lundi 25 avril 2016

La violence verbale des professionnels de santé contre les femmes sans enfant (et qui veulent le rester) - par Laura

Laura n'a pas d'enfant et elle n'en veut pas. C'est son choix, et elle y tient. 
Elle m'a envoyé un long texte énumérant les réflexions désagréables, méchantes ou simplement stupides qu'elle a déjà entendues à ce sujet. Il y en a beaucoup. Certaines ont été proférées par des professionnel.le.s de santé. Elles en disent long sur la personnalité de ceux qui les ont dites - et sur le respect qu'ils manifestent pour les choix de vie qui ne sont pas les leurs. 
Je les publie ici. Accrochez-vous. MW

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“Si vous ne voulez plus avoir mal durant vos règles, faites des enfants !”

“Si vous avez mal durant vos règles, c’est parce que votre corps réclame une grossesse.”

“Vous auriez eu des enfants, vos syndromes prémenstruels ne seraient pas si forts.”

“A force de prendre la pilule en continu, vous allez devenir stérile.”

“Votre problème de poids est lié à votre non-désir d’enfant. Faites un enfant, vous perdrez du poids”

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A la pharmacie située en bas de mon immeuble, j’avais 25 ans : 
  
“Je ne peux pas vous vendre une seule plaquette de pilule, c’est un lot de 3, ça ne s’est jamais vendu à l’unité.”

(Je suis alors allée dans une autre pharmacie, située un plus loin, qui la vendait à l’unité.)

“Le stérilet que le Dr Sachs vous a prescrit n’existe pas. Et puis un stérilet à votre âge… “

(Je suis retournée à l’autre pharmacie, un peu plus loin. Le UT380 existait bel et bien. Je suis ensuite toujours retournée à l’autre pharmacie.)
  
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Chez une gynécologue renommée en banlieue parisienne. Cabinet situé dans mon nouveau quartier. Lorsque je lui dit que je ne veux pas d’enfant. (J’avais 34 ans.)

- Les femmes comme vous, ça devrait se faire soigner ! (en colère)

(Je lui réponds que je ne viens pas chez un médecin pour être jugée ou je sors de la consultation immédiatement - elle se calme un peu.)

- Vous ne voulez plus prendre la pilule, vous ne voulez pas d’enfant et moi je refuse de poser des stérilets sur les nullipares. Je vous prescris un anneau contraceptif.
Je ne veux pas d’un anneau contraceptif, je trouve le concept peu pratique et trop invasif. A ce moment la, est-ce que vous pouvez juste renouveler ma prescription de pilule ?

- Moi, je vous prescris ce qui est bien pour vous. C’est pas vous qui décidez ! (hausse le ton)

- Au contraire, jusqu’à preuve du contraire c’est bien moi qui décide pour moi.

(Elle s’énerve à nouveau, m’insulte. Je reste calme. Je prends mon sac et sors de son cabinet, sans payer. (1) Une fois arrivée au niveau de la rue, j’essuie quelques larmes. Quelques jours après j’ai reçu un courrier de sa part me demandant le règlement de la consultation. Jamais envoyé.) 

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“Si vous ne voulez-pas d’enfant c’est que vous avez un problème avec votre mère. Il faut en parler à un psy… je vais donner l’adresse d’un confrère.”

“Si vous ne voulez-pas d’enfant c’est parce que votre mère ne vous a pas autorisée à être adulte et donc, à devenir mère à votre tour. Vous n’êtes pas adulte, vous savez, vous êtes restée au stade  adolescent.”

“Ah, vous ne voulez vraiment pas d’enfant alors. Comment c’est possible ça ?”

“Et votre mari, il n’en veut pas non plus ? Comment c’est possible ça ?”

“Et le mari, il en dit quoi lui de ne pas être père ? Il est d’accord avec ça ? Et le jour où lui en veut vous faites comment ? Vous divorcez ?”

“C’est le mari qui n’en veut pas c’est ça ? Vous savez, à notre époque on n’obéit plus à son mari. Une pilule ça s’oublie.”

