vendredi 27 juillet 2018

Le syndicat des homéopathes en plein déni de la réalité scientifique


En 1983, année où je suis devenu l'un de ses rédacteurs, La Revue Prescrire commença une série de publications consacrées à l’homéopathie. 

Aujourd'hui, on peut lire ce document destiné au public, et pour s'assurer que ce n'est pas un jugement "rapide", il suffit de taper le terme « Homéopathie (discipline) » dans la zone de recherche de la revue pour lire les titres des articles. Il y en a à ce jour 87. J'ai suivi la rédaction et participé à la relecture de tous ceux qui ont été publiés entre 1983 et 1989.

Ce sont des articles scientifiques de la même rigueur que tous les autres. Ils examinent, minutieusement, les données présentées par les industriels (Boiron, et d’autres) qui commercialisent des « médicaments » homéopathiques. Ils rappellent aussi l’histoire de la discipline, font le point des essais cliniques, analysent l’ « Affaire Benveniste » (la mémoire de l’eau, vous vous souvenez ?). Bref, une seule et même revue médicale française, dont l’indépendance vis-à-vis de tous les industriels du médicament n’est plus à démontrer, a depuis 35 ans minutieusement examiné au fil de 87 publications (plus de deux par an, pour beaucoup des dossiers de plusieurs pages) toutes les « preuves » avancées par les tenants de la « discipline ».

Pour un seul résultat : les médicaments homéopathiques constituent une escroquerie industrielle de grande envergure. La théorie homéopathique de Hahnemann, qui date de la fin du XVIIIe siècle, ne repose sur aucune notion scientifique démontrée, avérée, reproductible et reproduite. Entre les effets d’une substance pharmacologiquement active et ceux d’un médicament homéopathique (dont la définition dans la pharmacopée française n’est pas son action sur certains symptômes mais, tout simplement, la manière dont il est fabriqué !!!), il y a le même gouffre qu’entre une observation faite et disputée par des dizaines d'astronomes sur les photographies prises par le téléscope Hubble et les prédictions de l’astrologue qui fait des passes autour de sa boule de cristal.

Oui, je sais que cette comparaison va ulcérer les personnes qui, en toute bonne foi, pensent que l’homéopathie est une approche médicale avérée. Et j’en suis désolé. Mais je ne le dis pas pour les blesser, je le dis parce que tout, autour de nous (de la génétique au GPS en passant par la construction des ponts suspendus et l’observation du réchauffement climatique), est fondé sur des connaissances scientifiques avec lesquelles la théorie homéopathique est incompatible.

La préparation d’un médicament homéopathique repose sur la dilution d’une substance jusqu’à ce qu’elle ne soit plus présente. Or, une substance qui n’est pas présente ne peut pas avoir d’activité pharmacologique. Point final.

Face à cette notion scientifique élémentaire (aussi élémentaire que la gravitation universelle ou le fait que l’eau de pluie n’a aucune « mémoire » de ce qu’on déverse dans nos égouts), beaucoup d'homéopathes français (mais, curieusement, pas tous) opposent un déni forcené. 

Ce n’est pas une preuve d’intelligence. Ni d’ouverture. Ni d’intégrité intellectuelle.

Alors, libre à chacun.e de croire ce qu’il ou elle veut.

Mais la liberté et les choix d’un individu qui s’achète de l’Oscillococcinum ne concernent que lui. Les pratiques des médecins, en revanche, ne peuvent pas être guidées par le déni des connaissances scientifiques. Et c’est parce que ces connaissances évoluent qu’on peut aujourd’hui rejeter des « traitements » comme la saignée, utilisée en toute « bonne foi » pendant deux mille ans, et qui a tué beaucoup plus qu’elle n’a guéri.

La connaissance scientifique passe par la critique de tous les discours industriels

La revue Prescrire (qui est loin d’être parfaite, mais qui est la plus ancienne revue en France qui soulève systématiquement et librement les questions gênantes dans le domaine de la santé) a consacré d’innombrables articles à d’autres « médecines alternatives » (37 articles sur l’acupuncture ; 8 articles sur les huiles essentielles et leurs dangers ; etc.) mais elle passe le plus clair de son temps à critiquer les médicaments ou les thérapeutiques promues par les industriels du médicament.

C’est que là aussi, il y a des biais cognitifs. Et ils sont très efficaces. Le simple fait d’offrir à un étudiant en médecine un stylo portant le logo d’un labo « sensibilise » favorablement cet étudiant à la prescription des médicaments du labo. En cela, les industriels ne font qu’appliquer les connaissances actuelles sur le cerveau. Ils les connaissent bien mieux que nous : leur chiffre d’affaire en dépend.

