jeudi 23 septembre 2021

Le vaccin, le masque, la ceinture de sécurité et le grille-pain - par Martin Winckler (Dr Marc Zaffran)


Hier, je discutais avec ma fille aînée qui me demandait : "Que répondrais-tu à une personne qui ne veut pas se faire vacciner en arguant que c'est sa liberté et qu'elle fait ce qu'elle veut de son corps".  Un de ses frères m'avait posé récemment la même question. 

Je lui ai répondu brièvement mais ça m'a donné envie de détailler ma réponse ici, au cas où vous auriez affaire à des personnes qui tiennent le même discours (et qui n'ont pas de raison médicale de ne pas se faire vacciner). 

*****


D'abord un avertissement : ce texte est destiné aux personnes qui acceptent :  

- que la Covid-19 est une maladie infectieuse 

- que les masques diminuent la propagation du virus, lequel est transmis par la respiration. 

- que la maladie peut être prévenue par la vaccination

- que les vaccins existants sont efficaces (même s'ils ne le sont pas à 100% et même s'ils ont des effets indésirables, ce qui est le cas de TOUS les vaccins) 

- que la vaccination est moins dangereuse que le virus. 

Si vous doutez le moindrement de ce qui précède, ne lisez pas ce texte, il risque de vous faire tousser.  

*****

La liberté des individus est inaliénable, et c'est parce que je tiens à cette valeur que je défends (par exemple) la liberté absolue des femmes de faire ce qu'elles veulent de leur corps et de ce qui s'y passe (une grossesse, par exemple), mais aussi la liberté absolue de tout individu de mettre fin à ses jours de la manière la moins violente possible, avec l'aide de soignantes compétentes. 

De même, je refuse d'imposer une vaccination à qui que ce soit. Si une personne redoute de se faire vacciner, c'est son droit de refuser, comme de refuser n'importe quel traitement. 

MAIS. Ma liberté, comme dit le proverbe, s'arrête où commence celle des autres. 

Etre favorable à la liberté d'avorter, ça n'autorise pas à imposer l'avortement à toutes les femmes. De même, refuser d'avorter, ça n'autorise pas à le refuser aux autres. 

Etre favorable à l'aide médicale à mourir, ça ne veut pas dire imposer à toute personne de plus de 75 ans de mourir. (Par exemple). Refuser d'y recourir, ça n'autorise pas à le refuser aux autres. 

C'est simple : ma liberté d'accepter ou refuser quelque chose ne m'autorise pas à l'interdire aux autres. 

Par extension, ma liberté est incompatible avec la mise en danger des autres. Quand je me vaccine (en prenant le risque, limité mais non nul, de subir un effet indésirable du vaccin) je ne mets pas les autres en danger. Ca ne concerne que moi. (Tout comme quand je décide d'escalader une paroi à mains nues ou de traverser l'Atlantique à la nage...)  

Etre libre de faire ce qu'on veut de son corps, ça n'est pas être libre de faire ce qu'on veut avec le corps ou la santé d'autrui. Et il me semble qu'on peut trouver une analogie très simple dans la conduite en voiture.

Quand nous montons dans une voiture, on attend de nous (en dehors d'avoir appris et obtenu son permis), de respecter le code de la route (limitations de vitesse, feux de signalisation, conduite à droite en Europe, etc.) et de ne pas adopter de comportement dangereux. Il y a trois comportements dangereux qui me semblent assez clairs : boire de l'alcool avant de prendre le volant ; refuser d'attacher sa ceinture et ne pas demander (voire interdire) aux autres passagers de le faire ; conduire en dépassant la vitesse limite. 

Chacun est libre de ses actes mais conduire après avoir bu (même si on est seul au volant) ou conduire sans ceinture ou en dépassant la vitesse limite exposent à deux types de conséquences : la moins grave est de se faire verbaliser ou retirer son permis. La plus grave, c'est de provoquer un accident qui tue ou blesse grièvement le conducteur, ses passagères, les personnes extérieures au véhicule. C'est moins facilement (voire jamais) réparable et les conséquences financières sont lourdes pour tout le monde (le responsable et ses victimes). Le problème c'est qu'on ne sait jamais si on aura un accident et quelle en sera la gravité. 