“Vous venez de vous séparer. C’est dommage, vous auriez fondé une famille, il ne vous aurait pas quittée. Ah c’est vous qui l’avez quitté. Un enfant consolide un couple, vous savez.”

“La pilule n’est pas responsable de votre chute de libido. Le responsable c’est votre mari. Amusez-vous un peu, prenez un amant ! Faites pas cette tête la, vous n’avez pas d’enfant, ne me faites pas croire que vous n’allez pas voir ailleurs de temps en temps !”

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(Don du Sang, durant l’entretien avec un médecin.)

“Pas d’enfants ? Vous avez bien raison de ne pas vous emmerder avec ça.”

“Pas d’enfant ? Je note, pas d’enfant. Célibataire ? Mariée ? En couple ? En couple depuis combien de temps ? Dix ans, et vous êtes fidèle. Sérieusement, même pas une fois ? Allez me la faites pas, jolie comme vous êtes !" 

(Regards insistants. Je lui réponds que son attitude est très limite et pas professionnelle.)
  
"Bon je note quand même que vous êtes à risque, si c’est pas vous, c’est lui…” (clin d’oeil)

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(Pendant un examen gynécologique)

“Que c’est beau un petit utérus. J’aime bien avoir des patientes nullipares pour ça.”

(Durant la pose d’un DIU.)

“Mais non ça ne fait mal ! Heureusement que vous n’avez pas eu d’enfant, vous n’auriez pas supporté la douleur de l’accouchement ! (il rit)”

(Pendant un examen gynécologique)

“Vous voulez-un spéculum en plastique ? Mais c’est pour les vierges ! Vous n’avez pas d’enfant, mais vous n’êtes pas vierge bon sang ! C’est pas possible ça ces doudouilles !”

“Et surtout avec le DIU, surtout surtout pas d’anti-inflammatoire !”

“Vous savez, d’un point de purement biologique, vous n’êtes pas une vraie femme.”

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“Des enfants ? Non ?  Il serait temps de s’y mettre à 25 ans !”
“Des enfants ? Non ?  Il serait temps de s’y mettre à 30 ans !”
“Des enfants ? Non ?  Il serait temps de s’y mettre à 35 ans !”

“Si vous voulez des enfants, il ne faut pas trop attendre, vous avez déjà 3x ans”

“Et après votre IVG vous n’avez jamais eu de désir d’enfant ? Ca s’est si mal passé que ça ?”

“C’est pas normal de ne pas vouloir d’enfant vous savez. Je peux vous donner l’adresse d’un confrère qui peut vous aider.”
  
“C’est quoi cette manie des nullipares à vouloir un stérilet ? Il faut arrêter l’internet. Pas d’enfant, pas de stérilet. C’est comme ça.”

“Bon. Vous être pleine de kystes ovariens. La bonne nouvelle, comme vous ne voulez pas d’enfant, vous allez contente, c’est que vous êtes certainement stérile.” (Le type était content de sa blague)

“Vous avez perdu 20 kilos, c’est très bien, votre IMC est presque dans la norme. Il est temps d’enchaîner sur une grossesse, vous avez 35 ans quand même…”

“La stérilisation, vous savez, c’est irréversible. Et si vous changiez d’avis ? Et si vous rencontriez quelqu’un d’autre ?” 

“Ne pas vouloir d’enfant et gérer sa contraception en conséquence, c’est une chose. La stérilisation, c’est trop extrême, trop définitif. Ca ne laisse pas de place aux surprises de la vie.”

“Vous vous rendez compte à quel point ne pas vouloir d’enfant est égoïste alors qu’il y a des femmes qui sont stériles ?”

“Et toujours pas de regret ?”

