jeudi 22 septembre 2016

L'avortement est un droit et l'entrave à l'IVG ou à l'information sur l'IVG est punie par la loi.


L’Ordre des médecins français est une institution critiquée et discutable à bien des égards, mais elle existe et on est obligés de faire avec.

Cela étant, il n'est pas acceptable de la laisser dire des choses fausses sur son site, puisque cet organisme officiel a pour  « mission » en principe de s’assurer que ses membres – les médecins – respectent la loi et les patients.

Aussi, quand on tombe sur la page du site officiel de l’Ordre consacrée à l’IVG, on est surpris de lire :

« Les dispositions de la loi sur l’interruption volontaire de grossesse (IVG) restent encore assez mal connues des médecins (!!!) et des femmes.  L’IVG n’est ni un moyen de contraception, ni un droit à l’avortement. C’est une exception au principe du respect de la vie, réaffirmé à l’article 16 du code civil, exception justifiée par la nécessité. La loi distingue deux situations : l’interruption de grossesse pratiquée avant la fin de la douzième semaine de grossesse, en cas de détresse maternelle ; l’interruption de grossesse pour motif médical (IMG) (état pathologique maternel ou fœtal). »

La dite page est un commentaire destiné à « éclairer » les articles du Code de déontologie - et du Code de la santé publique, qui en régit le contenu.
Or, cette page date de 2012. Et la loi du 4 août 2014 sur l'égalité des chances entre les femmes et les hommes a modifié la loi sur l'IVG. En particulier, la notion de « détresse » a disparu et l'avortement est devenu un droit et non une "exception". La loi a été une nouvelle fois reformulée en 2016 pour permettre aux sages-femmes de pratiquer les IVG médicamenteuses

Voici l'intitulé actuel du Code de la Santé publique :  


·        
La femme enceinte qui ne veut pas poursuivre une grossesse peut demander à un médecin ou à une sage-femme l'interruption de sa grossesse. Cette interruption ne peut être pratiquée qu'avant la fin de la douzième semaine de grossesse.
Toute personne a le droit d'être informée sur les méthodes abortives et d'en choisir une librement.
Cette information incombe à tout professionnel de santé dans le cadre de ses compétences et dans le respect des règles professionnelles qui lui sont applicables.
*** 


Ainsi, contrairement à ce qu’on pouvait lire sur le site en 2012, depuis la loi du 4 août 2014l’IVG est bel et bien un droit – tout comme l’accès à l’information la concernant.

Je suis bien placé pour connaître les délais de mise à jour d’un site, alors loin de moi l’idée de jeter la pierre à ceux qui ne le font pas à la minute. Mais le site de l’Ordre est tout aussi officiel que l’Ordre lui-même. On est en droit d’attendre qu’il soit à jour des dispositions légales qu’il est censé rappeler aux professionnels.

Il ferait bien, également, de rappeler que la loi punit désormais l’entrave à l’IVG ou à l’information la concernant :


Article L2223-2 du CSP
·       Modifié par LOI n°2014-873 du 4 août 2014 - art. 25
Est puni de deux ans d'emprisonnement et de 30000 euros d'amende le fait d'empêcher ou de tenter d'empêcher de pratiquer ou de s'informer sur une interruption de grossesse ou les actes préalables prévus par les articles L. 2212-3 à L. 2212-8 :
- soit en perturbant de quelque manière que ce soit l'accès aux établissements mentionnés à l'article L. 2212-2, la libre circulation des personnes à l'intérieur de ces établissements ou les conditions de travail des personnels médicaux et non médicaux ;
- soit en exerçant des pressions morales et psychologiques, des menaces ou tout acte d'intimidation à l'encontre des personnels médicaux et non médicaux travaillant dans ces établissements, des femmes venues y subir ou s'informer sur une interruption volontaire de grossesse ou de l'entourage de ces dernières.