On sait en revanche que la mortalité et la gravité des accidents de la route a considérablement baissé quand on a limité la vitesse, imposé la ceinture et sanctionné l'alcool au volant. Mieux vaut prévenir que guérir. 

Ne pas se vacciner contre la covid/ne pas porter de masque est similaire à la conduite automobile dangereuse. Vous avez beau penser que vous pouvez tout contrôler, c'est faux. Il y a trop d'impondérables. Vous ne pouvez pas être sûre que vous ne serez pas infectée et/ou, si vous l'êtes, de ne pas être malade et surtout de ne pas rendre quelqu'un d'autre malade. Autrement dit : ne pas vous vacciner, c'est vous exposer, comme quand vous prenez le volant sans respecter les règles de sécurité, à provoquer un accident, peut être mortel  pour vous et pour des personnes qui, elles, les avaient respectées. (Ou qui ne conduisaient même pas...) 

Dans ce cas, l'exercice de votre liberté aura pour conséquence que vous serez pénalisées, physiquement (si vous êtes blessé vous même), sur le plan légal (vous avez enfreint la loi), et probablement sur le plan financier. Votre liberté peut coûter cher aux autres et, si c'est le cas, elle vous coûtera cher à vous aussi. 

Vous ne voulez pas vous vacciner et/ou porter un masque (conduire sans dépasser la vitesse et mettre votre ceinture) quand on demande de le faire pour la sécurité de toutes ? C'est votre droit. Mais attendez-vous à en assumer les conséquences - autrement dit : à ne pas être autorisée à mettre les autres en danger : vous ne pourrez pas aller au cinéma, vous n'entrerez pas dans un restaurant, vous ne circulerez pas dans un lieu public fermé. 

Notez bien que si vous êtes contaminée et tombez malade, on vous soignera quand même, tout comme on soigne les chauffards ivres qui ont provoqué la mort de personnes qui avaient, elles, respecté les règles. Il me semble donc que la pénalité d'une non-vaccination (être relativement exclu.e de la vie publique) n'est pas un prix très lourd à payer.. 

Ca me semble donc simple : si vous êtes capable de comprendre les limites, contraintes, régulations et conséquences de la conduite automobile (ou de ne pas traverser quand le feu est vert pour les voitures, ou de ne pas jeter de l'essence sur votre bar-b-cue, ou de ne pas jeter une cigarette dans un sous-bois, ou ne ne pas faire griller votre pain pendant que vous êtes dans la baignoire), vous êtes capable de comprendre celles de la vaccination contre la Covid-19. 

A moins que vous ne vouliez vraiment jouer à l'imbécile. 

Car, je le répète, votre liberté d'agir est absolue. Si vous avez envie de vous faire griller du pain ou de vous sécher les cheveux dans la baignoire, c'est votre droit le plus strict. Mais faites le dans votre baignoire et ne demandez à personne de vous y rejoindre. 

Martin Winckler 

PS : Quant au pass-covid, on vous demande bien d'avoir le permis de conduire pour prendre le volant, non ? On vous demande bien votre carte de sécu à l'entrée de l'hôpital ? On vous demande bien votre passeport avant de prendre l'avion et de justifier de vos vaccinations contre la fièvre jaune quand vous allez dans un pays où elle est endémique ? Alors où est le problème ? 


jeudi 12 août 2021

Questions & réponses au sujet de la vaccination contre la Covid-19, du cycle menstruel et de la grossesse (2)

 Ce texte est la suite de l'article précédent publié sur le même thème et que vous trouverez en cliquant ICI

Note : j'utilise ici le terme "femme" pour aller plus vite, mais ce texte concerne toutes les personnes portant des ovaires et un utérus et qui ne se définissent pas toujours comme étant une femme. 


Dernière minute : Le CDC (organisme fédéral de santé américain) recommande la vaccination à toutes les personnes de plus de 12 ans, y compris celles qui sont enceintes ou susceptibles de l'être à court ou moyen terme et au cours de l'allaitement. 

