samedi 13 juillet 2019

Adoption et procréation assistée pour tou.te.s ?

Une internaute m'écrit (je résume) : 

A la suite de la lecture du billet de Laurent Joffrin en réaction au livre de Sylviane Agacinski, je souhaiterais connaître votre position sur à la "PMA pour toutes". 
Elle semble être présentée comme une mesure d'égalité. Mais ne crée-t-elle pas une réelle inégalité entre les couples masculins et les couples féminins ? 
Je trouverais plus égalitaire de demander l'accès à l'adoption pour tous les couples mariés.
Qu'en pensez-vous ? 

Merci pour votre message. Je n'ai pas suivi de près le débat (je n'ai lu ni le livre de S. Agacinski, ni le billet de L. Joffrin) mais je peux vous faire part de mes réflexions, qui sont somme toutes assez simples et guidées par des principes d'éthique élémentaire. 

La revendication d'égalité exprimée par certains groupes féministes concerne (il me semble) la discrimination subie par les personnes LGBTQIA+ par rapport aux personnes hétérosexuelles mariées. (Une discrimination double, donc, qui porte sur l'orientation sexuelle ET le mariage. A noter que cette discrimination frappe aussi, il me semble, les couples hétérosexuels non mariés.) 

A mon humble avis : 

- la procédure d'adoption devrait être ouverte à toutes les personnes adultes (mariées ou célibataires) et ce, quelles que soient leur genre et/ou leur orientation sexuelle ; le problème, ensuite, est celui des critères d'attribution d'un enfant, qui ont certainement besoin d'être révisés, et pas laissés à l'appréciation personnelle du ou de la fonctionnaire qui mène les entretiens... 

Je ne pense pas, en effet, que le fait d'être marié ou même de vivre en couple soit une condition obligatoire pour élever un enfant. Si tel était le cas, tous les parents isolés après divorce, séparation ou veuvage devraient être considérés comme incapables...  (D'ailleurs, les parents veufs ne devraient plus être assujettis à la tutelle d'un conseil de famille, si tel est encore le cas...) 

- l'insémination artificielle avec donneur (IAD) devrait être accessible à toutes les personnes porteuses d'un utérus, mariées ou célibataires, quelle que soit leur orientation sexuelle ; l'IAD, de fait, est une forme de procréation médicalement assistée (PMA), puisqu'elle nécessite une procédure médicalisée... 

- les personnes  (mariées ou célibataires) qui demandent une IAD devraient pouvoir choisir leur donneur ; je ne suis pas sûr que ce soit possible à l'heure actuelle en France puisque le don de sperme est censé être anonyme ; mais on ne voit pas pourquoi elles ne pourraient pas le faire, alors que les personnes hétérosexuelles fertiles le font... 

- la FIV devrait être accessible à toutes les personnes porteuses d'un utérus infertiles (ou pour qui l'IAD n'est pas possible), mariées ou célibataires, quelle que soit leur orientation sexuelle. Les procédures de PMA sont destinées aux personnes ou aux couples infertiles, même si l'infertilité concerne l'homme dans un couple hétérosexuel. Pourquoi les refuser aux couples de femmes qui, ensemble, ne peuvent pas procréer ?

(Note : je suis de celles et ceux qui défendent le droit à toute personne donnée en adoption ou conçue par PMA d'accéder à ses origines biologiques. Il devrait être possible d'ailleurs de donner aux adultes conçus par PMA deux choix : celui de connaître le profil génétique de ses parents et/ou celui de les contacter à l'âge adulte. Le profil génétique devrait toujours être accessible. Les parents biologiques devraient pouvoir être contactés par l'intermédiaire d'une médiation appropriée qui permettrait de protéger l'anonymat des parents biologiques s'iels le désirent sans refuser à la personne concernée des informations non génétiques - sociologiques, ethniques ou historiques, par exemple - qui pourraient avoir une importance pour leur santé ou la santé de leurs propres enfants s'iels décident de procréer.)  

Si je pense que l'adoption devrait être accessibles aux hommes vivant seul ou en couple, il ne me paraît pas possible d'ouvrir la PMA (par IAD ou FIV) à un couple d'hommes sans qu'on ait statué légalement, et simultanément, sur la question de la maternité pour autrui, pour protéger les droits des femmes qui seraient volontaires ; c'est un problème distinct, qui met en jeu autre chose que la liberté des hommes à procréer, et je ne vais pas m'aventurer sur ce chemin aujourd'hui. Notons que la maternité pour autrui ne semble pas poser de problème juridique ou moral dans certains états Nord-Américains ou au Royaume-Uni.

Soit dit en passant, je pense que les enfants conçus par PMA ou via maternité pour autrui hors de France, d'un couple français dont l'un au moins est leur parent génétique devraient obtenir la nationalité française sans discussion (puisque la filiation génétique peut être vérifiée sans difficulté). L'hypocrisie à ce sujet est en effet manifeste, quand on pense à tous les enfants conçus dans les "colonies" puis rapatriés (parfois de force) dans l'Hexagone par des soldats de l'armée française rien qu'au 20e siècle...