***

(NB Cet article s'adresse à tous les citoyens, y compris donc aux praticiens qui reçoivent une femme en consultation ou pour une échographie et qui tentent de la dissuader d'interrompre sa grossesse. Ce serait bien que l'Ordre - et les syndicats de gynécologues, par exemple - le rappellent aussi à leurs membres.)  

Je suggère aux internautes de contacter l'Ordre pour demander que cet organisme censé faire respecter la loi soit à jour des informations qu'il délivre aux médecins. 
Téléphone, fax ou courriel, vous avez le choix. Faites-vous entendre. 
Marc Zaffran/Martin Winckler







jeudi 15 septembre 2016

Le bol d'eau chaude - par Florence Braud

C'est une chambre d'hôpital. Dans cette chambre, un homme va mourir. Dans quelques jours ou dans quelques semaines, personne ne sait au juste, mais il va mourir, ça, tout le monde le sait. C'est une chambre qui attend la mort, cependant elle est pleine de vie. Les murs sont décorés de photos, c'est interdit pourtant, mais le personnel soignant a gentiment fermé les yeux. Au bout du lit trône un vieux doudou, c'est Martin, le doudou de l'homme qui va mourir.  Bien sûr, ça fait bien longtemps que Martin ne sert plus de doudou à personne, mais la fille a retrouvé cette vieille peluche dans un carton et elle l'a amenée à son père, comme un petit clin d’œil. La fille, justement, est assise sur le fauteuil. Dans ses bras, un bébé endormi. Un tout jeune bébé, qui n'a que quelques semaines à peine. Trois générations dans cette chambre pleine de vie qui sent déjà la mort, trois générations silencieuses et fatiguées.

Deux petits coups discrets frappés à la porte. L'homme malade dort, le bébé aussi, seule la fille relève la tête. Une aide-soignante entre doucement et dépose un bol d'eau chaude à côté du fauteuil. La fille sourit et remercie, elle a envie de pleurer mais elle se retient, ses sanglots risqueraient de réveiller l'homme et l'enfant endormis. L'eau chaude, c'est pour sa tisane, parce qu'au distributeur de l'hôpital il n'y a que du thé et du café. Ce n'est qu'un bol d'eau chaude, mais c'est tellement plus que ça. Ce bol d'eau chaude, c'est aussi la merveilleuse attention d'une aide-soignante pour cette maman fatiguée qui va bientôt perdre son père. C'est la bienveillance de toute une équipe qui accompagne sa famille depuis plusieurs mois. C'est le sourire de l'aide-soignante, l'écoute de l'infirmière, l'humour du brancardier. C'est la douceur de la kiné et la gentillesse de l'ASH. C'est le soin dans ce qu'il a de plus beau, le soin qui ne soigne pas mais qui prend soin.


C'est cette équipe soignante qui m'a donné l'envie d'être aide-soignante. Grâce à un bol d'eau chaude.


Florence Braud

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Ce billet de Florence a été originellement publié sur son blog, "Soignante en devenir". Vous êtes vivement invité à lire également ce second billet, "côté obscur" de celui qui précède. 

dimanche 11 septembre 2016

Soupçon, incrédulité et maltraitance, une expérience vécue - par H.

Vous vous souvenez de ce jour où vous êtes tombé dans un champ d’orties ? Vous avez essayer de l’éviter, mais la pente était raide, le vélo s’est emballé. Et vous voilà prisonnier de plantes hostiles qui attaquent votre peau. Ca gratte, ça pique, ça brûle. Il y a un an je me suis réveillée dans cet état, et les orties ne m’ont plus quittée, attaquant toujours plus fort, les fesses, les jambes, le torse, les bras et un jour le visage ou les parties génitales. Au fur et à mesure elles ne se satisfont plus des boutons et des plaques qu’elles infligent, elles attaquent plus profond, elles font gonfler les membres ou le visage. Ce champ d’orties qui m’accompagne en permanence est une maladie : l’urticaire chronique. Mon corps produit tout seul ces attaques. Ca gratte comme des boutons d’araignées, ça pique comme des insectes qui mordilleraient la peau, ça brûle comme un coup de soleil, ça fait mal comme un bleu. Tout le temps.