En effet, aucun effet indésirable (interruption de grossesse ou accouchement prématuré) n'a été observé chez les personnes vaccinées qui étaient enceinte au moment de l'injection,  l'ont été par la suite ou allaitaient leur enfant. (Rappelons que l'infection par virus Covid-19, en revanche, est problématique en cas de grossesse - voir plus loin.) 

L'information est ici. 


Q : Le vaccin peut il provoquer des saignements chez une femme menauposée ?En effet une amie ménopausee a eu d'importants saignements provoquant une anémie 15 jours après sa 1ere injection de Pfizer. Cela m'intéresserait de savoir s'il y a un lien. 

R : Non. Surtout si elle est ménopausée depuis plusieurs années. Je lui recommanderais vivement d'aller consulter pour trouver l'origine de ce saignement. Chez une femme ménopausée, des saignement utérovaginaux ne doivent JAMAIS être ignorés ou qualifiés d' "accident". 


Q : Le vaccin est-il susceptible d’aggraver l’endométriose /l’adénomyose de manière momentanée ou durable? Doit-on redouter des douleurs plus importantes qu'à l'accoutumée lorsque l'on est atteinte de l'une de ces pathologies.

R : Non. Il n'y a pas de mécanisme qui pourrait entraîner une aggravation de l'endométriose ou de l'adénomyose après (n'importe quel) vaccin. Le vaccin produit une réponse immunitaire, c'est à dire la fabrication de cellules et d'anticorps qui se spécialisent contre le virus. Pas contre les tissus de l'organisme qui fabrique ces cellules et ces anticorps. La question de la douleur est cependant particulière : tout peut accentuer la douleur, qui est un message produit par le cerveau. Et les femmes qui ont des douleurs chroniques (liée à l'endométriose ou à une autre cause) peuvent éprouver des douleurs variables d'un mois à un autre, pour des raisons très complexes. Elles peuvent aussi être majorées par le virus de la Covid, qui agit sur le système nerveux. Mais pas par le vaccin, qui n'a pas d'effet sur le système nerveux. 
Si une femme porteuse d'endométriose constate qu'elle souffre plus, ça justifie qu'elle consulte pour faire un nouveau bilan de son endométriose. Qu'elle ait constaté l'augmentation des douleurs avec ou sans vaccination. 


Q : Est-ce que la protéine spike est vraiment dangereuse sur le moyen-long terme et peut donc rendre des règles plus hémorragiques . Est-elle susceptible d'avoir un impact sur le circuit lymphatique et donc de provoquer des grosseures mammaires ?

R : Non et non. La protéine "spike" est un fragment du virus Covid-19 inclus dans le vaccin pour indiquer à notre corps contre quoi fabriquer des anticorps. Ce n'est pas le virus entier (il ne peut pas provoquer la maladie), et ce n'est pas non plus une protéine "toxique". Toutes les protéines que vous ingérez dans votre système digestif sont détruites digérées, et celles qui sont injectées sous la peau le sont aussi. C'est ce qui se passe quand vous vous coupez en cuisinant, par exemple : le système immunitaire se défend contre les protéines qui composent les bactéries et les élimine. Le vaccin n'apporte pas d'organismes vivants comme une bactérie, mais seulement un fragment de virus.  

Pour lutter contre le virus, il suffit que notre système immunitaire identifie un de ses fragments et fabrique des cellules spécialisées et des anticorps qui vont le détruire. Toute proportion gardée, c'est comme si on vous enseignait à inactiver une seule pièce d'une machine pour l'empêcher de fonctionner. Pour ça, il faut d'abord vous montrer cette pièce. Dans le cas présent, c'est la protéine spike, qui est à la surface du virus. Quand l'organisme humain apprend à la reconnaître et à la détruire, il suffit à nos cellules immunitaires d'attaquer seulement cette protéine sur le virus pour détruire le virus entier. 

Ce principe (reconnaître une partie du virus pour apprendre à le détruire) est le même pour tous les vaccins. Pour les anciens vaccins, on injectait le virus entier, vivant (ancien vaccin polio, par exemple) ou "atténué", ou un fragment du virus, et on laissait l'organisme organiser sa défense.