Cela étant, même si je pense que le désir de porter son propre enfant et/ou de concevoir un enfant portant ses propres gènes est tout à fait respectable, d'un point de vue strictement éthique, il me semble que l'adoption devrait être favorisée et encouragée de manière très importante, car un enfant qui existe déjà mérite au moins autant de considération que des enfants "potentiels" (et dont la venue au monde, même par PMA, n'est jamais garantie). 

Pourquoi suis-je d'avis que l'adoption devrait être être largement accessible aux personnes seules ou en couple quel que soit leur genre ou leur orientation sexuelle ? Parce qu'il n'y a aucune raison d'exclure a priori de la parentalité une personne majeure sur des critères non inscrits dans la loi...  (Tout ce qui n'est pas interdit est autorisé.) On ne le fait pas pour les personnes qui peuvent procréer spontanément, de quel droit le ferait-on pour celles qui n'ont pas cette possibilité ? 

La "protection" des enfants à naître ou adoptables n'est pas un argument recevable. Il signifierait non seulement qu'on désigne à l'avance des parents "non compétents" selon des critères idéologiques, mais aussi qu'on établit une discrimination entre les enfants conçus de manière "naturelle" et les autres. Les seconds auraient droit à une "protection" - en réalité, un contrôle - dont les premiers seraient "épargnés".  

Je me souviens que, lorsque j'étais adolescent (dans les années 60), une enseignante célibataire et handicapée (elle se déplaçait avec une canne après avoir souffert, je crois, de la polio) de ma ville avait obtenu de pouvoir adopter un petit garçon. Je ne sais pas si c'était fréquent, mais ça ne choquait personne. Est-ce qu'on aurait autorisé l'adoption si elle avait travaillé en usine ou si elle avait été ouvertement homosexuelle ? J'en doute. Et cela, c'est choquant... L'adoption, à l'époque, était accordée certainement sur des critères de classe. Elle ne devrait pas l'être. Qu'en est-il aujourd'hui ? On est en droit de se poser la question. 

Cela étant, tout ceci n'est que le point de vue d'un éthicien isolé. Je ne doute pas que de nombreux internautes auraient leur mot à dire. Sentez-vous libres de réagir. Je serai heureux de publier vos points de vue, questions et réflexions. 

Martin W.  


vendredi 28 juin 2019

La politique, le pouvoir et le soin - quelques réflexions à la volée, par MW/MZ

(NB : dans ce blog, désormais et dorénavant, presque toutes les plurielles et beaucoup de singuliers sont accordées au féminin.)
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Je lis ce jours-ci, grâce à un rappel d'@aron_julien (Merci, Julien !), qu'en mars 2017, la majorité des généralistes se disait prête à voter pour un candidat de droite. Ce n'était évidemment qu'un sondage professionnel, ce qui justifie de ne pas lui apporter plus d'importance que ça. (D'ailleurs, entre le sondage et l'élection, le choix préféré des MG, Fillon, est sorti de la piste...) 


Mais ce sondage et son résultat apparent m'ont conduit à me poser plusieurs questions. 

D'abord, quel aurait été le résultat si on avait détaillé les réponses en fonction du lieu d'exercice ? De la population soignée ? De l'année de naissance des praticiennes ? De leur fac d'origine ?
Et si on avait séparé les praticiennes libérales et les salariées ? 
Et si on avait interrogé les spécialistes ? 
Et si on avait interrogé séparément les hommes et les femmes, les hétéros, les homos, les non-binaires, les personnes handicapées, les personnes racisées, les personnes obèses ou en sous-poids... ? 
Bref, autant de questions sans réponse, mais il est toujours bon de garder à l'esprit qu'une profession n'est pas faite d'individus identiques et superposables... "Les médecins généralistes", en réalité, ça n'existe pas, sinon pour servir des propagandes. 

Cela étant, il ne fait dans mon esprit aucun doute que lieux et conditions d'exercice (en particulier l'environnement socio-économique des personnes soignées) ont une influence sur les préférences politiques des médecins (tous exercices confondus). A moins que ce ne soit l'inverse. Et peut-être même les deux. 

Comment puis-je être certain de ça ? Ben, parce que c'est vrai pour tout le monde. Nos opinions politiques sont étroitement corrélées à nos antécédents familiaux, notre expérience personnelle, notre statut socio-économique et notre mode de vie. Et, sauf erreur de ma part (et n'en déplaise à ce que certaines prétendent ou affectent de croire), les médecins sont des personnes comme les autres. 

Ce qui me conduit à poser une autre question : est-ce que les opinions/obédiences/allégeances politiques des médecins ont des conséquences perceptibles sur la manière dont iels exercent

Il me semble que oui, et je vous rassure, il n'est pas nécessaire de dépasser (ni même d'atteindre) le point Godwin pour le suggérer. Il suffit d'aller chercher dans un passé récent. (Je me limite à la France, pays que je connais le mieux, car je pense qu'avant de s'offusquer de ce qui se passe ailleurs, on fait toujours bien de balayer devant sa porte...) 

