lundi 23 mai 2016

Tout choix de contraception est respectable. Y compris celui de ne pas en avoir - par Marc Zaffran/Martin WInckler

J'ai lu ces jours-ci un article (sur le blog Les filles électriques) dans lequel Lucile expliquait qu'elle avait décidé de ne pas utiliser de contraception.

J'imagine que ce blog va faire hurler certains médecins, qui n'hésiteront pas à qualifier l'attitude de cette femme d' "obscurantiste" et de "rétrograde". Dans leur esprit, en 2016, une femme qui décide de ne pas utiliser de contraception et de courir le risque d'une grossesse est probablement une folle ou une écervelée.

D'autres médecins et/ou militant.e.s, vont peut-être déclarer qu'utiliser une contraception est une "liberté chèrement gagnée" et que toutes les femmes devraient en profiter.

Je pense que les premiers sont paternalistes et obtus, et que les second.e.s se trompent de combat. Car la liberté des femmes ne consiste pas à choisir une contraception, elle consiste pour chaque femme à décider ce qu'elle veut faire de sa vie, chaque jour. Et ça peut consister à ne pas utiliser de contraception. Même si elle n'a aucune intention ou désir d'être enceinte.

Il n'y a pas, à l'heure actuelle, de raison médicale ou morale à opposer aux femmes qui ne veulent pas utiliser pilule, DIU, implant ou préservatifs et capes cervicales (les méthodes "médicalisées") et préfèrent d'autres méthodes qu'elles considèrent comme plus naturelles et moins invasives.

Il n'y a, à l'heure actuelle, aucune raison médicale ou morale d'interdire (ou de diaboliser) l'utilisation de la contraception du lendemain (Norlevo) plusieur fois par an à une femme qui voudrait n'utiliser que ça.

Il n'y a aucune raison médicale ou morale de refuser une stérilisation volontaire à une femme qui le demande, tout au plus devrait-on les prévenir que les regrets sont plus fréquents quand on le fait avant trente ans (1), qu'avant cet âge, une ligature de trompes est statistiquement moins efficace qu'un DIU, et que la méthode Essure, quoique très efficace, n'est pas dénuée de complications...
Mais une fois qu'on les a informées, si leur décision est prise, personne n'a le droit de la contester.

Il n'y a même aucune raison médicale - et certainement aucune raison morale ou légale - d'interdire à une femme de recourir à l'IVG à plusieurs reprises. Cela étant, ce "recours à l'IVG comme contraception" est un fantasme. Pour avoir travaillé pendant vingt-cinq ans dans un centre de planification, j'ai pu constater de mes yeux que très peu de femmes ont recours à cette extrémité, et que celles qui le font ont une vie plus que difficile, et cessent d'y avoir recours quand leur vie s'améliore.

Et je remercie le sort de m'avoir fait vivre et exercer la médecine à une époque où elles ont le droit de se faire avorter sans courir le risque de mourir ou de rester mutilées. Car ce sont toujours les plus pauvres qui paient le prix de l'illégalité. La légalisation de l'IVG n'était pas seulement une liberté auxquelles les femmes avaient droit, c'était une mesure d'équité envers les femmes les plus démunies et les plus vulnérables, celles qui ont le moins accès aux médecins, à l'information et à la contraception.

Tout ça pour affirmer clairement ceci : une femme qui décide de ne pas avoir de contraception et court le risque d'être enceinte - et assume d'avoir à décider ce qu'elle fera ensuite - est aussi respectable dans ses choix qu'une femme qui décide de ne pas courir ce risque.

Car l'enjeu réel du choix, c'est celui de la liberté de chacune et non des valeurs que l'on plaque sur ce choix. Quand il s'agit de choisir ce qu'on fait de sa propre vie, d'un point de vue moral tous les choix se valent (2). C'est du point de vue social ou psychologique qu'on leur attribue des différences. C'est parce qu'on projette ses valeurs sur les choix des autres.

Comme beaucoup, j'ai tendance à penser qu'une sexualité libérée de l'éventualité d'une grossesse non désirée est préférable à une sexualité qui comporte ce risque. Mais c'est mon opinion, ma perception des choses. J'ai admis depuis longtemps que ça n'est pas celle de tout le monde, même si c'est une des plus répandues. Et je ne dirai jamais que mon opinion vaut mieux que celle des femmes qui en ont une autre. Cela reste une perception subjective, dans mon cas comme pour quiconque.

On peut, comme c'est mon cas, avoir eu des enfants et militer pour la liberté de se faire stériliser quand on n'en veut pas.

On peut, comme c'est mon cas, défendre l'accès libre à toutes les formes de contraception - et à une information loyale - et militer pour la liberté de ne pas en utiliser.

Car chaque fois que nous prenons une décision, nous le faisons en sachant qu'elle comporte des risques. Avoir des relations sexuelles, prendre la pilule, décider d'être enceinte et d'avoir un enfant, tout ça comporte des risques : la vie, c'est risqué. Et les conséquences, il faudra les assumer.

De sorte que personne n'a le droit de porter de jugement sur les risques que nous décidons, chacun.e, de courir.

Surtout pas les médecins.

Marc Zaffran/Martin Winckler








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(1) Ce sont des enquêtes de grande ampleur qui le disent, pas moi. Ces mêmes enquêtes montrent aussi, dans les pays où la stérilisation volontaire est légale depuis les années soixante que, parmi la faible proportion de personnes qui regrettent, une proportion plus faible encore recourt à une chirurgie de réparation... Un regret n'est pas la même chose qu'un désir.

(2) D'un point de vue moral, on peut même défendre qu'avoir des enfants est plus discutable que ne pas en avoir. Après tout, les enfants que nous mettons au monde - et que nous exposons à ses cruautés - ne nous ont rien demandé...

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