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(1) Quand un.e professionnel.le de santé vous insulte, vous traite mal verbalement ou vous maltraite physiquement, faites comme Laura : sortez sans payer. Un.e praticien.ne qui se comporte ainsi ne peut pas vous soigner de manière compétente et viole le code de déontologie. Son comportement le/la disqualifie et vous n'avez pas à payer, puisque le boulot n'est pas fait. (Non, il ou elle ne cherchera pas à vous retenir de force : ce serait une voie de faits, et vous pourriez porter plainte au tribunal de police. Et non, il ou elle ne peut pas non plus vous envoyer un huissier.) MW 


mercredi 20 avril 2016

La souffrance des soignants - par Franck Wilmart, médecin généraliste

J’ai envie de crier ce soir devant cette épidémie qui frappe tragiquement de plus en plus de soignants dans une relative indifférence des autorités françaises; une épidémie silencieuse qui voit nombre d’entre nous disparaitre brutalement (Un jeune confrère il y a quelques jours, un confrère plus âgé hier et il y a moins d’un mois deux autres soignants ) ou tenter de le faire (un copain de promo il y a quelques mois) !

Et toujours cette même phrase : « vous comprenez, ils avaient des problèmes personnels » ! Circulez, il n’y a rien à voir. On tourne la page. C’est toujours un cas différent donc on ne peut pas comparer disent-ils ! 

Et pendant ce temps-là, le taux de suicide chez les soignants explose (Je ne suis même pas sûr que les tentatives de suicide soient toutes comptabilisées !)

Et que dire de tous ces soignants en souffrance que l’on reçoit chaque jour dans nos cabinets ? Ils craquent, sont en pleurs, épuisés, démotivés. Surtout ne pas faire le lien avec leurs conditions de travail, des techniques de management du personnel sans nom (« Comment ? Vous ne vous imaginez pas dans quel pétrin vous me mettez  pour le planning ! Vous ne pouviez pas m’avertir avant, qu'on allait vous hospitalier en urgence ? »). 

Surtout, ne pas faire le lien avec les conséquences sur la vie de famille justement, sur ces couples qui se déchirent et se séparent pour aboutir parfois (souvent?) aux drames dont je parlais plus haut.

On parle souvent de la maltraitance envers les patients : quand prendra-t-on enfin à bras  le corps celle des soignants ? Quand les politiques , les décideurs de tout poil comprendront-ils que pour bien soigner un soignant a besoin d’être au mieux ?

Dégrader les conditions de travail comme c’est le cas actuellement en ville comme à l’hôpital, c’est maltraiter les personnels soignants avec les conséquences désastreuses que l’on constate désormais chaque semaine, c’est aussi risquer de voir se majorer la maltraitance des patients !

A terme c’est le soin qui est menacé : beaucoup de jeunes ne veulent plus s’installer et recherchent des postes moins exposés ! Comment ne pas leur dire qu’ils ont raison de se protéger, de protéger les leurs de toute cette violence que notre société leur inflige !

Finalement, peut-être qu’après 15 ans de médecine de campagne, je ne commence qu’à apprendre à l’école des soignants … Ou alors  j’ai tout simplement mal de voir cette école de vie perdre trop de ses élèves ! Et avec  le règlement intérieur que notre société applique à l'école des soignants, il ne faudra pas s’étonner qu’elle ferme faute de candidat pour apprendre à soigner !

Franck Wilmart

lundi 21 mars 2016

Petit inventaire (non exhaustif) d'idées fausses et de phrases absurdes concernant la santé des femmes - par Marc Zaffran/Martin Winckler

Cette liste m'a servi de canevas le 21 mars 2016 au soir à Lyon, dans le cadre d'une conférence que m'avait invitée à donner l'association "La cause des parents".

Cette liste est bien évidemment ironique, et elle mérite un développement plus long que celui que j'ai fait (et que j'ai dû écourter) le 21 au soir. Ca viendra.

Merci à toute l'équipe - et en particulière Nadège, Elisabeth et Audrey - de m'avoir accueilli, encouragé, et invité à faire ce petit exercice.