Dans le cas des vaccins anti-Covid 19, on injecte un ARN messager, autrement dit un code, un programme qui donne les instructions directement et accélère le processus d' "apprentissage" du corps. 

Les virus à ARNm ne sont pas nouveaux, on les étudie depuis plusieurs décennies (pour lutter contre la grippe, la rage, le cytomégalovirus...) et aussi en cancérologie pour enseigner aux cellules de l'immunité à détruire les cellules cancéreuses. 


Q : Le vaccin peut-il avoir des effets délétères sur les ovaires ou l'utérus (je pense notamment à l'apparition de kystes et plus généralement de maladies sur ces zones)? Et qu'en est-il au niveau hormonal: le vaccin peut-il durablement dérégler nos hormones ?

R : Non, pas plus qu'un autre vaccin. Même si la technologie utilisée est récente, le mécanisme du vaccin est le même que ceux que vous avez reçu pour prévenir polio, diphtérie, tétanos, etc. Et aucun vaccin n'entraîne de troubles de la fertilité, une ménopause précoce ou des kystes. Par définition, la vaccination protège des dégats produits par la maladie qu'elle prévient. Et le recours à la vaccination n'est pas nouveau non plus, il remonte au Moyen-Age...  


Q : Est-ce qu'il a été observé que  le virus de la covid avait,d'une manière générale,  d'une manière un impact sur ces pathologies?

R : Le virus de la Covid-19 a trois cibles principales : le système respiratoire (c'est par lui qu'il se transmet), le coeur et le système nerveux. C'est ce qui explique en particulier que les personnes atteintes souffrent de symptômes neurologiques comme la perte de goût et d'odorat, mais aussi des douleurs diffuses, une fatigue intense et prolongée, en particulier en cas de Covid long. Il n'est pas montré qu'il ait des effets sur la fertilité. On sait en revanche qu'il peut provoquer des troubles neurologiques, respiratoires et cardiaques au long cours.  


Q : Savons nous si le vaccin peut se retrouver dans le lait d'une femme qui allaite et si oui, est ce risqué pour le bébé ?

R : Non, pas plus que pour un autre vaccin. Les composants du vaccin sont rapidement détruits par les cellules de l'immunité (elles les "démontent" pour apprendre à s'en défendre.) En revanche, les anticorps protecteurs que la mère vaccinée fabrique pour se protéger passent dans le lait et protègent le bébé. Elles passent aussi dans le placenta, ce qui justifie, quand on est enceinte, de se faire vacciner, car on protège aussi le bébé. En revanche, le virus Covid-19, comme celui de la grippe, peut provoquer des fausses couches ou un accouchement prématuré ; de plus, les femmes enceintes qui contractent le virus courent un risque plus élevé d'être admises en réanimation... 


(A suivre. Si vous avez des questions, envoyez-les à ecoledessoignants @gmail.com) 

mercredi 11 août 2021

A propos des irrégularités de cycle après vaccination contre la Covid-19

Une journaliste vient de me poser des questions sur le sujet, j'y réponds ci-dessous et je publie l'intégralité de mes réponses car (inévitablement) elle n'en conservera que quelques extraits. 

NB : Je n'écris pas ici pour parler à la place des personnes concernées mais pour répondre en professionnelle soignante à des questions légitimes. Le fait que je sois une soignante homme ne me donne pas une autorité supérieure à celle d'une soignante d'un autre genre, mais ça ne me disqualifie pas non plus. Enfin, j'espère. 

Note : j'utilise ici le terme "femme" pour aller plus vite, mais ce texte concerne toutes les personnes portant des ovaires et un utérus et qui ne se définissent pas toujours comme étant une femme. 


Martin Winckler


1) Des personnes menstruées partagent sur les réseaux sociaux des inquiétudes, car elles ont observé des dérèglements plus ou moins importants de leurs cycles menstruels et font le lien avec le vaccin covid-19. Peut-on faire le lien justement avec les doses de vaccin ou un cycle menstruel est-il plus complexe que cela à observer?