L'exemple qui me vient spontanément (mais il s'agit probablement d'un biais de perception lié aux conditions dans lesquelles j'ai exercé) est celui de la politique raciste et sexiste menée par l'Etat français à la Réunion dans les années 60 et 70 et décrite dans le livre de Françoise Vergès, Le ventre des femmes et dans le documentaire « Les 30 Courageuses de La Réunion : une affaire oubliée ». de la réalisatrice Jarmila Buzkova. (Si vous ne connaissez pas cette histoire, lisez les liens avant de continuer.) 

Le plus frappant dans cette histoire, ce n'est pas que des médecins aient pratiqué des avortements ou des stérilisations autoritaires. Cela, en soi, n'a rien de très surprenant : les gestes violents et autoritaires pratiqués sur des femmes en France, en 2019, on en lit la description tous les jours dans de nombreux médias et réseaux sociaux. En cinquante ans, ça n'a pas encore disparu. Les maltraitances médicales des années 60 ont fait le lit (si l'on peut dire) de celles d'aujourd'hui. 

Mais ce qui est particulier, ici, c'est le fait que ces violences n'étaient pas le fait de décisions individuelles (le principal médecin concerné n'était ni "fou" ni sadique, on disait même de lui qu'il était "un bon père de famille") mais le produit d'une idéologie répandue (beaucoup de médecins étaient au courant et lui envoyaient des "patientes") et cautionnée par le pouvoir : Michel Debré, député de la Réunion à partir de 1962 et ami proche du Dr Moreau, directeur de la clinique la plus "active" en ce domaine, était l'un des politiciens les plus proches de De Gaulle. (Rappelons en passant qu'il fut 1er ministre à plusieurs reprises et fit adopter en 1958 le projet de réforme hospitalière promu par son professeur de médecine de père, le Pr Robert Debré, lequel structure toujours les hôpitaux et l'enseignement médical en France à l'heure où j'écris. Et la pensée de nombreuxes praticiennes.)   

La stérilisation forcée des femmes réunionnaises, soutenue et organisée par un certain nombre de médecins locaux, était en quelque sorte "complémentaire" de la politique de lutte contre la "démographie galopante" et (par exemple) du "déplacement" d'enfants de la Réunion mis en place par Debré à la même époque. 

Autrement dit, dans les années 60-70, en stérilisant arbitrairement des femmes à la Réunion, des médecins agissaient dans le sens du pouvoir. (Officieusement, certes, mais dans son sens tout de même.) 

Ce qui me ramène à ma question du début : est-ce que les opinions politiques d'un.e médecin ont un impact sur son exercice ? C'est très probable. Si ladite médecin est d'accord avec le pouvoir en place, iel adhèrera plus facilement aux décisions/politiques de santé dudit pouvoir (même si ces décisions sont officieuses). 

S'iel n'est pas d'accord, il est prévisible qu'iel aura envie de s'y opposer. Tout récemment, des gynécologues (hommes) ne menaçaient-ils pas de "faire la grève des IVG", au mépris d'une loi datant déjà de plus de 40 ans ? 

Et j'en viens à une nouvelle question : est-il possible de soigner en alignant sa pratique sur les décisions du pouvoir en place ? 

J'ai bien écrit "le pouvoir" - qui va et qui vient - et non "la loi", qui est, en principe, votée dans l'intérêt de toutes et, en principe, devrait s'appliquer à tout le monde... 

Et j'ai bien écrit "soigner" et non "exercer". A l'heure actuelle, à moins d'enfreindre visiblement la loi et d'être prise en flagrant délit (et désavouée par la profession ET la justice) une médecin peut (hélas) exercer sans que son activité soit examinée de près autrement que quand iel "coûte trop cher" en arrêts de travail ou en prescriptions, par exemple... 

Même s'iel est insultante, sexiste, homophobe, raciste, classiste ou validiste dans ses paroles et dans ses gestes, il est difficile d'empêcher un médecin d'exercer. 

Mais je ne pose pas ici la question de l'exercice (si détestable soit-il) ; je pose la question du soin. 

Peut-on soigner (donner des soins, soutenir, accompagner, consoler, réconforter, panser, soulager, et j'en passe) tout en se conformant à des opinions politiques (ou à une idéologie) paternalistes, élitistes et autoritaires ? 

D'un point de vue strictement éthique, la réponse est inévitablement non : une praticienne qui considère, s'adresse à ou traite une ou des personnes soignées du haut d'une posture élitiste n'est jamais soignante. 