Petit inventaire (non exhaustif) d'idées fausses et de phrases absurdes sur la santé 
(physique et mentale) des femmes 
(les idées reçues sont regroupées par "période de vie" des femmes) 


-       Il faut avoir ses premières règles entre 12 et 14 ans. 
-       Un cycle normal a 28 jours. Si tu n’as pas tes règles tous les mois tu seras stérile
-       Avoir mal pendant ses règles c’est normal 
-       Il faut emmener sa fille à un gynéco à la puberté (le gynéco est le seul soignant des femmes)  
-       Faire un frottis dès les premiers rapports sexuels
-       On doit tout accepter du médecin sans rien dire : il sait ce qu’il fait 
-       Une fille mince est forcément anorexique ; une fille enrobée est forcément boulimique
-       Une fille qui dit merde à sa mère et monte dans sa chambre sans manger en claquant la porte a forcément un trouble grave du comportement
-       Tatouages et piercings sont des signes de dépravitude et de turpation (et réciproquement)

-       Avoir des préservatifs et des pilules d’urgence chez soi augmente la probabilité que les ados aient des relations sexuelles car les premiers rapports sexuels sont de plus en plus précoces.
-       Il y a un âge psychologique minimum pour commencer une contraception  
-       Un garçon qui a envie de coucher avec une fille de son âge est forcément un prédateur sexuel ; surtout si c’est votre fille
-       Avoir des relations sexuelles avant l’âge de quatorze ans, six mois et trois jours, c’est anormal
-       Les premiers rapports sexuels ne sont pas fécondants
-       Les relations sexuelles, ça fait mal (au début, et parfois plus tard, et parfois toujours) « Souffrir, c'est normal »)  
-       Avoir des expériences homosexuelles c’est normal ; mais c'est aussi pas normal (comme ça on ne peut jamais se tromper)
-       Une femme de plus de 35 ans qui se met en ménage avec un homme de plus de cinquante ans est forcément désespérée. Une femme de moins de 35 ans qui se met à la colle avec un homme ayant entre 1,5 et 2 fois son âge a forcément besoin d’un papa. Une femme de moins de 25 ans qui s’amourache d’un homme de plus de deux fois son âge doit être hospitalisée et mise sous neuroleptique. Et le vieux cochon dégueulasse qui a posé les yeux sur elle doit être jeté en prison.
-       Ne pas avoir eu d’expérience sexuelle avant 30 ans, ce n’est pas normal
-       La fréquence normale des rapports sexuels, c’est... 
-       Les femmes ont moins de désir que les hommes
-       A l’approche de leurs règles, toutes les femmes sont insupportables

-       Il faut commencer la contraception par la pilule
-       La pilule du lendemain tous les mois, c’est irresponsable
-       Il faut avoir eu des rapports sexuels pour prendre la pilule et la pilule rend stérile si on la prend trop tôt
-       Pilule légère quand on est jeune, lourde quand on est âgée (les « meilleures » pilules sont les  plus récentes, forcément).
-       Pas de pilule à 16 ans quand on fume ou quand on est en surpoids
-       La pilule provoque le cancer. Je sais pas lequel, mais un cancer. Sûrement. 
-       La pilule (et les méthodes hormonales) ne modifient jamais ni l’humeur, ni l’appétit, ni le poids, ni la libido des femmes. D'ailleurs, quand les femmes la prennent, les gynécologues (hommes et femmes) n'ont aucun symptôme.
-       Quand on n’oublie jamais sa pilule, on ne peut jamais être enceinte accidentellement
-       Il y a des pilules qui font maigrir/qui soignent l’acné
-       Pas de prise de pilule en continu, c’est dangereux et ça donne la myxomatose
-       Il faut commencer la pilule le premier jour des règles et poser un DIU ("stérilet") dans les trois premiers jours
-       Changer de contraception c’est compliqué. 
-       Diaphragme, préservatifs, cape cervicale et méthodes des températures sont de mauvaises contraceptions. Mais la pire, c’est le retrait.
-       Pas de DIU avant le premier enfant, après césarienne, GEU (grossesse extra-utérine) ou infection des trompes. Ni chez les femmes vierges.
-       L’implant est efficace, mais impossible à retirer.
-       Faire un examen gynécologique + prise de sang dès la prescription de toute contraception
-       Il faut vacciner toutes les filles par le vaccin anti-HPV à 12 ans pour prévenir le cancer du col. Et vacciner aussi tous les garçons puisque c'est eux qui les contaminent, les salauds ! 
-       Examen gynéco et frottis doivent être faits tous les ans. 
-       Un frottis fait pendant les règles est illisible, donc faudra revenir. Ca fera 60 Euros quand même. 
-       L'examen des seins doit être pratiqué chaque année dès l’adolescence. C'est plus prudent. Vraiment. 