Un nombre croissant de médecins ne veut plus se faire rouler dans la farine. Par AUCUN industriel.

En mars 2018, un groupe de médecins a décidé de mettre les pieds dans le plat : il a publié un manifeste dénonçant les  #FakeMed, les médecines « alternatives » dont les effets ne sont pas démontrés. Pourquoi ? Parce que ces praticienne.s ont à cœur de pratiquer une médecine fondée sur les preuves scientifiques et la confiance réciproque avec les patient.e.s.

De même qu'ils rejettent les discours industriels visant à leur faire prescrire des médicaments inutiles contre le cholestérol ou l'ostéoporose, ces médecins ont à cœur de dénoncer l' escroquerie consistant à faire prescrire des granules de sucre à des patient.e.s qui pour certains pourraient se passer de médicament ; et qui, pour d'autres, devraient bénéficier de traitements avérés.  

Parce que l’enjeu est là : si vous voulez prendre du Perlimpinpin 12 CH, libre à vous. Mais pourquoi des granules  n’ayant pas plus d’effet qu’un placebo seraient-ils financés par les deniers publics alors que d'autres substances, considérées comme inefficaces, sont déremboursées ? (Je pense en particulier aux médicaments censés « soigner » les patient.e.s souffrant de maladie d’Alzheimer mais aussi à de très nombreux produits, déremboursés chaque année).


La relation de soin doit être fondée sur la confiance réciproque et sur la vérité

La confiance réciproque, dans la relation de soin, impose qu’un.e soignant.e ne mente pas à la personne soignée. Or, suggérer qu’un remède homéopathique est un médicament comme un autre, et que son activité est démontrée, c'est un mensonge. Et ce n’est plus acceptable : l'éthique du soin telle qu'on l'entend aujourd'hui l'interdit  ; et il n'est même pas justifié de mentir pour soulager : ce qu’on sait du fonctionnement du cerveau, aujourd’hui, nous montre qu'on peut parfaitement soulager sans mentir.

Notez que je n’ai pas écrit « un remède homéopathique est toujours inactif ». Ce serait un mensonge également, car tout le monde (homéopathes et biomédecins) le sait : tout remède produit un effet placebo.

Et l’effet placebo, ce n’est pas rien. C’est même un ensemble d’effets extraordinairemement complexe et puissant, dont les méthodes récentes d’exploration du cerveau ne cessent de montrer l’importance.


Malheureusement, l’effet placebo fait l'objet d’un mépris extrêmement répandu dans la société française. Si ça « se passe dans la tête » (traduire « si c'est de l'ordre des émotions ») ça n’a pas de valeur. Or, les connaissances scientifiques, elles encore, nous montrent que c’est tout le contraire. Toutes nos pensées "rationnelles" sont d'abord des émotions. Tout ce qui se passe dans le cerveau agit sur le corps. Et tout ce qui se passe dans le corps agit sur le cerveau. 

Il n'est d'ailleurs pas nécessaire d’utiliser un médicament pour qu'un patient aille mieux  : l’extraordinaire livre de Fabrizio Benedetti, The Patient’s Brain (« Le cerveau du patient ») décrit des expériences qui montrent que les seules paroles ou attitudes des soignant.e.accentuent ou diminuent les effets de la morphine sur la douleur ! Et une substance inerte administrée par un médecin bienveillant soulage mieux qu’un antalgique administré de manière insensible, froide ou hostile ! 



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"Le cerveau du patient" - de Fabrizio Benedetti. 

(NB : ne vous arrêtez pas au titre du livre de Benedetti, il parle aussi en détail du cerveau du médecin ; c’est passionnant - et effrayant. Il date de 2011. Pourquoi n'est-il toujours pas traduit en France ? Le Seuil, Odile Jacob, Payot, est-ce que ça vous intéresserait ? Je suis volontaire pour le traduire. )  



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Pour un soignant qui se fonde sur les connaissances scientifiques (j'en fais partie, je crois), il n’est donc pas question de nier les effets bénéfiques de la relation de soin entre un médecin pratiquant l’homéopathie et les patient.e.s qu’il ou elle reçoit. Car beaucoup de souffrances quotidiennes sont soulagées grâce à de l’écoute, du soutien, des encouragements, des réassurances. Choses que TOUT médecin bienveillant peut offrir.

Voilà qui devrait conforter les homéopathes dans leur pratique, mais non ! Le placebo, pour eux, c'est le mal, c'est la négation de la valeur "scientifique" de leurs granules. 