J’ai écrit la majeure partie de ce texte dans la salle d’attente des urgences, parce qu’après un an de nomadisme médical, je suis devenue folle, au sens propre. Folle de douleur et de démangeaison, mais aussi rendue folle par l’absence de traitement et de considération du corps médical. La violence du système médical m’a fait perdre un an de ma vie. Mais ce texte n’est pas une plainte, c’est un témoignage. Nous sommes des centaines de milliers à devoir nous battre contre la maladie et dans le même temps contre un système médical hostile. Dans ce combat nous partons inégaux. Or mon niveau d’instruction et ma position sociale me placent dans les privilégiés. Je ne suis pas une victime, je suis une combattante et ce texte est une arme. Ecrire me permet de mettre au loin ma colère pour continuer ma vie, publier offrira, je l’espère, des outils pour les malades et leurs proches.

            Urticaire chronique 366ème jour, salle d’attente des Urgences

Ce matin la démangeaison m’a réveillée. Pas plus atteinte qu’un autre mauvais jour, mais c’était le jour de trop. Le jour où les tergiversations, les examens inutiles et humiliants, les promesses de traitement non tenues devaient cesser. Ce soir je devais avoir un traitement ou je sombrerais dans la folie. Déjà je m’entendais chantonner des chansons que je n’ai jamais entendues.
J’ai filé aux urgences. Ils sont gentils aux urgences, une fois passé le suspicieux « Vous venez pour de l’urticaire ?? ». Pourtant dans la salle d’attente je vois un peu des minuscules violences que subissent les malades. Mises bout à bout durant des mois, de médecins en examens, d’hôpitaux en cabinets, elles constituent une souffrance qui s’ajoute à la maladie. Elles sont responsables de l'obsession qui envahit petit à petit notre esprit, jusqu’à la folie. Cette accumulation est un rite initiatique, un bizutage organisé inconsciemment par tout le corps médical. Tu veux un traitement ? Prouve nous que tu es « compliante », que tu obéis aveuglément.

Aux urgences, d’abord on nous suspecte (« ce n’est que de l’urticaire »), ensuite les aides soignants appellent des  noms du fond de la salle, ils se retournent, ils laissent les patients les suivre de loin. On marche vite vite pour les rattraper en se demandant pourquoi cette personne en pyjama ne nous a pas dit bonjour, ne nous a pas regardé.

Ca a commencé comme ça mon parcours médical. L’attente. 6 semaines pour que mon urticaire soit déclarée chronique pour avoir droit de voir un spécialiste, puis encore 4 semaines pour avoir un rendez-vous chez un dermatologue. J’ai vu la « meilleure » dermatologue de Paris paraît-il, en tout cas une des plus chères. Pas besoin de se demander pourquoi je l’ai laissé faire sans rien dire j’étais impressionnée par son énorme bureau en marbre massif dans cet immense cabinet à 50000€ le mètre carré. Je payais 100€ la consultation, je n’avais aucun souci à me faire à ce prix là. Et puis la toubib était drôle et sympathique. Ce n’est que des semaines après que j’ai réalisé qu’elle n’avait même pas jeté un oeil sur ma peau. Ce n’est qu’aujourd’hui que je m’aperçois que je suis repartie avec une batterie d’examens à subir, mais pas d’ordonnance qui augmente ma dose d’antihistaminique. Alors que de toute évidence j’avais besoin d’un traitement plus fort. En sortant, je me disais qu’elle avait fait de son mieux, que je devais serrer les dents et être forte. Je me suis dit ça 200 fois par jour pendant un an.