-       Il faut aller chez le gynéco avant d’être enceinte (pour qu’il vous donne la permission). 
-       Il faut faire tous les examens qu’on vous propose. Une grossesse ça se surveille de près !!! (Le poids. Le diabète. L’hypertension.) 
-       Une échographie intravaginale ou un TV peuvent être imposés par un médecin pour le bien de la patiente.

-       Une IVG avant vingt ans et ta vie est foutue. Après aussi, remarque. 
-       Après une IVG (ou une contraception), c’est difficile d’être enceinte. Normal, ça se paie ! 
-       Si on a eu plus d’une IVG dans sa vie, on est une irresponsable. 
-       Une femme mariée qui interrompt sa grossesse sans le dire à son compagnon est déloyale.
-       Après 35 ans, les grossesses sont rares, l’horloge tourne, il serait temps de vous y mettre. 
-       Si on n’est pas enceinte après trois mois d’essai on est stérile, et les FIV ça coûte cher à la société. 
-       Si on commence par une fausse couche, il y a un problème. Sûrement. 
-       L’infertilité est toujours liée à la femme. 
-       Pour qu’une grossesse ait une chance de commencer, il faut avoir des rapports deux ou trois fois par jour. (Avec plusieurs hommes, de préférence.)

-       Les galipettes sont interdites pendant la grossesse (ça provoque des fausses couches, des morts in utéro et des troubles du comportement de l’enfant. Au moins.)
-       Une grossesse doit être suivie par un gynécologue obstétricien. Les généralistes et les sages-femmes n'y connaissent rien. 
-       Accoucher chez soi, c’est dangereux. C’est même de l’inconscience criminelle !
-       Il faut accoucher couchée sur le dos/avec une péridurale/avec un monitorage et en s'assurant que la sage-femme a bien le numéro de téléphone de l'obstétricien, pour pouvoir le réveiller quand l'accouchement sera terminé afin qu'il puisse vérifier que tout s'est bien passé et facturer l'accouchement à la sécu. 
-       Il faut allaiter. Il ne faut pas allaiter. Il faut allaiter avec un sein et donner le biberon le reste du temps. Enfin, souvenez vous que quoi que vous fassiez, ce gamin, il vous en voudra. Et il aura raison. 
-       On peut vous faire une épisiotomie même si vous n’êtes pas d’accord. Evidemment. 
-       Toutes les mères aiment leur nouveau-né in-stan-ta-né-ment. Les autres sont des monstres. 
-       Les mères qui abandonnent leur enfant nouveau-né sont des monstres encore pire. 
-       Après césarienne, un autre accouchement par voie basse est impossible. 
-       Après trois césariennes, il faut se faire ligaturer les trompes.
-       Une femme qui veut avoir plus de cinq grossesses est folle, inconsciente ou intégriste. 
-       Après césarienne il faut 6 mois avant de poser un DIU ("stérilet") 

-       La stérilisation est interdite quand on n’a pas d’enfant. Mais aussi dans tous les autres cas.

-       Un bébé est toujours masculin ou féminin. Point final. Et s’il n’est ni l’un ni l’autre, vous devez le faire opérer.  
-       Il ne faut pas coucher avec bébé (ou coucher le bébé avec vous). Ca va le traumatiser. A vie. 
-       Il faut décalotter le sexe des petits garçons. 
-       Les mères sont responsables de l’autisme, de l’homosexualité et de l’acné. 
-       Les vaccins favorisent l’autisme que les mères n'ont pas su provoquer. 
-       Les mères qui ont envie de jeter leur enfant par la fenêtre sont des monstres. Ce sont les plus nombreuses. 
-       Les mères qui allaitent plus de six mois sont des perverses castratrices.  