Du coup, je m’interroge sur la confiance que les médecins homéopathes se portent à eux-mêmes. S’ils admettaient que le bien (indiscutable) qu’ils font à un certain nombre de patient.e.s repose essentiellement sur leur attitude, sur leur comportement, sur leurs qualités relationnelles, ils n’auraient plus besoin de leurs tubes de granules !

Et cependant, au lieu de se montrer véritablement attachés à la science - qui reconnaît leur valeur de thérapeutes - ils préfèrent s’agripper à leurs granules comme les médecins de Molière s’accrochaient à leurs clystères et à la saignée. Comme s'ils en étaient indissociables. 

Je me souviens d'un homéopathe qui s'écriait : "Mais vous laissez entendre que nous ne faisons que de la psychothérapie de soutien !!!" 

Mais c'est très bien, la psychothérapie de soutien ! Tous les médecins bienveillants en font, de la psychothérapie de soutien ! Même aux patients souffrant de maladie grave ! Soigner, c'est aussi soutenir moralement. Mais pas A LA PLACE du traitement de la maladie !!! Alors je ne vois pas en quoi faire de la psychothérapie de soutien serait une déchéance ! Ca ferait des homéopathes des psychothérapeutes. Et pourquoi pas ? Encore faudrait-il qu'ils l'assument !

De toute manière, ce ne sont pas leurs qualités de thérapeutes que les  #FakeMed mettent en question

Ce qui est en question, c’est la liberté et l'honnêteté d’appeler les choses par leur nom. L’homéopathie n’est pas une discipline biomédicale. Certain.e.s homéopathes le reconnaissent. D’autres s’accrochent à leurs certitudes, à leur foi. Et, pour cette raison, abdiquent toute crédibilité en tant que soignants guidés par la science.

Ils déclarent : « Montrez-moi que ça ne marche pas. » Mais c’est aux promoteurs d’une théorie de montrer qu’elle est vraie, pas à ses opposants. (Ou alors, on pourrait enseigner l'astrologie en fac de sciences.) 

Et contrairement à ce que prétendent les homéopathes, les soignants guidés par la science sont prêts à tout tester : on teste même les effets de la prière sur l’amélioration du bien-être des malades chroniques. (Tapez « prayer and healing » dans ce moteur de recherche d'articles médicaux et vous verrez combien d’articles "sortent".)

Le cerveau, ennemi numéro un de la pensée rationnelle

Quel point commun entre l’homéopathie, l’acupuncture, les huiles essentielles, la prière, la relation de soin et la morphine ?
Le cerveau humain ! Un organe dont nous commençons seulement à appréhender la sophistication.

Seulement voilà. Le cerveau n’est pas un organe infaillible. De même que tous les individus ne voient pas les couleurs et n’entendent pas les sons de la même manière, chacun.e de nous perçoit la réalité qui l’entoure à sa manière. Avec ce qu’on appelle des « biais cognitifs ».

Nos biais cognitifs (et perceptifs), permettent au prestidigitateur de sortir un lapin d’un chapeau sans qu’on voie le truc ; au vendeur de voiture de nous vendre un véhicule dont nous n’avons pas besoin en nous faisant croire que c’est une bonne affaire ; à l’assureur de nous faire souscrire une police contre la chute d’un astéroïde ; au fabriquant de cosmétiques et d’appareil à musculation de nous convaincre que leurs méthodes vont nous rajeunir la peau et nous raffermir les muscles. Et nous faire vivre plus vieux. Quand on le prend comme il faut, notre cerveau est notre pire ennemi. 

Et c’est de bonne guerre : ce sont des marchands. Pour nous vendre leur salade, il faut qu’ils nous embrouillent l’écoute.

La relation de soin, elle, ne peut pas être une embrouille. Car les soignants sont tenus, pour des raisons éthiques, de nous aider à opérer des choix de santé, de vie ou de mort. Et pour faire ces choix, nous avons besoin d’avoir les yeux ouverts. 

Au lieu du débat, les attaques personnelles

Le manifeste #FakeMed s’attaque à des pratiques, non à des personnes. Il dénonce une escroquerie industrielle et commerciale et appelle à les pouvoirs publics et les universités à assumer leur scientificité à l’égard des pratiques non scientifiques. Il ne fait rien d’autre qu’appeler à la cohérence et à la clarté : on n’enseigne pas l’astrologie dans les programmes d’astrophysique et la sécu ne la rembourse pas. Il n’y a aucune raison d’enseigner l’homéopathie dans une faculté de médecine, ni de la rembourser. (Quitte à rembourser des pratiques relationnelles au motif qu’elles « font du bien », il faudrait d’abord commencer à rembourser les psychothérapies, qui en font à beaucoup plus de personnes souffrantes que l’homéopathie ou le tirage de cartes.)

