui, manifestement, ne vont pas de soi dans la profession... 
Disparue aussi la description des situations de VOG (mais il manque les insultes, les menaces et l'épisiotomie, entre autres...) 


puis une redite... un peu plus détaillée... 


(Sur la diapo ci-dessus, je me perds en conjecture sur ce que l'acronyme RAPE (!!!) peut représenter en terme d' "optimisation" du travail (???). Si quelqu'un peut m'éclairer...) 

Elle escamote également la diapositive, très approximative, décrivant la maltraitance médicale... 



Et celle sur le projet de naissance : 




Pendant que tout ça défile de manière invisible, elle commente : 

"Pourquoi il faut se préoccuper de ces questions.... j'termine... parce que les conséquences sont dramatiques si on s'en préoccupe pas" (pause sur la diapo ci-dessous) 




(...) Les femmes peuvent avoir des vécus traumatiques de leur parcours obstétrical. (Ce qui) augmente la fréquence du stress post-traumatique et de dépression du post partum et cela entrave très durablement la relation de sa mère à son petit avec des conséquences qui sont funestes pour ces petits : 25% d'entre eux deviendront des adultes avec des troubles psychiatriques et donc on a un vrai enjeu de santé publique... " 


Ah ! Alors, c'est ça qui est grave : les conséquences sur les "petits", pas le vécu des femmes et la manière dont on les traite !!! On comprend mieux que les femmes soient très peu mentionnées comme sujet dans cette conférence, tout comme dans les suivantes. Elles ont beaucoup moins d'importance que leurs "petits"...  


Elle poursuit par une courbe de baisse de la mortalité maternelle pour 100 000 naissances du début du 20e siècle au début du 21e, en disant "On adore cette courbe" (traduire : pasque ça veut dire qu'on est indispensables, nous les obstétriciens). 


Elle escamote la diapo ci-dessous, dont on ne connaîtra pas le sens pour elle : 





Elle escamote aussi celles-ci qui sont également furieusement intéressantes (même si elles sont aussi furieusement ambiguës)  




 

Elle termine avec une diapo (ci-dessous) qui n’a aucun sens, en insistant sur le fait que pour délivrer des soins bientraitants il faut 1° être formés pour ça (si, si, je vous assure), 2° avoir des structures adaptées (tout ça c'est la faute de la crise de l'hôpital), 3° que ça fasse partie de la politique de santé !!!! 


Qu'est-ce qu'il y a à l'intersection des trois ? Dieu seul le sait, et encore... 




 

La dernière diapo en dit long : Un bébé est au sein. La femme est vue de dos, elle n’a pas de visage. On ne saurait mieux signifier ce qui est important pour la conférencière : il faut que les professionnelles se "remuent" (comme elle dit) pour que surtout les femmes soient contentes que "mon bébé va bien, ça s'est bien passé somme toute", qu'elles ne portent pas plaintes, et qu'elles n'aillent pas accoucher loin des maternités. 




Tout cela est particulièrement problématique car finalement, la conférence de la Dre Y. a essentiellement porté... sur la découverte du fil à couper le beurre :"Les violences GO existent (et les agressions sexuelles aussi), regardez le beau travail de bibliographie que j'ai fait". 


Mais le sujet central n'a pas été traité. 

 

À aucun moment la Dre Y. n’a rappelé que les GO ont des obligations professionnelles et éthiques (à aucun égard) - le mot "éthique" est d'ailleurs curieusement absent de sa conférence; 


à  aucun moment elle n’a rappelé que les GO sont là pour soigner DES FEMMES et pas seulement pour mettre des nouveaux-nés au monde ; 


à aucun moment elle n'a reconnu clairement que les VOG existent en France comme partout ailleurs


à aucun moment elle n’a dit que qu'il incombe à la profession de travailler à résoudre le problème ;  


à aucun moment elle n’a émis le moindre regret que ces problèmes n’aient pas été abordés de front depuis trente ans et aient été niés par les professionnelles françaises ; 


à aucun moment elle n'exprime le moindre remords, la moindre culpabilité, la moindre honte.   


Et l'on verra que pendant les trois conférences qui suivent, on ne parlera pas beaucoup non plus des violences et des viols subies par les femmes, et encore moins de la signification et des conséquences que ces violences, ces viols et cet incroyable silence exercés par des professionnelles de santé ont pour toute la population. 



Marc Zaffran/MartinWinckler 

(A suivre, prochain article : "Le consentement en obstétrique".)