-       Plus on a été réglée tôt, plus on est ménopausée tard, et inversement.
-       Vous ne pouvez plus être enceinte à votre âge, alors je vous retire votre DIU ou votre pilule.Vous n'avez qu'à faire attention. 
-       Pas de pilule après 40 ans. Jamais. Interdit. Toujours. Pas de stérilet non plus. Z'avez qu'à faire attention. 
-       Le traitement hormonal substitutif de la ménopause est dangereux mais obligatoire. Il donne le cancer du sein et la maladie d’Alzheimer alors il doit être pris sous stricte supervision du médecin jusqu'à votre mort (d'autre chose). 
-       L’ostéoporose vous guette. Toutes. Quel que soit votre âge. Ayez peur. Et prenez des traitements. Seulement ceux que des médecins prescrivent sur conseil de l'industrie. 
-       Les baisses de désir des femmes se soignent par des médicaments adaptés aux femmes. Les industriels, qui sont des bienfaiteurs de l'humanité viennent justement d'en commercialiser quelques-uns. On vit une époque formidable pour l'égalité entre hommes et femmes. 

-       Une femme de cinquante ans (ou plus) qui couche avec un homme de trente ans (ou moins) est (cocher le mot approprié) : folle/hystérique/perverse. C'est sûrement la ménopause, et elle aurait dû se faire soigner. 



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Cet inventaire ironique et impertinent sera détaillé, commenté, critiqué et documenté dans un long texte à venir. Un livre, probablement. 

Quelques lectures et visions conseillées  

Mon guide gynéco de Agnès Ledig et Thierry Linet (Pocket) 
Les instincts marternels de Sarah Blaffer Hrdy (Payot) 
Contraceptions mode d'emploi et Tout ce que vous aviez toujours voulu savoir sur les règles, de Martin Winckler 
La Crise de Coline Serreau
Les grandeschaleurs de Sophie Lorrain
Call the Midwife de Heidi Thomas




mercredi 24 février 2016

Excisions chirurgicales "a minima" - Quelques réflexions médicales et éthiques

Sollicité pour répondre à des questions concernant le récent article publié dans le Journal of Medical Ethics par deux chirurgiens américains, j'ai écrit le texte qui suit. Notez qu'ici, je ne réponds pas à tous les arguments avancés dans l'article (ils sont nombreux et méritent des réponses appropriées) mais à des questions simples qui m'ont été posées par une journaliste.



 Q :  Les deux auteurs de l'article proposent de légaliser des "excisions minimalistes" qui n'auraient aucun effet sur le plaisir sexuel. Comment est-ce possible ?

Ce n'est pas possible et médicalement ça ne tient pas debout. L'anatomie (et en particulier l'anatomie neurologique) n'est pas une science exacte : tout le monde a une anatomie neurologique différente, d'une part ; une sensibilité différente, d'autre part ; et tout geste chirurgical est susceptible de laisser des séquelles neurologiques car la peau est parsemée de terminaisons nerveuses. (Pensez aux douleurs résiduelles des femmes qui subissent une épisiotomie par exemple. Et les cicatrices abdominales d'une ablation de la vésicule biliaire par voie endoscopique, pourtant très petites, sont souvent encore douloureuses des années plus tard. Concernant une zone aussi richement innervée que les grandes lèvres, la vulve et le clitoris, on peut multiplier ces douleurs par mille...) 

Donc, à mon humble avis, leur « projet » ne tient pas, scientifiquement parlant. Sans compter que 1° nul ne peut  jamais garantir que leur intervention n'aura pas d’effet indésirable (il existe des accidents de circoncision, alors il n'est pas garanti que ça n'existera pas pour des "excisions chirurgicales") 2° nul ne peut prévoir ce que sera à l'âge adulte la sensibilité de la femme opérée dans son enfance.  


Q :  Ils comparent cette procédure à la circoncision. La comparaison est-elle pertinente? 