Mais un certain nombre d’homéopathes ne l’entendent pas de cette oreille. Depuis quelques semaines, les 124 signataires du manifeste #FakeMed font l’objet de plaintes du Syndicat des médecins homéopathes devant les conseils de l’Ordre de leurs départements. Le motif de ces plaintes ? Le manquement à la confraternité. Le dénigrement de confrères.

Vous avez bien lu. Les homéopathes (en corps constitué) attaquent nommément et individuellement des médecins qui se sont librement exprimés, en disant « M’sieur ! M’sieur ! Ils sont méchants ! Ils nous traitent !  ».

C’est comme si l’Eglise Catholique portait plainte devant le Conseil des Universités contre les historiens qui ont démontré que les évangiles ont été rédigés bien après la vie supposée de Jésus et de ses apôtres !

Le ridicule ne tue pas, il ne tuera pas les homéopathes obtus. Il fera peut-être réfléchir les autres, on peut le souhaiter.
Car ces plaintes n’ont aucune validité réglementaire ou légale : le manifeste n’accuse personne en particulier – donc, pas de diffamation ni de manquement à la confraternité. (D’ailleurs, le Syndicat des acupuncteurs n’a pas porté plainte. Bizarre, non ?)
Le manifeste  #FakeMed  s’appuie sur l’état de la science et de la déontologie – donc, pas de manquement de ce côté-là ; il ne diabolise pas les patient.e.s qui recourent à l’homéopathie – rien à dire sur ce point non plus.

Bref, ces plaintes sont purement gratuites. Mais en attendant, elles pourrissent la vie de professionnel.le.s de terrain qui ont autre chose à foutre que de perdre une journée de travail et de soins pour aller répondre… de leur droit le plus élémentaire à s'exprimer librement.

En agissant ainsi, le syndicat des homéopathes montre qu’il n’a rien à opposer à la critique de ses pratiques. 
S’il n’a pas de preuves à présenter de l’efficacité pharmacologique de l’homéopathie, ce n’est pas parce qu’il n’y a pas de travaux (je vous renvoie à Prescrire) ou parce qu’on empêche les travaux de se faire, c’est parce que les travaux montrent tous la même chose : de l’effet placebo

Rien de moins, mais rien de plus. Or, le Syndicat des homéopathes ne veut pas parler de l’effet placebo. Ce serait déchoir. C'est en tout cas un nouveau déni de la science. 

Il montre donc à quel point il n’a rien à faire du bien être des patient.e.s qu’il prétend défendre, puisque la vérité scientifique lui importe peu. Il oublie simplement que les obligations de vérité envers les patientes l’emportent sur la « confraternité ». 

L’objectif du syndicat des homéopathes est avant tout de se poser en groupement d’aristocrates froissés. Avec hauteur, morgue et mépris pour les personnes qu'il prétend défendre. 

Car lorsque les médecins du manifeste  #FakeMed convoqués au conseil de l’ordre devront prendre leur journée pour aller se défendre d’avoir parlé librement, ce sont d’abord et avant tout les patientes de ces médecins qui en pâtiront. 
Comment ne pas y voir le plus grand mépris à l'égard de ces patient.e.s - là ? 

Le cerveau est un organe mystérieux. Celui d'un médecin n'est pas moins biaisé que celui de quiconque. Certains font l'effort de lutter contre leurs biais cognitifs. D'autres, non. 

Je ne sais pas ce qui se passe dans le cerveau des membres du syndicat des homéopathes (et je suppose qu'ils en ont un...) ; mais en traînant devant les Ordres départementaux des médecins soucieux d'intégrité scientifique , ledit syndicat montre qu'il ne veut pas débattre ; il veut seulement en découdre. 

Et, en pourrissant la vie de médecins qui se sont exprimés librement, il démontre que sa pensée et ses pratiques peuvent être absolument nocives. 

Si tel était le résultat recherché, c’est parfaitement réussi.



Marc Zaffran/Martin Winckler



"Je conchie la confraternité ! Mes obligations éthiques vont d’abord aux patientes, ensuite aux autres médecins."
(Franz Karma dans Le Choeur des femmes.)

Si vous désirez soutenir les médecins attaqués pour "manque de confraternité" par le Syndicat des homéopathes" signez la pétition en ligne. 