Etre soignante nécessite de se tenir à tout moments aux côtés des soignées face à tout ce qui les atteint, les vulnérabilise, les fragilise. Cela nécessite d'entendre et respecter les valeurs des personnes soignées. Cela nécessite par conséquent d'abdiquer tout sentiment de supériorité et toute velléité de jugement. De s'abstenir de tout geste, toute parole, toute décision d' "autorité" sur la personne soignée... puisqu'elle seule a "autorité" sur son propre corps, sur sa propre vie. (C'est pas moi qui le dis, c'est un des quatre principes élémentaires de la bioéthique moderne.) 

Faire une croix sur tout ça, pour une médecin, ce n'est pas simple. C'est même paradoxal : les médecins sont formées pour décider -- Car-si-tu-décides-pas-ton-patient-va-mourir.  

Certaines (j'en fais partie) ont besoin de nombreuses années pour s'affranchir de ce comportement soigneusement inculqué, et qui confine à la phobie : "Mais laisser les soignées décider, c'est l'anarchie et, surtout, c'est une négation de ma "compétence", de mon être même de médecin".... 
Heureusement, on parvient à lâcher prise. Car souvent, quand on veut, on peut. Encore faut-il vouloir...

Ca ne devrait pourtant pas être difficile : un médecin n'a pas pour vocation (ni pour mission, lisez le Code de déontologie) de faire respecter la loi aux personnes qu'iel soigne. Ce n'est pas un membre des forces de l'ordre. Ce n'est pas un membre du parquet. Il a seulement pour mission de la respecter personnellement, et de ne pas inciter les personnes soignées à l'enfreindre.  

Il ne s'agit pas de dire qu'une médecin devrait être "apolitique" (personne ne l'est) mais que dans le cadre de la délivrance des soins, iel n'a pas à imposer la politique de qui que ce soit.  

En pratique, par exemple, ça veut dire qu'un médecin n'a pas vocation à (ni moralement le droit de) condamner, culpabiliser, moraliser, fustiger, humilier, menacer un parent qui refuse de faire vacciner ses enfants. Ce n'est pas son boulot. Son boulot est de vacciner les enfants qu'on lui amène, et de soigner sans commentaires les enfants qui, n'ayant pas été vaccinés, sont tombés malades. S'iel fait ça, c'est déjà beaucoup. 


C'est pour cette raison qu'à mon humble avis, les médecins qui votent pour, adhèrent à, soutiennent et/ou appliquent des positions politiques autoritaires (de quelque inspiration que ce soit) ne doivent jamais être considérées comme des professionnelles de santé

Iels sont, avant tout, des leviers du pouvoir. 

Marc Zaffran/Martin Winckler





vendredi 14 juin 2019

Méningiomes provoqués par l'Androcur : une patiente raconte et crée une association

Comme la plupart des femmes, vous ne savez pas ce qu’est un méningiome.
Jusqu’en août 2017, je ne le savais pas non plus.
Comme la plupart des femmes, vous prenez la pilule contraceptive, ou un médicament qui permet de réduire les soucis gynécologiques, comme des ovaires polykystiques, des saignements excessifs, qui est efficace aussi contre l’acné ou l’hirsutisme.

Et on ne vous a jamais parlé de méningiome, une tumeur cérébrale, le plus souvent bénigne, et à croissance lente.
Et on ne vous a pas dit que certains médicaments n’ont jamais été testé par le laboratoire pharmaceutique qui le commercialise pour les pathologies pour lesquelles vous prenez ces médicaments. 
On ne m’en avait jamais parlé non plus. Jamais.  

Qui se moque de la santé des femmes ?
Qui pense que des effets indésirables gravissimes ne doivent pas être dit aux femmes, pauvres créatures sans cervelles (mais il est vrai que des tumeurs au cerveau améliorent grandement nos capacités de réflexion !) ? Des médecins, des gynécologues surtout, qui connaissaient le risque, mais qui se disaient que ça devait être si rare que ça ne valait pas la peine de le dire.

Pour vous raconter un peu mon histoire, pas la plus terrible, mais typique de ce que beaucoup de femmes ont vécu, et qui comporte son lot de souffrances qui auraient pu être évitées : 


Depuis des années, je me trouvais ralentie, différente. Mon corps avait changé, et ma personnalité aussi. J’ai trainé des symptômes bizarres, qui se sont aggravés au fil des ans, pendant au moins 8 années.  Je ne savais pas que ma boite crânienne hébergeait 5 méningiomes, dont le plus gros, comme une orange à sa découverte, aurait pu me tuer. Image-t-on avoir quelque chose de la taille d’une orange dans la tête ? Et d’autres fruits plus petits : une prune, des cerises…

Je fais partie des centaines de personnes qui, en France, ont été opérées d’un méningiome et avaient pris de l'Androcur pendant plus de 5 ans. Une étude de la CNAM sortie en 2018 a montré un sur-risque de développer un méningiome quand on prend ce médicament plus de 6 mois.  Et un risque très important quand on le prend plus de 5 ans.  


Quand j’ai été reçue en septembre 2017 par le neurochirurgien qui allait m’opérer (oui, un méningiome aussi grand ne peut régresser suffisamment à l’arrêt du traitement, et il est trop gros pour de la radiothérapie seule), il m’a dit que mes tumeurs étaient dues au médicament ; je ne l’ai pas cru. 