Non. Car les deux organes sont très différents, ainsi que les procédures concernées. La circoncision est l'ablation du prépuce et non du gland (équivalent anatomique masculin du clitoris, mutilé par les excisions rituelles). L'intervention "a minima" proposée dans l'article serait soit une simple "piqûre" à visée symbolique ; soit une "plastie" du capuchon clitoridien ou des lèvres, dont les auteurs ne "s'attendent pas" à ce qu'elles modifient durablement le plaisir sexuel. Mais ce qu'ils "attendent" et ce qui peut en découler est très différent... 

Or, cette comparaison avec la circoncision est une pirouette mentale destinée à "justifier" l'intervention mais elle n'est pas scientifique non plus. ​Même si on peut avoir une sexualité satisfaisante après circoncision, il y a aussi de bonnes raisons de penser que la sensibilité après circoncision n'est pas la même que si l'on avait conservé son prépuce. (On dispose de témoignages d'hommes circoncis à l’âge adulte pour le dire.) Et, même si ça n'est pas aussi destructeur qu'une excision, c'est tout de même une mutilation. (Tout comme le serait de couper un bout de l’oreille ou du nez.) D'ailleurs, les auteurs le reconnaissent. 

De toute manière, si l'on veut rester dans le domaine de l'éthique, on ne peut pas justifier la mutilation des femmes en prenant pour « norme » la mutilation des hommes. C’est à la fois sexiste (pour les femmes) et violent (pour les personnes des deux genres, car cela « normalise » la circoncision). 

On peut aussi rappeler qu’aujourd’hui, les « reconstructions » chirurgicales imposées aux enfants intersexués au prétexte de les « normaliser » sont vivement remises en question un peu partout dans le monde (y compris aux Etats-Unis). 

Il est par conséquent insensé de proposer des interventions chirurgicales sur les organes génitaux de fillettes en bonne santé simplement parce que la famille le demande ! 


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Q :  Par ailleurs les auteurs proposent de légaliser ces excisions car elles seraient pratiquées en milieu hospitalier et n'auraient donc aucun effet néfaste physique ou psychologue à moyen terme. Qu'en pensez-vous? 

Que, là encore, ils n'en savent rien. Pour l'affirmer ou le réfuter, il faudrait faire une étude, et l’éthique interdit de faire une étude sur le vécu et les conséquences d'une mutilation pratiquée par les médecins à la demande des parents !!! 

Le désir (louable) de prévenir les complications mortelles (hémorragie, infection) des excisions clandestines ne justifie pas de banaliser des complications sensorielles et sexuelles en pratiquant des excisions "légales". Le rôle des médecins, c’est de soigner les individus, pas de les rendre « conformes » contre leur gré à quelque norme que ce soit.  

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Rappel éthique :

Il n’appartient pas aux médecins de décréter à eux seuls ce qui est "moralement acceptable" ou non.
L'éthique biomédicale telle qu’on la conçoit aujourd’hui impose en particulier
- de respecter l'autonomie (la liberté) du patient 
- d'abord de ne pas nuire.
Or, ces deux principes fondamentaux sont totalement bafoués dans le cas où un médecin pratique une mutilation sur un enfant !!! Pratiquer une intervention génitale mutilante sur des enfants à la demande des parents n’est pas dans l'intérêt de l'enfant et ce n'est certainement pas dans l'intérêt de l'adulte que l'enfant deviendra. 

Excision et circoncision ​sont des pratiques de mutilation très anciennes ayant une signification rituelle. On peut débattre de leur signification symbolique, ce qui n'est pas mon propos, mais médicalement parlant, rien ne les justifie : elles n'améliorent pas la santé des personnes qui les ont subies, au contraire ; et même dans le cas de la circoncision, on est en droit de penser que pour certains d'entre eux, elles l'altèrent (même s'ils n'ont pas de possibilité de comparer "sans" et "avec" prépuce) car toute ablation d'une zone sensible est susceptible de laisser persister une douleur "fantôme" ou, au moins une modification locale de la sensibilité.