9 commentaires:

  1. Merci pour cet article éclairé et éclairant ;)

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  2. Tout à fait d'accord avec vos propos, en tant que lecteur de Prescrire. Mais une chose me gêne sur l'homéopathie: comme vous dites vous parlez de l'effet placebo que peut avoir l'homéopathie, et vous dites qu'il vaudrait mieux rembourser des psychotérapies de soutien ou autre. Mais comment imaginer que la Sécu préfèrera rembourser une séance à 50 euros (voire 70-80 dans certaines régions) chez le psychologue, quand un tube d'homéopathie à 1 euro peut aboutir au même effet sur le cerveau? Je fais des raccourcis très importants j'en ai conscience. Mais c'est pour montrer que nous ne maîtrisons encore bien peu assez de choses sur le cerveau, qui n'en a jamais fini de nous rendre la tâche complexe.

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    1. Lorsque les médecins homéopathes sont conventionnés, et s'ils prennent leur temps pour faire de la psychothérapie, ça vaut bien 50 ou 60 euros - qui sont remboursés. ALors pourquoi rembourser seulement les consultations d'homéopathes et pas celles de psychothérapeutes ? Par ailleurs, on sait aujourd'hui que les psychothérapies cognitives ont plus d'effets positifs que les antidépresseurs pour la majorité des personnes traitées pour "dépression" (qui n' ont en fait pas besoin de traitement). On pourrait donc faire des économies aussi sur les anxiolytiques et les antidépresseurs - qui, en plus, diminuent la vigilance au travail et au volant et entraînent des accidents - et qui sont pris souvent pendant des années. SI vous lisez l'anglais, je vous recommande vivement le livre de Benedetti. Il montre que nous en savons beaucoup sur le cerveau et l'action des médicaments - et des thérapeutes. Mais soigner les gens sans leur faire avaler des médicaments, quels qu'ils soient, ce n'est pas intéressant dans le cadre d'un système de santé commercial.

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    2. Bonjour,

      Je sais que je pars sur un terrain miné. Vous dites que les psychothérapies cognitives ont un effet sur... est-ce que cet effet est supérieur à la consultation d'un curé ?

      Est-ce que parler régulièrement avec une personne bienveillante et éclairée n'est pas juste suffisant ? au moins pour une majorité des cas ? y-a-t-il une étude sur le sujet qui montre que ce n'est pas du placebo, ou nécessaire pour les dé-socialisations affectives ? En ce cas, en quoi la sécu devrait prendre en charge ces soucis ? Il y a un très bon article de unpeudeneurologie qui explique que peut importe traitement ou thérapie, si le problème est l'environnement socio-éco de la personne, peut importe le soin, l'environnement reste.

      La question de fond est là, dès que l'on ouvre la boite de Pandore des preuves scientifiques comme critère de base, c'est un peu tout l'édifice qui s’effondre. Parce qu'on ne peut pas se servir de ce filtre pour certaines choses et pas pour d'autres. Ainsi par exemple, il faudrait montrer que la pédiatrie de ville (peser un bébé tous les 6 mois) justifie la prise en charge au régime spécialiste alors qu'une simple sage-femme peut tout à fait le faire. Pourquoi regarder les 1 euros (enfin c'est souvent de l'ordre de la dizaine de centimes) de perlimpimpin 12CH et pas les 36 euros pour peser un bébé ? (combien de tubes pour un cs ?) Combien de tubes pour les 66 euros de mammographie bilatérale alors que l'on SAIT que c'est délétère en population générale sans symptômes ni antécédents ?


      Il y a dans votre textes des approximations qui doivent venir d'un soucis de vulgarisation rapide, mais qui heurtent plus qu'ils ne convainquent les sceptiques à votre thèse.

      Oui, il est sain de s'interroger sur chaque acte ou traitement médical. La question est : pourquoi l'homépathie est en première ligne alors qu'elle coûte peut et ne fait aucun mal alors qu'il existe pléthore de médicaments et traitements qui coûtent chère et font du mal ?

      Voila la question qui me heurte et personne pour y répondre.

      herve_02

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    3. 1° Pour le curé : peut-être pas. Les études rapportées par Benedetti montrent que toute relation avec une personne bienveillante est thérapeutique. Par exemple, on a comparé des entretiens avec des thérapeutes avec des entretiens avec des enseignant.e.s réputé.e.s pour leurs qualités relationnelles, et il n'y a pas de différence. Car justement, ce n'est pas la méthode qui compte, c'est la qualité de la relation - à commencer par la bienveillance de la personne choisie comme "soignant.e." . Donc, un curé qui ne juge pas, qui ne culpabilise pas, qui ne condamne pas fait probablement beaucoup de bien. S'il est intégriste, en revanche...