Je ne l’ai pas cru ! Comment un médicament que 3 professeurs de gynécologie successifs ont renouvelé, peuvent-ils induire ce genre de conséquences sans que je sois avertie ? Sans que rien, jamais, ne me fasse penser que tous mes symptômes bizarres étaient dus à ce traitement ? 

Il était impensable pour moi de n’avoir jamais été avertie, ni par des associations auxquelles j’adhérais pour l’endométriose, ni par aucun médecin.  Une maladie non mortelle était traitée par des médicaments potentiellement mortels, comment était-ce possible ?  Tous les médicaments comportent des risques, mais celles qui prennent la pilule contraceptive les connaissent et ce sont principalement des phlébites ou des problèmes cardio-vasculaires.

Ce médicament m’a volé 10 ans de ma vie, et me pourrit par ses conséquences les jours qui me restent.

Ma colère est immense face au silence de ceux qui savaient et qui n’ont rien dit.
Je souhaite à tous ceux qui se sont tus, par bêtise, par souci de carrière, que sais-je, de vivre une opération du cerveau. Et d’ensuite me dire s’il était normal de se taire.

J’aurais aimé ne pas avoir à subir tant de choses. Comme la violence de la phrase d’un professeur de gynécologie qui m’a dit, alors que je lui disais que j’étais très en colère de ne pas avoir été prévenue de ce possible effet indésirable dévastateur : « Un médicament, c’est un bénéfice-risque. Quand vous prenez votre voiture, vous avez un risque de mourir et pourtant vous la prenez quand même. Un médicament c’est pareil ». 


La différence majeure, lui ai-je dit, c’est que je sais quand je prends ma voiture que je peux mourir. Là, personne ne m’a rien dit. 


Et sa phrase finale : « J’espère que vous allez vous en sortir ».
Parce que parfois on ne s’en sort pas.


Le but de l’association que j’ai créée en janvier 2019, l’AMAVEA, Association des Victimes de Méningiomes dus aux médicaments, n’est pas d’affoler les femmes, ni de leur dire que les progestatifs sont à bannir. Non. Bien sûr que non. Ces médicaments rendent de grands services, pour l’endométriose par exemple, où il ne guérit pas certes, mais il permet de vivre mieux.

Mais l’information, que diable ! INFORMER et ne pas infantiliser les femmes en leur cachant la vérité. Et la vérité est simple : ces traitements peuvent induire des tumeurs cérébrales, certes bénignes selon la terminologie médicale, parce que non cancéreuses. Mais tout ce qui est non-cancéreux est donc bénin ? Il est bénin de se faire ouvrir le crâne ? Il est bénin d’avoir des séquelles à vie qui empêchent de travailler ? Il est bénin de pouvoir devenir l’ombre de ce qu’on était, et à l’extrême, d’en mourir ? 


Je ne le crois pas. Il faut être informée pour être en alerte si des signes neurologiques apparaissent.
Et les autorités de santé sont déjà en alerte pour l’Androcur (acétate de cyprotérone), puisqu’il ne sera plus possible à un médecin de le prescrire sans faire signer à la patiente une attestation d’information, qu’elle devra apporter à la pharmacie pour avoir la délivrance du médicament.
Et avant toute prescription, une IRM cérébrale sera nécessaire. 

Reste à faire pareil pour le Lutéran et le Lutényl, et possiblement pour d’autres progestatifs, si cela s’avère nécessaire.
L’ANSM va enclencher une grande étude comme ça a été fait pour l’Androcur, mais des études ponctuelles montrent déjà que ces autres médicaments induisent parfois des méningiomes. Reste à savoir dans quelles proportions. 

Merci à Martin W. de m’avoir donné l’occasion de m’expliquer et de parler de l’association créée, avec le même objectif que Marine Martin, présidente de l’association APESAC, sur la problématique de médicaments antiépileptiques dont le plus connu est la Dépakine : faire la lumière sur tous les dysfonctionnements de notre système de santé et de pharmacovigilance. Et en parallèle, avoir une association pour demander réparation des préjudices subis.

Merci au neurochirurgien, le Pr Johan Pallud, qui m’a permis, dans tous les sens du terme, de me « reconstruire ». 

Je ne suis pas une lanceuse d’alerte. Il n’y en a pas dans ce dossier, et les mots sont importants, car les journalistes mettent ce terme sur n’importe quelle personne qui s’insurge un peu. 
Mais avec les personnes avec qui j’ai fondé l’association, on est prêtes à répondre aux questions et à faire partager nos connaissances et notre expérience. C’est à ça que sert une association de patients, je pense !


https:/amavea.org


lundi 27 mai 2019

L'étudiante en médecine qui m'a soigné - par Marc Zaffran/Martin Winckler

Pendant l'été 1976, entre ma 2e et ma 3e année de médecine (je n'avais jamais eu de contact avec des patientes encore), j'ai traversé les Etats-Unis en bus Greyhound. New York, NY - Indianapolis, IN - Minneapolis, MN - Billings, MT - Portland, OR - San Francisco, CA - Las Vegas, NV - Salt Lake City, UT - Minneapolis, MN - Washington, D.C.