Un mois plus tard, toujours couverte de plaques, la même médecin m’apprend que j’ai une urticaire chronique. Ca existe, c’est une maladie, dans 6 mois ce sera fini, je dois continuer mon traitement qui ne marche pas, mais bon ça va quoi, on vit très bien avec de l’urticaire, faîtes pas votre chochotte, ça gratte tant que ça ? Heu non non, pardon docteure, ça ira. J’ose tout de même demander pourquoi mon urticaire est plus fort pendant mes règles. Mais parce que je suis focalisée sur mes cycles, comme toutes les jeunes, je suis parisienne et stressée voilà tout, allez voir ce bon gynéco ma petite (vous avez l’âge de ma fille) et voilà tout.

Et moi, si habituée à ces discours, je repars, bonne petite soldate, la bourse allégée et plutôt rassurée. Le « bon » gynéco confirme les dires de sa consoeure et « j’ai fait 10 ans d’étude, je sais de quoi je parle. On va arrêtez les cycles si ça peut vous rassurer.» Moi aussi j’ai fait 10 ans d’étude, je ne vois pas le rapport, mais encore une fois je sors rassurée, tout va s’arrêter c’est la docteure qui l’a dit et elle a été à l’école.

Mais tout est allé de mal en pis. La pilule progestative prescrite a rendu mon urticaire absolument incontrôlable. J’ai passé 10 jours dans un brasier, à me gratter au sang. J’ai arrêté cette contraception nocive (mais puisqu’on vous dit que l’urticaire n’a rien à voir avec vos cycles ou les hormones enfin !). Depuis ma maladie n’a jamais retrouvé son niveau d’avant cet épisode. Chaque menstruation est une torture. Il existe une maladie appelée « dermatite auto immune à la progestérone », mais aucun spécialiste que j’ai vu n’a voulu me faire le test. Ils n’y « croient pas » (sic).

Cela faisait maintenant 7 mois que je vivais dans mon champ d’orties, je devenais chaque jour moins active, moins joyeuse, plus angoissée. Comme j’ai la chance de savoir faire des recherches, je me suis mise à lire des articles scientifiques, à tenter de comprendre comment fonctionne cette maladie. J’ai échangé avec d'autres patients, j’ai appris l’existence de traitements qui fonctionnent mais qui sont donnés en dernier recours. Comme dans toutes les maladies chroniques, il y a plusieurs phases de prise en charge (4 dans mon cas), avec un traitement de plus en plus fort. J’ai pris rendez-vous dans un service spécialisé. Le 1er docteur m’a passé de la phase 1 à la phase 3, il m’a fait faire une biopsie. Il m’a à peine regardé pendant les 5 minutes de la consultation, il a été méprisant et m’a fait des reproches. Mais je m’en moquais, j’avais un traitement et une biopsie c’est du sérieux quand même, on me prenait en charge, enfin. Comme à chaque fois, je suis ressortie pleine d’espoir et toute confiante dans la médecine.

Je crois que c’est dans l’attente des résultats de cette biopsie que je suis devenue folle petit à petit. Les premières semaines le traitement m’a accordé du répit, l’hôpital allait me rappeler avec les résultats et il en découlerait un ajustement thérapeutique, tout roulait. Mais bien sûr que non. Il a fallu prendre moi-même rendez-vous et retourner à l’hôpital.

Ah madame, c’est qu’on ne trouve plus votre dossier, ah le voilà, des résultats quels résultats, non non ils ne sont pas arrivés, ça prend du temps vous savez. Mais madame soyez patiente un peu, je n’ai pas de temps, prenez votre ordonnance, je n’ai pas le temps, dans 3 à 5 ans ce sera fini, allez au revoir, je file je n’ai pas le temps.

Et j’ai basculé. Le traitement ne marchait plus, ces résultats qui n’arrivaient pas, c’était impossible, ça tournait en boucle dans ma tête, il me fallait ces résultats, c’était la clé. Pendant 10 jours j’ai appelé 10 fois par jour le service, ça sonnait dans le vide. Pour éloigner mon esprit de la douleur et des démangeaisons, j’avais construit d’autres obsessions : avoir mes résultats, avoir un traitement, trouver le bon médecin. Mais personne ne répondait, comment se battre contre un fantôme ? Le désespoir m’a envahie, entrecoupé de sursaut de vie.
Un beau matin j’ai débarqué dans le service bien décidé à ne pas en repartir sans mes résultats, prête au scandale s’il le fallait. Je me pensais forte... je suis repartie la queue entre les jambes.