Pour voir l'intégralité de la vidéo et des autres interventions sur le même sujet, cliquez ici

(NB : Je répète que ce lien m'a été aimablement communiqué - indépendamment les unes des autres - par plusieurs professionnelles qui ont accès au site Infogyn 2022 ; je ne l'ai ni "volé", ni "piraté".) 


jeudi 29 septembre 2022

"Tout n'est pas justifiable au nom du soin" -- Une médecienne généraliste réagit à l'article sur le paternalisme gynécologique


Agnodice (c'est un pseudo) a commencé médecine à l'âge de 30 ans, après un doctorat en philosophie ancienne sur Aristote. Elle vient de finir son internat de médecine générale et a lu le récent article de ce blog consacré à l'entretien donné par le Dr Ghada Hatem

Elle réagit à son tour. 

MW

Ci-contre : un dessin de Borée qui rappelle que les médecins peuvent parfaitement examiner les femmes (si c'est nécessaire ET si elles l'acceptent) sur le côté, et pas sur le dos... 



"Tout n'est pas justifiable au nom du soin" 

Vivant actuellement mes dernières semaines d’interne de médecine générale (je finis d’ici quelques semaines, toutes les bonnes choses ont une fin), je ne peux qu’être énervée et agacée à la lecture de cet entretien et je suis donc votre appel à vous envoyer par mail ce que nous pensons de cet article. 


Les propos tenus par cette médecin s’appuient sur des présupposés avec lesquels je ne saurais être en accord :

(1) que toute patiente devrait être consentante à l’examen gynécologique, puisque 

(2) c’est dans l’intention de soigner que cet examen est pratiqué, donc il doit être accepté et, 

(3) que si les femmes ne sont pas d’accord pour cet examen c’est un manque de pédagogie 

(« Il faut aussi que les femmes comprennent »)


Concernant le premier présupposé, c’est effectivement un présupposé qui a la vie dure : lors de mes stages en gynécologie j’ai eu à pratiquer les fameuses échographies endovaginales et, lorsque je mettais trop de temps à introduire la sonde, je me faisais réprimander pour ma lenteur (pas par les patientes évidemment). 


Alors il faudra m’expliquer à quel moment on peut introduire un machin comme ça sans y aller avec tact et délicatesse et vouloir en même avoir la confiance de nos patientes. Moi je n’ai jamais compris. Et je ne crois pas que la pédagogie puisse en quoi que ce soit aider à ce que l’examen et ce type d’échographies se passent correctement. Pour la pose de speculum on peut aisément faire ce même raisonnement.


Concernant le deuxième présupposé, cet examen serait pratiqué dans l’intention de soigner donc il devrait être accepté. Ainsi, au nom du soin on pourrait tout faire. D’un point de vue éthique, cela est tout à fait discutable. 

"Au nom du soin, tout est justifiable" : cela revient à dire que pour cette fin (le soin), on peut tout faire. 

Bref, peu importent les moyens du moment que l’on soigne. 


Oui, on a le droit de faire des choses au nom du soin, mais le soin ne saurait être ce concept derrière lequel on se range pour faire passer l’absence de recherche de consentement. 


De la même façon, au nom du soin on pourrait tout dire : juger de la pertinence dans la vie d’une femme d’avoir un enfant à tel ou tel moment. Et enfin, de la même façon, au nom du soin, on pourrait tout décider de la façon dont nos patients mènent leurs vie : je ne peux qu’être consternée par le parcours de certaines patientes qui veulent se faire ligaturer les trompes… 


Concernant le troisième présupposé, la pédagogie « il faut que les femmes comprennent ». 

Non, il faut que les médecins comprennent les femmes, il faut que les médecins comprennent cette position gynécologique.


J’ai été surprise car la médecin chez qui je suis en stage a retiré les étriers de sa table d’examen et fait beaucoup de gynécologie. Et donc, par la force des choses, je fais les frottis et les examens gynécologiques sans que les patientes aient à mettre les pieds sur les étriers, et tout se passe très bien (et en tout cas je n’ai pas plus de mal à faire l’examen). 


J’ai toujours été scandalisée dans nos cours de cette asymétrie entre un toucher rectal chez l’homme où les professeurs hommes nous invitent à la plus grande délicatesse, et le toucher vaginal chez la femme où absolument aucun professeur ne nous a recommandé d’être délicat et de rechercher le consentement.


Comme si une femme avait par nature les cuisses ouvertes, prête au toucher vaginal et à l’examen gynécologique. Et je ne parle pas des femmes qui ont eu des enfants, alors elles, les cuisses seraient encore plus ouvertes. Non vraiment, je n’en démords pas, les médecins doivent comprendre.


Quant à savoir si la pose d’un spéculum peut être superposée à un viol … Et bien tout dépend comment elle est faite cette fichue pose !!! 


Mais avant de parler de "pédagogie envers les femmes", peut-être serait-il bon de parler de recherche du consentement de la patiente... 


Agnodice