J'avais 21 ans, j'ai fait beaucoup de rencontres, et pas mal de galipettes avec des amies américaines ou françaises qui étaient contentes de me (re)voir. Au bout de quelques semaines de joyeux ébats, j'ai fait une uréthrite carabinée.

Après un voyage que j'ai trouvé très long (je me levais toutes les 10 minutes pour aller uriner douloureusement dans les toilettes au fond du bus) je suis arrivé, mortifié, à Washington, D.C, chez un ami mortifié de me voir en piteux état.

Inquiet à l'idée d'avoir chopé et surtout transmis un microbe embêtant (le plus fréquent à l'époque était le gonocoque), j'ai squatté son téléphone pour appeler toutes mes partenaires et leur dire que j'avais des symptômes et leur présenter des excuses si jamais je les avais contaminées. A ma grande surprise (je croyais qu'elles allaient me faire des reproches) elles m'ont toutes remercié de les avoir appelées et prévenues.

Et puis, je suis allé me faire soigner aux urgences de l'hôpital général de Washington, D.C.

L'interne (une femme qui devait avoir quatre ou cinq ans de plus que moi, à tout casser - et, non, il ne m'est pas venu à l'idée de demander à ce qu'un homme m'examine, malgré mon profond embarras) m'a écouté sans se moquer de moi et sans porter de jugements sur mon activité sexuelle.

Elle m'a examiné avec délicatesse, en terminant par un examen de la prostate et un prélèvement de l'urèthre à l'écouvillon qu'elle est allée étaler, colorer et examiner elle-même sur une lame de microscope.

Au bout de cinq minutes, elle est revenue, rassurante, en me disant qu'elle ne voyait pas de gonocoques mais des germes banals, qu'elle avait fait vérifier son observation par son Attending (le médecin titulaire) et m'a annoncé qu'elle allait me prescrire un traitement antibiotique adapté. Elle m'a donné l'exact nombre de comprimés dans un flacon en plastique portant mon nom, le sien, le nom générique du médicament et le nombre de jours de prise.

Avant de me faire l'examen de la prostate, elle m'avait expliqué pourquoi elle proposait de le faire (pour savoir si l'infection était limitée à l'urèthre ou si j'avais une prostatite), comment elle allait le faire (elle allait introduire son index ganté et enduit de lubrifiant dans mon anus pendant que, les pieds au sol et les jambes écartées, je m'étendrais sur le ventre à même la table d'examen) et, surtout, elle m'a demandé si j'étais d'accord, et précisé que si je ne l'étais pas, ça ne l'empêcherait pas de me soigner.
J'étais inquiet, mais en confiance, alors j'étais d'accord.
Elle a fait l'examen sans me faire mal.

Je me rappelle lui avoir dit que j'étais étudiant en médecine et l'avoir entendu répondre quelque chose comme "Ah, c'est terrible. Non seulement ça n'immunise pas contre les maladies, mais on pense toujours au pire." Je me rappelle aussi l'avoir entendue parler à la personne (âgée) installée dans le "box" attenant au mien, et m'être fait la réflexion qu'elle parlait à tout le monde avec la même bienveillance.

Ce n'était pas un problème compliqué, ni grave. Mais j'étais un étranger en terre étrangère, j'étais jeune et inexpérimenté, j'étais relativement isolé, je me sentais coupable et embarrassé. Cette femme aurait pu, par son attitude ou son comportement, accroître mon embarras et rendre encore plus pénible une situation qui l'était déjà beaucoup. Mais parce qu'elle ma bien traité, je peux aujourd'hui m'en souvenir sans rougir et la raconter.

Quand je suis sorti des urgences, je n'étais pas guéri, mais je me sentais déjà mieux.
Je regrette de ne pas avoir retenu son nom.

Cette rencontre de soin, je ne l'ai jamais oubliée. Je m'en suis souvenu dès que j'ai commencé à avoir une activité clinique. Je me suis souvenu de mon embarras et de ma honte et de l'attitude simplement bienveillante, explicative, les-pieds-sur-terre, qui lui avait permis de m'aider à me détendre et à me soulager.

On ne peut pas soigner les gens en les maltraitant. Et chaque personne qu'on soigne doit être respectée.

Mais quand on est une professionnelle de santé, il est bon aussi de se rappeler que parfois, on soigne une personne qui, demain, sera à son tour soignante, celle de proches ou de personnes étrangères. Et qu'en la soignant, on lui donne l'exemple.

On ne peut pas apprendre à soigner à des gens qu'on maltraite.

Marc Zaffran/Martin Winckler



lundi 29 avril 2019

La vaccination universelle contre les HPV n'est ni justifiée scientifiquement, ni urgente. Et les "personnalités" qui appellent à la faire sont bardées de conflits d'intérêts...

