mercredi 30 janvier 2019

Scènes de la maltraitance médicale ordinaire (parmi bien d'autres) - un témoignage de patiente.

Un témoignage reçu par Baptiste Beaulieu et que son autrice m'autorise à publier.

C'est l'histoire d'un interne. Appelons le C.

Il s'occupe de moi depuis mon entrée et son attitude est de pire en pire. Je suis exigeante allez vous me dire ? Si attendre qu'on me respecte en tant qu'être humain et femme c'est être exigeante, alors oui, je le suis.

C'est donc l'histoire de C; à la démarche nonchalante, au regard noir et perçant, C, que je m'étais promis de ne pas malmener comme l'interne du mois de juillet. J'avais décidé, cette fois, d'être bienveillante.

C, c'est l'interne que je vois tous les matins pour une auscultation et faire un point. C'est le mec qui pose des questions et ne prend pas la peine d'écouter les réponses. Ce qui a le don de m'énerver mais j'ai décidé d'être bienveillante hein.... Alors je laisse couler.

C, c'est l'apprenti médecin qui a la palpation du ventre assez "musclée". Il sait que tu as mal là mais il vérifie ! Et plusieurs fois ! En augmentant la pression ! Certainement pour voir si c'est bien là que ça te fait mal. Il débarque parfois avec son gentil externe qu'il doit sans aucun doute considérer comme son valet ou son esclave (j'ai un doute) vu le ton qu'il emploie lorsqu'il s'adresse à lui.

C, c'est aussi le type à qui tu dis tout.... T'es bien obligée c'est le seul médecin que tu vois et c'est lui qui a la main sur tes prescriptions de médicaments. Alors quand il te demande " le transit ?" (ah oui.... C a du mal à mettre des verbes dans une phrases, il n'a pas que ça a faire, il est interne bordel !) 

Tu lui réponds que la période de constipation du départ est réglée et que tu te sens soulagée. Et lui de te répondre, " ok je vais regarder votre anus, allongez-vous fesses face à la fenêtre pour la lumière ". Mais toi, tellement estomaquée face à cette.... ???? Cette demande ? Nooooon, cet ordre, cette injonction... Oui toi, tu ne dis rien tu mets ton cul à l'air face à la fenêtre et tu sens l'humiliation palpable dans la pièce. 

Pourquoi cet examen ? Toi tu ne le sauras jamais, mais C il sait lui pourquoi ! Et puis toi, finalement t'es plus à une humiliation de plus : les pertes de sang, les hémorroïdes, la sonde urinaire, les caillots de sang..... T'es plus à "ça" près.

Et donc tu continues à voir C tous les jours en te récitant ce mantra mentalement "il est interne, c'est un bébé médecin, il apprend, tu es bienveillante".

C c'est donc le type qui ce matin a fini par me faire déboulonner. La mucite* augmente de jour en jour et, malgré la morphine, les douleurs dans la bouche sont bien là. Comme tous les matins, il rentre dans la chambre " Bonjour Madame, comment allez vous ? " (soit dit en passant, on ne revient pas sur le fait que je trouve cette question complètement débile venant de la part d'un médecin.... J'en ai déjà parlé).

Je lui explique donc que la mucite prend de l'ampleur et que c'est douloureux. Il se munit donc de sa lampe de poche et me demande d'ouvrir la bouche. Avant de m'exécuter, je prends le temps de lui expliquer que j'ai très mal et que je ne suis plus en mesure d'ouvrir la bouche en grand. Je fais quand même de mon mieux.

Il regarde et me demande d'ouvrir la bouche plus grand. Je tente et je lui explique à nouveau que ce n'est pas possible pour moi. "Mais si Madame, vous allez faire un effort ! Vous allez ouvrir la bouche plus grand" Tout ça à 20 cm de mon visage, les yeux dans les yeux sur un ton à la fois condescendant et infantilisant. J'ai fini par lui dire sur un ton très ferme que non ce n'était pas possible !!!!!

Il est resté me regarder droit dans les yeux un long moment avant de capituler. J'étais tétanisée de peur et dans une colère extrême. Il a repris son auscultation sur un ton neutre comme si rien ne s'était passé.

Voilà l'histoire de C. Voilà mon histoire....

Mais c'est encore moi qui doit être trop exigeante. Cette fois je ne laisserai pas pourrir le truc. Dans un premier temps, je copie colle ce texte et l'envoie comme témoignage à Baptiste Beaulieu

Demain, je l'attends de pied ferme C pour lui dire ma façon de penser. Et selon sa réaction, je demanderai à voir un vrai médecin.

(Janvier 2019) 



* Mucite : inflammation des muqueuses, le revêtement intérieur des organes du corps (en particulier du tube digestif). Elle est fréquemment provoquée par les traitements anticancéreux.  

2 commentaires:

  1. C'est un samedi, accident de jardinage, pas de gants mais un sécateur bien tranchant et le bout de mon index part dans les glaïeuls.
    Lavage, pansement compressif, urgences. Carte vitale et une aimable infirmière qui défait avec délicatesse mon pansement improvisé et me repose un autre pansement après que le médecin ait bien examiné et conclut: "pas besoin de recoudre, le bout du muscle et la peau vont se régénérer tous seuls". Pansement humide en attendant.

    C'est le dimanche et entre temps le saignement a bien repris. Pansement pas assez serré? Qui sait. Pas de bol, je suis tombé sur l'interne de garde qui semble vouloir montrer aux infirmières effarées que lui est un mâle alpha, un vrai! Et que je tire comme un taré sur le pansement comme s'il voulait m'arracher le doigt. Sans même le détremper. Je grogne, il sourit l'air de dire "chochotte!". Puis il se barre, laissant l'infirmière faire le pansement. Infirmière qui procède avec la plus grande délicatesse. Et me dit d'attendre le retour de l'interne, pour l'ordonnance. Grand crétin finit par revenir:
    - "vous êtes encore là, vous?!"
    - "ben l'infirmière m'a dit de vous attendre pour l'ordonnance".
    - "vous verrez ça avec votre généraliste, pas que ça à f...!".

    J'espère qu'un jour un interne de ce type, le mien ou le votre, se trouvera dans une situation similaire. Où on lui demandera de mettre son cul à l'air pour pincer ses hémorroïdes devant un parterre d'étudiants. Ou alors qu'un gentil dentiste lui arrachera une dent mal anesthésiée et devant ses cris ricanera en disant "chochotte". Peut-être qu'il comprendra. Ou pas.

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  2. Oui, ça aussi c'est de la maltraitance ordinaire. Merci d'avoir apporté votre témoignage. Il n'y a pas de petite brutalité.

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