      2° Bien sûr, on ne peut pas changer l'environnement. Mais on peut toujours proposer une écoute à des personnes dont l'environnement est délétère, quand elles ne l'ont pas là-bas. Ce qui me semble important c'est que toute action qui a pour but (intuitif ou volontaire) d'alléger les souffrances morales d'une personne est a priori bonne. Et pour alléger ses souffrances, la chose la plus simple à faire est d'écouter. Beaucoup de personnes qui souffrent n'ont pas d'auditeur/trice, ils ont des jugeurs et des conseilleurs. Malheureusement, les médecins français ne sont pas formés (ni sélectionnés) pour écouter. Ce qui explique sûrement que bcp de patients se tournent vers des praticien.ne.s qui le font. Parmi lesquels se trouvent des homéopathes.

      3° Absolument d'accord avec vous. TOUT doit être rééxaminé. Aux Etats-Unis, en Angleterre, au Canada, on est conscient de ça : c'est de là que vient la critique du dépistage à tout prix ; celle des méthodes non éprouvées en biomédecine (je vous recommande "Ending Medical Reversal" de Vinay Prasad) ; celle des interventions sans l'avis des patient.e.s. En France on en est encore à penser que les médecins "savent mieux" que les patient.e.s. Ca aussi c'est un gros problème, qui dessert tout le monde, à commencer par les usager.e.s. Donc, des économies et des révisions, il faut en faire partout. En commençant (je le fais déjà depuis plus de 2 décennies) par ne plus inciter les femmes à se faire examiner tous les ans, par ne plus doser le cholestérol à tout bout de champ (et à ne plus prescrire des médocs pour ça), par ne plus faire de "check-up" chaque fois qu'un hommme a peur de mourir - la liste est longue.

      4° Pour deux raisons, il me semble : la première est la ressemblance entre l'homéopathie et la médecine la plus traditionnelle qui soit - celle des shamans, des hommes et des femmes médecine : une tradition de plus de 200 ans ; une vision ésotérique si éloignée des conceptions biologiques qu'elle semble intouchable par elles (on est dans un autre "registre" de pensée) ; des médicaments IDENTIQUES pour chaque "mal" et dénués de toxicité en soi ; et des professionnel.le.s qui croient à ce qu'illes font. Ajoutez à ça l'omniprésence des médicaments homéopathiques, le nombre important de praticien.ne.s (beaucoup plus que les autres médecines alternatives) et vous avez votre réponse. L'homéopathie marche parce que son offre rencontre la demande, qualitativement et quantitativement.

      Un système de santé tourné vers le public formerait TOU.TE.S les professionnel.le.s
      - à développer leur bienveillance pour user au plus (et au mieux) de l'effet placebo ;
      - à acquérir l'esprit critique nécessaire pour ne pas adhérer à des chimères, quelles qu'elles soient et à ne pas se faire manipuler par les marchands ;
      - à partager le savoir et l'esprit critique avec les usager.e.s qui n'ont pas eu la chance de faire des études de médecine ou de pharmacie ou de sage-femme ou de soins infirmiers ;
      - à respecter les croyances des patient.e.s sans les rejeter et sans y adhérer.

      On en est encore loin, hélas, mais ça finira par venir. Je le crois sincèrement.
      MW

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  3. Je voulais ajouter. L’homéopathie (et les autres 'médecines/soins' alternatifs) ont autant de succès parce que maintenant les gens ont PEUR de la médecine dite scientifique et de ses dérives qui n'est utilisé qu'en dernier ressort.
    C'est également la teneur d'un commentaire de CMT chez docdu16, que je comprends parfaitement.

    Ceci dit votre longue réponse n'aborde pas la question (ou alors je n'ai pas compris) qui me taraude : pourquoi l’homéopathie est en première ligne de ce combat par le club des 124 alors qu'elle coûte peu et ne fait aucun mal alors qu'il existe pléthore de médicaments et traitements qui coûtent chère et font du mal ?