Il ne se passe pas de semaine sans que des internautes me demandent s'il "faut" vacciner leurs filles contre le HPV.

J'ai déjà répondu il y a longtemps à ce sujet sur mon site professionnel.

Récemment, une cinquantaine de "personnalités" ont appelé à une vaccination élargie, des filles et des garçons.

Cet appel est en réalité l'élément pseudo-scientifique d'une vaste campagne commerciale.
Les conflits d'intérêts des signataires, liés à l'industrie pharmaceutique, sont immenses.
Avec des médecins et pharmaciens indépendants de l'industrie, j'ai co-signé un "contre-appel" qui remet les choses en perspectives.

Non, il ne "faut" pas vacciner tous les enfants contre les HPV. En l'état actuel des connaissances, il est au contraire nécessaire de ne pas s'engouffrer dans une campagne de vaccination qui n'a pas d'intérêt démontré, qui ne prévient pas contre une maladie immédiatement dangereuse et qui coûtera très cher à la collectivité.

POur en savoir plus, cliquez sur ce lien.

Lisez.

Et jugez par vous-mêmes.

Martin Winckler


NOTE IMPORTANTE : Ma position personnelle sur la vaccination en général et les vaccins anti-HPV en particulier

Quelques internautes m’ont demandé « sur quels arguments scientifiques » j’avais signé le moratoire contre la vaccination HPV universelle.

Quelques précisions sur ma position vis-à-vis de la vaccination en général.
J’ai été vacciné contre le tétanos, la diphtérie, la polio, la variole. Je suis à jour de mes vaccinations (à un poil près). J’ai fait la rougeole et la coqueluche (y’avait pas de vaccins à l’époque).
Mes enfants ont été vaccinés — pas contre la variole, qu’on ne fait plus depuis les années 70 mais contre tout ce qui était disponible ou presque à l’âge où ils l’ont été.

Pendant mon enfance, j’ai grandi avec un copain qui avait perdu un bras à cause de la polio. Pendant ma formation, j’ai vu des personnes mourir de tétanos, des enfants rester sévèrement handicapés à cause d’une encéphalite rougeoleuse, des bébés naître malformés ou aveugles ou sourds à cause d’une rubéole. Et j’ai vu deux cas de diphtérie. L’une des malades en est morte.

Autant vous dire que je ne suis pas « antivaxx », au contraire. Je suis heureux que la variole ait été éradiquée grâce à la vaccination, et que la polio soit en passe de l’être.

NEANMOINS, parce que j’essaie d’avoir une attitude scientifique, je suis très circonspect quand on propose de vacciner toute la population contre une maladie « nouvelle ». Je l’étais déjà en 2009 quand industriels et gouvernements faisaient courir le bruit qu’une pandémie de grippe allait tuer des millions de personnes dans l’hémisphère nord, alors qu’elle avait fait moins de victimes dans l’hémisphère sud que l’année précédente.

DE MEME, j’ai été très sceptique, dès son lancement, à l’égard de la vaccination anti-HPV. Contrairement aux maladies sus-citées (y compris la grippe), les HPV ne tuent pas dans les jours ou semaines qui suivent l’infection, et l’immense majorité des infections guérissent seules. Les lésions du col graves sont peu fréquentes, et peuvent être traitées précocément grâce au dépistage par frottis et/ou test HPV.
Les effets de la vaccination sur une diminution du nombre de cancers n’a pas été démontré. On ne pourra l’évaluer que soixante-dix ans après les premières vaccinations.


Autant dire que les sommes colossales investies dans une vaccination de masse se justifient ENCORE MOINS que celles que l’on a mise dans le vaccin contre le A/H1N1.

A présent que vous avez lu ma position, merci de lire la version longue de l’appel à ne pas vacciner. Les informations scientifiques sont clairement exposées, elles sont vérifiables, elles méritent d’être discutées.

N’en restez pas à une réaction « épidermique ». Même si elle se révélait utile (ce qui est très mal parti) la vaccination de toutes les filles et tous les garçons contre les HPV n’est pas urgente. Vous avez le temps de réfléchir. Sans peur, sans culpabilisation. Et de vous rappeler que quand on vous fait peur (de voir vos filles et vos garçons mourir de cancer dans trente à quarante ans) c’est parce qu’on a quelque chose à vous vendre.


Martin Winckler


dimanche 7 avril 2019

Le corps d'une femme, enceinte ou non, n'appartient qu'à elle

Les adversaires de l'IVG (quels que soient leurs motifs) déploient habituellement deux types d'arguments pour contester les droits d'une femme à interrompre sa grossesse.

"Et les droits du père biologique, alors ?" 


Les anti-IVG arguent que le génome de l'embryon vient pour moitié de l'homme qui l'a conçu. C'est vrai. Mais il vient aussi pour moitié de la mère biologique, qui n'a donc pas moins de droits que lui. 