La biopsie a été faite il y a 4 mois ? Mais ma petite dame j’ai pas le temps de vous recevoir je m’en fous de vos résultats allez les chercher au labo de l’hôpital c’est pas mon problème.

Pourtant une semaine après, quand je suis revenue, après avoir changé de médecin et prévenu la cheffe de service, ils étaient là mes résultats. Comme depuis que le labo les avait transmis, 4 mois plus tôt. Normal quoi. Cependant, la docteure A m’a expliqué qu’ils n’étaient pas utiles. Manière de me dire que j’avais fait un scandale pour rien ? Ainsi, les examens c’était terminé pour moi, je repassais en phase 2 de traitement mais seulement pour 15 jours et si ça ne fonctionnait pas hop phase 4, le médoc qui marche à tous les coups. Quel légèreté en sortant ! Dans15 jours tout ça serait derrière moi. Le cauchemar était terminé, cette docteure A était mon héroïne.

Mais non. Finalement la docteure a changé d’avis. 15 jours après, les résultats de cette biopsie il fallait les prendre en compte, il fallait refaire plein d’examens, c’était inquiétant tout ça. A partir de ce moment, la maladie a pris le pouvoir sur moi. Je passais mon temps à lire des publications, à essayer de comprendre pourquoi on me demandait ces absurdes examens, pourquoi je n’avais pas droit au traitement, pourquoi ils attendaient comme ça. Je réfléchissais à des stratégies, je demandais des justifications scientifiques. Mes proches étaient rassurés qu’on me demande des examens. Je voulais leur crever les yeux : ils ne voyaient rien, ne comprenaient rien ou quoi ? Dans mon délire, je m’accrochais à une date, le 28 juin j’avais décroché un nouveau rendez-vous avec la docteure A, je ne partirai pas sans un traitement, je serais forte, c’était ça ou me foutre en l’air, de toute façon.

Pourtant, encore une fois, ce 28 juin j’ai quitté l’hôpital sans nouveau traitement. Et cependant rassurée. Comme d’habitude. Après m’avoir reproché mes mails, la docteure A m’a fait comprendre que mes résultats d’examens étaient inquiétants, qu’elle devait discuter avec ses collègues. Même traitement qui ne fonctionne pas, nouveaux examens et on se revoit dans un mois. A chaque visite le patient remplit des questionnaires sur la qualité de vie, le mien explicitait que depuis 9 semaines je n’avais pas eu un jour de répit, j’avais précisé que je voulais mourir et j’étais recouverte de plaques d’urticaire de la tête au pied. Mais je suis repartie sans traitement et sans date de rendez-vous. Et - par quel tour de passe passe ?- rassurée. Dans un mois maximum tout serait terminé.

Combien de fois aurais-je gobé cette fable, si un soir, je n’étais devenue si méchante et délirante qu’Edouard a crié que j’étais folle ? Oui, j’étais folle, folle de douleur, folle de démangeaison, folle de ne pas avoir de traitement, folle d’être maltraitée par le système. Je me mettais des échéances, tenir encore 15 jours, encore 1 semaine. J’avais construit un raisonnement selon lequel puisque la maladie augmente pendant mes règles, même si les médecins refusent de voir le lien, être enceinte arrêterait tout, donc je regardait les sites pour devenir mère porteuse. Pourquoi mes amis trouvaient cette idée lumineuse idiote ? Le plus souvent, je leur affirmais très tranquillement, persuadée que c’était d’une logique implacable, que j’allais me suicider dans 3 semaines si il n’y avait rien. J’avais envie de mourir et c’était une évidence.
Puisant dans mon instinct de survie, j’ai demandé à refaire l’examen qui inquiétait tant le Dr A. J’étais sûre que tout allait bien. Et j’avais raison, mes examens ne montraient rien d’inquiétant. Il n’y avait en réalité aucune raison d’attendre encore avant de me traiter. Mais alors, à part pour me punir, pour quelle raison le Dr A m’avait laisser partir de l’hôpital recouverte d’urticaire, le cerveau embrumé par les idées noires ?