Réflexions autour de la pratique médicale dans le cadre de la loi  :

Loi de moi l'idée qu'un médecin doit toujours forcément respecter la loi, car certaines lois sont liberticides ou opprimantes. Mais pour qu’un médecin puisse défendre une pratique illégale, il faut au moins que cette pratique apporte à l’individu une liberté fondamentale qui lui a été retirée ou qui lui est interdite par la loi. Un médecin ne peut pas défendre une pratique pour des raisons seulement idéologiques. Il faut que cette pratique soit bénéfique pour la santé des premiers intéressés. 

Ainsi, je conçois qu’un médecin brave la loi pour pratiquer des avortements clandestins afin de permettre aux femmes de disposer librement de leur corps sans danger. Mais pratiquer une excision, c’est exactement le contraire !!! C’est attenter à la liberté des femmes avant même qu’elles aient l'âge d'avoir leur mot à dire !!!!


Bien que la circoncision soit légale dans certains pays, il n'appartient pas aux médecins de la pratiquer en dehors de circonstances médicales rares. 

Il en va de même a fortiori pour l'excision qui, elle, est interdite dans la plupart des pays du monde. Les médecins ne sont pas des législateurs. S’ils veulent promouvoir une loi, qu’ils le fassent en citoyens, et non en effectuant des gestes discutables, au profit de tiers (les parents) et qui n’apportent rien aux personnes qui les subissent !!!

Pratiquer des excisions (ou des circoncisions) chirurgicales, dans le cadre d’un lieu voué à la santé, c’est se rendre activement complice de mutilations. ​L'enfant n'est pas l'objet de ses parents, et la loi délimite strictement les droits des parents à l'égard de leurs enfants. Il n'appartient certainement pas aux médecins de se faire l'allié des parents pour mutiler des enfants qui n'ont rien demandé, envers et contre la loi. Tout comme il serait inacceptable qu’un médecin avorte contre son gré une adolescente à la demande de ses parents ou stérilise sans son consentement une femme à la demande de son époux !

Il est certes très difficile d'interdire la circoncision, car les hommes circoncis sont peu nombreux à s'en plaindre (s'ils s'en plaignaient, les circoncisions "hygiénistes" prônées en Amérique au 20e siècle auraient rapidement disparu). Ca ne veut pas dire qu'il s'agit d'un geste "anodin" ou "banal". Les médecins n'ont donc pas, à mon sens, à pratiquer des circoncisions rituelles. Ce n'est pas leur rôle. De même, ils n'ont pas à pratiquer des excisions pour en "faciliter" (ou en "sécuriser") la coutume et la faire entrer dans les moeurs. Ce serait le pire service à rendre aux petites filles et aux futures femmes qui l'auront subi.  

Une dernière réflexion, autour du respect culturel : 

La lutte contre l'excision est l'un des combats les plus importants d'organismes internationaux comme l'UNICEF, qui dans un rapport récent indique que dans de nombreux pays, la population est opposée à ces pratiques, et que leur fréquence est en décrudescence dans de nombreux états.

Les auteurs de l'article du Journal of Medical Ethics avancent que des procédures "a minima" permettraient de trouver un compromis entre les valeurs des pays développés, où elles sont interdites, et les groupes ethniques qui considèrent les mutilations génitales comme faisant partie de leur culture. 

Or, cette suggestion pèche gravement par son paternalisme (voir par son néo-colonialisme) : si les mutilations génitales disparaissent, ça ne sera pas parce que les Occidentaux prescrivent la "meilleure" manière de les faire disparaître (ou, en l'occurrence, de les amoindrir en faisant mine de les conserver) ; ce sera parce que les populations concernées ont trouvées, par elles-mêmes, des moyens de les faire disparaître qui soient compatibles avec leur propre vision du monde et leurs exigences culturelles et morales.  

Tout récemment, la Gambie mettait l'excision hors-la-loiD'après l'UNICEF, il faudra cependant de nombreuses années pour que cette pratique disparaisse des coutumes des populations qui la pratiquent. 

En attendant, est-il vraiment cohérent de proposer que les pays où l'excision est interdite la fassent entrer dans leurs hôpitaux ? 
A mon humble avis, non.

Marc Zaffran (M.D.)/Martin Winckler