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  4. Toutes mes excuses, c'est moi qui n'avais pas compris la question. En ce qui me concerne (et je ne parle que pour moi) toutes les médecines - biomédicale et "alternatives" - doivent être traitées avec la même rigueur scientifique. Pour les thérapeutiques et attitudes biomédicales, il faut les prendre les unes après les autres. En appliquant pour toutes la même démarche critique. C'est une tâche de longue haleine. Pour ma part, je le fais dans le domaine que je connais le mieux : la santé des femmes. Il appartient à chaque médecin de faire les mêmes efforts dans les domaines qu'ils connaissent. Collectivement, c'est plus efficace. Les efforts de revue comme Prescrire ou Exercer et d'un certain nombre d'acteurs critiques dans le monde médical vont dans le même sens.

    Pour les médecines alternatives, c'est différent : elles n'ont pas de concepts valides, de méthodes diagnostiques appropriées et d'efficacité pharmacologique avérée. On peut les réfuter en bloc. La raison pour laquelle l'homéopathie est "en première ligne" de la pétition des 124 c'est parce qu'encore une fois, elle est la plus répandue en France, les médecins qui la pratiquent sont souvent conventionnés - donc, remboursés (ce qui n'est pas le cas des autres), et ses "médicaments" le sont aussi. Le fait que les médicaments homéopathiques ne soient pas toxiques ne change rien à l'affaire. Quand ils sont prescrits en lieu et place d'un diagnostic et d'un traitement approprié, ils le deviennent, en occupant le terrain. En ce moment mon fil Twitter regorge d'exemples de "diagnostics" et de "traitements" de maladies organiques "soignées" par homéopathie etdont le diagnostic et le traitement efficaces ont, de ce fait, été retardés. Comme les bienfaits (effets placebo) de l'homéopathie, les dangers viennent de ceux qui la prescrivent. Tout comme d'ailleurs, pour la biomédecine - quand on prescrit des médicaments n'importe comment, sans rigueur et en étant téléguidé par un fabriquant, on fait plus de mal que de bien.
    Merci de m'avoir donné l'occasion de préciser ma pensée.

    Quant à la peur, je suis d'accord avec vous : beaucoup de gens ont peur des médecins et de la biomédecine parce qu'elle est, avant tout, un marché. Et ce qui pousse le plus facilement les individus à consommer, c'est la peur (de la mort, de la maladie). Certaines personnes ont plus peur des médicaments que de la mort, alors ils se tournent vers autre chose. Dans les deux cas, ce n'est pas une manière éthique de soigner.

    Ma préoccupation première, c'est de faire en sorte que les individus puissent avoir accès à des soins de qualité et puissent les choisir (ou les refuser) en connaissance de cause. S'il y a de la peur dans les arguments d'un médecin (quel qu'il soit), et s'il y a du mensonge (ou un travestissement de la réalité), il n'y a pas de choix - et il ne peut pas y avoir de soins.

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  5. Je vous remercie de votre longue réponse. Nous ne sommes pas d'accord sur le fond même, même si nous trouvons des terrains d'ententes à la marge.

    Dire que l'homéopathie peut être rejetée 'en bloc' parce qu'elle n'a pas de fondement scientifique est une opinion. Facile à tenir grâce au battage médiatique servant de contre-feu aux dernières lois liberticides en terme de santé et aux scandales médicamenteux. Nous n'entendons plus parler de dépakine, coup de baguette magique grâce à 124 bonzes.

    Ainsi le fondement théorique de l'homéopathie (qui elle vient d'une EBM avec des résultats cliniques - que l'on peut toujours considérer comme placebo) est que la dilution et la 'vortexisation' fait passer les champs magnétiques ou vibratoires de la molécule au liquide et que ces champs magnétiques résistent aux différentes dilutions et que ces champs ont une action biologique quantifiable sur l'organisme. Que cela puisse choquer le petit chimiste qui a toujours fait sa petite chimie n'est pas étonnant, mais prenez un physicien spécialiste de la physique quantique et il sera moins catégorique. Je ne dis pas qu'il affirmera que cela marche, mais il sera moins enclin à pérorer que cela ne peut pas marcher. Par exemple tenter de parler à un chimiste de particule ayant une masse nulle, il va vous rire au nez. Comment quelques chose existant que l'on peut 'voir' qui a des interactions, qui est une vraie particule peut ne pas avoir de masse ? et pourtant c'est le cas.