Ce matin, j’ai compris que j’étais en danger. Quand on veut mourir, on est en danger de mort. J’ai réuni tous mes résultats, le calendrier qui montre l’évolution de ma maladie, avec les traitements successifs, la concordance des crises avec mes règles, le fait que depuis un mois mon traitement a été réduit à peau de chagrin, les compte-rendus des toubibs. Direction les urgences de l’hôpital où je suis suivie. Un urgentiste c’est pragmatique, c’est là que je trouverais du secours.

369ème jour - Dans le train pour les vacances

Et ça a marché ! Pour la première fois un médecin m’a écoutée, ne m’a pas coupée, ne m’a pas demandé ce que je fais dans la vie blablabla. Elle a seulement accueilli mes plainte , elle m’a rassurée « oui, c’est une urgence » et elle m’a soignée. Grâce à cette urgentiste j’ai vu une psychiatre, qui entre 2 défenses de ses confrères, m’a fait comprendre que cette maladie est invalidante et nécessite une prise en charge psychologique qu’on ne m’avait jamais proposée. Grâce à cette urgentiste j’ai eu un rendez-vous dans la journée avec la Dr A et d’autres médecins du service qui me traite. Et tout à coup, elles se sont occupé de moi.
La clé pour choisir mon traitement était bien la biopsie. Cela détermine le choix du médicament, il faut un mois pour vérifier si ça fonctionne mais on m’a donné directement le prochain rendez-vous, pour que je ne m’inquiète pas de ça. Une simple politesse qui m’était jusqu’alors refusée. J’aurais dû bénéficier de ce traitement il y a 6 mois, mais pas un mot d’excuse de la part des médecins qui m’ont reçue.

Les premiers bénéfices ont mis 2 jours à apparaître. L’arrêt de la douleur a eu l’effet d’une drogue sur mon cerveau. En me réveillant, j’ai constaté que ça ne me grattait plus, je n’avais plus mal. Et j’ai passé 12 heures de pur bonheur, ivre sans alcool, cotonneuse comme après un orgasme sans sexe, une petite voix me murmurait « dors, sois sans crainte » , mais je ne voulais pas dormir, je voulais savourer encore un peu. Puis j’ai eu une violente migraine comme une descente de LSD. Pas besoin de drogue, de vodka ou de sexe  : je n’avais tout simplement plus mal. Cette journée m’a fait comprendre la violence de ce que j’ai vécu. Mon cerveau décompressait de semaines de souffrances.
Du jour au lendemain, plus d’idées noires, plus de folie, rien. L’urticaire me rendait folle, mais dès qu’elle s’est arrêté mon cerveau est retourné à son état précédent, il est tout à fait sain. Jamais le système médical ne reconnaîtra qu’il m’a fait perdre 6 mois de ma vie dans la folie de la démangeaison, que ce n’est pas l’urticaire mais l’absence de traitement qui m’a poussée aux urgences parce qu’il me restait assez de lucidité pour comprendre que souffrir et vouloir mourir n’est pas normal ou logique. Que j’étais en danger.