Elle en a même plus, à commencer par celui de protéger sa vie, car être enceinte n'est pas dénué de risques corporels, qu'il s'agisse de la gestation (il y a plus d'accidents thrombo-emboliques mortels chez les femmes enceintes que chez celles qui prennent la pilule) ou de l'accouchement (on peut mourir en couches de manière brutale et imprévisible par hémorragie ou embolie, sortir d'un accouchement mutilée par une épisiotomie ou souffrant de séquelles de la péridurale) ou encore de la période qui suit (le taux de suicides liés aux dépressions du post-partum est plus élevé que dans la population générale).


Ces risques, les pères biologiques ne les encourent jamais. Il n'est donc pas scandaleux qu'une femme décide de ne pas risquer sa vie ou sa santé pour une grossesse dont elle ne veut pas. La contraindre à poursuivre une grossesse contre son gré n'est pas seulement une entrave à sa liberté, mais un risque physique réel. Même s'il est faible, il est, de toute manière, plus élevée pour elle que pour le père. 



"Et les droits du foetus, alors ?"


C'est le deuxième argument, couramment invoqué par les anti-IVG, qui tentent depuis longtemps de faire reconnaître l'embryon ou le foetus comme une personne (au sens juridique du terme). Ils espèrent ainsi, selon la date à laquelle ce "statut" serait reconnu, interdire l'IVG en le faisant assimiler à un meurtre. C'est ce que vient de faire l'état de Georgie, aux Etats-Unis, en votant un "foetal heartbeat bill", loi qui interdit l'avortement à partir du moment où l'on voit battre le coeur foetal.


Je vais poser ici qu'il n'est pas éthique de donner un statut à l'embryon ou au foetus, et qu'en France, c'est probablement impossible d'un point de vue strictement juridique. Pour une raison simple, mais incontournable.


Si  le foetus avait un statut, celui-ci entraverait la liberté de la femme qui le porte. Celle-ci ne serait plus une citoyenne ou une individu autonome, mais serait automatiquement assujettie à la "personne" du foetus. Autrement dit : elle en serait l'esclave. 


Etre considéré comme une personne suppose en effet de jouir de tous les droits accordés à tous et toutes les citoyennes dès leur naissance. Un enfant a des droits, une personne majeure incapable (en raison d'une maladie ou d'une malformation) en a également. Et elle est encadrée : par exemple, jusqu'à l'âge de 18 ans, un individu reste en principe soumis à l'autorité (et relève de la responsabilité) de ses deux parents. Une personne mineure ou sous tutelle ne peut pas voter ou conduire un véhicule ni effectuer un certain nombre de gestes sans aval des tuteurs.


Imaginons que le foetus ait le statut de personne. Pendant la période de gestation, qui aurait sa tutelle ? La mère ?  Le père ? 



Si la mère est tutrice de son foetus, elle se retrouve dans une situation absurde : elle est responsable de la sécurité d'une personne qui met sa propre vie en danger ; si le foetus est menacé, elle devrait par exemple accepter des traitements administrés sur (ou à travers) son propre corps - médicaments, chirurgie, etc. - même si elle n'y consentait pas pour elle-même. 

Si le père est le tuteur du foetus, cela signifie qu'il dispose d'une autorité sur le corps de la mère, dont le foetus est encore indissociable. 

Il pourrait ainsi l'empêcher d'exercer sa liberté comme elle l'entend, par exemple lui interdire de prendre des vacances à l'étranger, de changer de travail, de faire du sport, voire même de sortir de chez elle, au prétexte que ça risquerait d'être un danger pour la grossesse. 


On reviendrait en somme à la situation que les femmes subissaient encore dans les années soixante, lorsqu'elles ne pouvaient pas utiliser une contraception, ouvrir un compte en banque ou acheter une voiture sans l'autorisation de leur mari... Et même pire, à l'époque où les médecins, lors d'un accouchement difficile, demandaient au père s'il fallait "sauver la mère ou l'enfant". 


Donner un statut au foetus équivaudrait à assujettir les femmes enceintes à la grossesse qu'elles portent. Autrement dit, à en faire des esclaves. Seulement quand elles sont enceintes ? Ou en permanence ? 


Je doute que cet état de chose soit compatible avec la Constitution française (qui stipule que tous les citoyens ont des droits identiques). Ou, d'ailleurs, avec la plupart des textes juridiques portant sur les droits humains. 

La Déclaration universelle des droits de l'homme de l'ONU, co-signée par la France en 1948, stipule à  son article 1er : Tous les êtres humains naissent libres et égaux en dignité et en droits. 


Et son article 4 : Nul ne sera tenu en esclavage ni en servitude; l'esclavage et la traite des esclaves sont interdits sous toutes leurs formes.


Donc, à moins que l'on ne veuille remettre en esclavage la moitié de l'humanité, un foetus ne peut pas être une personne. 


Car le corps d'une femme, enceinte ou non, n'appartient qu'à elle-même. 


Martin Winckler/Marc Zaffran