    Le soucis de fond est identique à ce qui c'est passé lorsqu'on a commencé à affirmer que la terre était ronde et qu'elle tournait autour du soleil. Ce ne pouvait pas être possible, car les observations ne permettaient pas de le voir. On voyait bien que le soleil tournait autour de la terre, se levant au levant et se couchant au ponant et il fallait être un crétin pour penser le contraire (et un hérétique en plus). La théorie homéopathique change d'environnement conceptuel, remettant à plat une bonne partie de ce que nous savons et mettant en cause une des plus grosses industrie mondiale. Autant dire que les résistances sont presque infinies. La forme même de l'éducation médicale (parce que c'est plus une éducation qu'une instruction) pousse le futur médecin (par des réalités qui sortent du champ de mon intervention) à accepter des dogmes qui sont... des dogmes ne pouvant être remis en cause. Les modes d'éducation mis en oeuvre fabriquent une bonne partie de médecins imbus d'eux même et maltraitants, mentant et menaçant, piétinant le serment d’Hippocrate chaque jour, prescrivant des produits qui apparaissent 10 ans après être des poisons sans que cela ne remette en question la pratique de la médecine. Et c'est ce monde là qui se permet de juger une théorie qui sort de son champ de connaissance. Ce serait comme demander à des crs de donner leur avis sur un texte de loi servant à protéger l'individu de l'arbitraire de l'état.

    .../...

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  6. suite

    Comme je le disais, l'instruction à rendre les gens bornés permet de fédérer 124 personnes pour tomber à bras raccourcis sur l'homéopathie , mais pas d'armée mexicaine identique pour la pédiatrie de ville, les dépistage en tout genre, les traitements en oncologie qui sont des tests grandeurs natures sans vértiable études clinique préalables sérieuses, tuant probablement plus de gens qu'ils ne soignent. Avec le mensonge permanent d'une vie plus longue après découverte qui serait une grande victoire alors qu'elle doit être surtout due à un dépistage plus précoce.

    Tout cela pour dire, que les études sur les traitements homéopathiques existent et si elles ne sont pas de bonne qualité méthodologique (parce qu'on les scrutent à la loupe) ou pas avec des groupes en tailles suffisantes c'est que la personnalisation du traitement fait que nous ne savons pas comment étudier le phénomène. Nous ne savons pas comment monter des protocoles pour tester si cela marche ou pas. Affirmer du coup que cela ne marche pas est une opinion.

    Je vais même aborder un sujet qui fâche, Aujourd'hui il est impossible de faire des études sur les effets secondaires des vaccins parce qu'il ne reste pratiquement plus de population témoin sans vaccin. Ainsi celui qui voudrait démontrer que le concept même de vaccination (exciter le système immunitaire sur des leurres peut être vecteur de maladie auto-immunes) ne peut pas le faire parce qu'il n'y plus de groupe témoin. DONC dans ce cas là, on ne peut plus faire de science sérieuse et on est obliger d'accepter le dogme.

    Tout cela pour dire que je ne suis pas d'accord que l'on ne peut pas rejeter en bloc conceptuellement l'homéopathie juste parce que vous ne croyez pas (croyance et non savoir) qu'une molécule dilué jusqu'à ce qu'il ne reste plus de molécule puisse avoir encore des effets. Et non, dire que ce serait comme mettre une goutte dans l'océan n'est pas une comparaison valable parce que les dilutions sont successives. ce serait plus comme mettre un verre dans une bouteille, puis prendre un verre de cette bouteille et le mettre dans une autre puis répéter l'opération autant de fois.


    "L'homéopathie marche parce que son offre rencontre la demande, qualitativement et quantitativement. " Ok pour la quantité, n’empêche qu'il y a la qualité qui doit être supérieure, pour certains, à la médecine classique. Donc une démarche intelligente pour 'assécher' cette 'fake-médecine' serait de nettoyer les écuries d'augias de la médecine pour la rendre qualitativement supérieur à l'homéopathie, servant par la même les 2 axes en même temps (à la mode) - fournir une meilleur qualité pour la médecine attirant donc par la même ceux qui se servent du placebo homéopathique, sans devoir supprimer l'homépathie, tentant de casser le baromètre. Bizarrement y a pratiquement plus personne. C'est un mauvais signe.

    Pour finir, pragmatiquement, ne veut-il pas mieux une granule sucrée qu'un lexomil si pour la personne le résultat est identique ? Il m'avait semblé comprendre que la médecine c'était du soin et un service rendu. Si pour certains le service rendu est identique entre un lexomil et une granule, en quoi (sauf pour les vendeurs de lexomil et ceux qui touchent des subventions de ces vendeurs) il faut interdire la granule pour pousser à consommer du lexomil jusqu'à ce qu'on s'aperçoive que lexomil tue des gens ou les fait dégénérer plus vite ?

    ps : la théorie de la protection de groupe doit être également rejetée en bloc car elle est conceptuellement impossible à montrer, c'est une exercice de pensé intéressant mais scientifiquement juste un dogme et pourtant...

    herve_02

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