Il ne le reconnaîtra pas car ce bizutage est inconscient. Et il risque de continuer, je vais encore longtemps devoir me battre pour avoir les bons dosages ou pour que le lien avec mes cycles menstruels soit exploré. Mon histoire est la même que celles de dizaines de milliers de patient-es, je ne suis pas plus à plaindre qu’un-e autre. C’est l’histoire banale d’un rite initiatique, vécu par des millions de malades, pour que la médecine les considère assez pour les soigner. Un rite où l’ont doit attendre, marquer sa déférence vis-à-vis médecins, adhérer à leurs croyances, ne pas dire un mot plus haut que l’autre. Un rite pour montrer qu’on est capable de supporter, la maladie, la douleur, l’humiliation, l’incertitude. Ce n’est que si l’on est un « bon malade » (j’ai entendu l’expression), que le système médical nous prendra en compte. Ou si l’on se bat. Alors arrêtons de supporter, battons-nous.

H. 

vendredi 2 septembre 2016

A propos des vaccinations - un extrait des "Brutes en blanc"



Je reproduis ici cinq pages de Les Brutes en Blanc - La maltraitance médicale en France (Flammarion, Octobre 2016). 


Note du 4 septembre 2016. 
Lorsque j'ai rédigé ces pages en essayant de faire preuve d'un minimum de bon sens - c'est à dire en me fondant sur les informations que j'avais sous la main et qui sont celles que la plupart des citoyens ont - je n'avais pas encore lu l'article publié par la biologiste Anne Gourvès dans Nexus et consacré à son enquête sur les vaccinations. Je l'ai lu ces jours-ci, après avoir mis ces pages de mon livre en ligne. Le moins qu'on puisse dire est que l'auteure soulève des questions très gênantes, pour tout le monde. 
Tant sur le plan légal (il n'est pas possible d'appliquer la loi en France) que sur le plan économique pour les citoyens (la victime d'un accident vaccinal ne peut pas demander d'indemnisation dans l'état actuel des choses) mais aussi d'un point de vue biologique (le vaccin antitétanique n'est pas immunisant...) et pour ce qui est de la sécurité sanitaire (les discours des instances officielles sur l'aluminium sont au minimum incohérents). 

Loin de moi l'idée de tout balayer d'un revers de main et de dire "les vaccins ne servent à rien". Pour des maladies comme la variole, la polio ou la rougeole, on a eu largement de voir la différence entre vaccination et non vaccination, aussi bien à l'intérieur des pays européens où on a vacciné tôt qu'entre ceux-ci et ceux où on a été longs à le faire.
Mais, de même qu'on peut tout à fait remettre en cause la nécessité et la fiabilité d'une vaccination annuelle contre la grippe (voir ce qui s'est passé en 2009), ou celle contre le VPH, les citoyens sont en droit de demander à ce qu'on réexamine toutes les vaccinations l'une après l'autre, et de réévaluer leur intérêt, leur sécurité et leur place dans une démarche sanitaire aussi bien collective que personnelle. 

Et cela, pour une raison simple : la population d'un pays comme la France aujourd'hui n'est pas dans le même état de santé qu'en 1900. Et l'épidémiologie des maladies infectieuses ne l'est pas non plus. S'il a été légitime de sortir le BCG (ce fleuron de la "science française") des vaccins obligatoires parce qu'il était inefficace et provoquait plus de dégats que de bienfaits, alors on doit aussi passer au crible tous les autres vaccins, l'un après l'autre. 
Si j'avais lu cet article avant d'écrire mon livre, j'aurais rédigé ce chapitre autrement (en particulier au sujet du tétanos et de la diphtérie). 
Mais c'est le lot quotidien d'un soignant qui se veut scientifique : il ne détient jamais la vérité ultime. Seulement des convictions élaborées à partir de ce qu'il sait (ou croit savoir). Et il doit donc être prêt à nuancer un jour ce qu'il a écrit le jour précédent. 
Pour l'heure, même si je maintiens qu'on peut avoir une attitude progressive et nuancée sur la vaccination (et trier entre l'indispensable et ce qui ne l'est pas, entre le probablement anodin et ce qui peut être toxique) je ne peux qu'encourager les lecteurs à lire l'article de A. Gourvès. 
La réflexion sur ce sujet n'est pas terminée, et de loin. 
MW