On ne peut pas, pour le moment, faire le lien, pour deux raisons : 

1° les incidents du cycle spontanés sont très nombreux chez beaucoup de femmes. Quand on vaccine ​beaucoup de femmes, celles qui ont des incidents spontanés sont elles aussi nombreuses. La vaccination actuelle se fait dans un contexte très difficile : crainte d'être contaminée, problèmes économiques, incertitudes quant à l'avenir, etc. De plus, contrairement à l'idée générale il n'existe pas de "cycle standard". La durée d'un cycle peut varier de 25 à 35 jours selon les femmes et chez une même femme en fonction de son âge, et de tous les facteurs énumérés plus loin.
Et oui, le cycle menstruel c'est compliqué car l'être humain est un organisme biologique, pas une machine ou un robot. Les variantes sont constantes et imprévisibles tout au long d'une vie. 

La seule notion de "cycle" est déjà sujette à caution. Un cycle c'est ce qui se passe entre deux périodes de règles lorsqu'il y a une ovulation. Mais 
- une ovulation peut se produire à n'importe quel moment après des règles (et les règles suivantes seront en avance, en retard ou "à l'heure") 
- une ovulation peut ne pas se produire du tout (cycle anovulatoire, avec des règles très en retard sans grossesse) 
- l'ovulation peut ne pas se produire et les règles être "à l'heure" comme pendant la prise de pilule (qui provoque des règles artificielles à date fixe) 
- l'ovulation peut se produire sans qu'il y ait de règles (contraception par DIU hormonal)
Etc. 


2° pour savoir s'il y a un lien de cause à effet, il faudrait avoir deux groupes de taille importante (plusieurs milliers de femmes) dont le profil d'âge, de santé, et de cycle est similaire (vous voyez tout de suite que ça devient compliqué), toutes dans une situation épidémiologique "calme" (le vaccin n'est pas obligatoire et n'est pas une question de vie ou de mort) et ensuite on peut comparer le groupe vacciné au groupe non vacciné. Ca, dans l'idéal, ça se ferait en dehors de toute situation de stress collectif... On est loin de pouvoir faire ce genre de travail. Peut-être que dans quelques années, quand la vaccination anti-covid sera devenue une formalité, pourra-t-on le faire et vérifier si ça entraîne ou non des irrégularités du cycle. 

 
2) Qu'est-ce qui peut perturber un cycle menstruel?

​le cycle découle de l'ovulation qui est sous la dépendance du cerveau. Tout peut suspendre l'ovulation et retarder ou avancer les règles : le stress, l'anxiété, la fatigue, le manque de sommeil, les médicaments, les conflits personnels ou au travail. Autrement dit, tout ce qui a de l'effet sur le cerveau... 

En ce qui concerne le vaccin lui-même, la douleur au point d'injection et 24 heures de fièvre (réactions fréquentes) peuvent, à elles seules, suspendre l'ovulation si celle-ci devait se produire dans les jours qui suivent l'injection...

Quand une femme n'a pas de souci particulier, un retard léger ou des règles en avance n'attirent pas son attention. Elles ne l'attirent que dans une circonstance très précise : elle veut ou ne veut pas être enceinte. 

Autrement dit, les femmes qui auront observé (et se seront inquiétées d') une anomalie de leur cycle après vaccin sont souvent des femmes susceptibles d'être enceinte et qui le désirent ou le redoutent. (Et/ou qui n'utilisent pas de contraception hormonale qui suspend l'ovulation). 

L'attention que ces femmes portent à leur cycle est forcément plus importante que celles qui utilisent la pilule, ou portent un DIU hormonal, par exemple, ou ont des cycles spontanément irréguliers (25 % des femmes ayant un cycle). ​Donc, déjà, ce ne sont pas exactement des femmes "tout venant" mais des femmes qui font très attention à leur cycle - autrement dit : un sous-groupe de femmes particulières. Sont-elles majoritaires/représentatives de la population générale ? Il est impossible de le dire. Donc, on ne peut pas non plus se contenter de dénombrer ces femmes-là (qui ont observé une variation de leur cycle) pour en tirer une quelconque conclusion sur l'incidence du vaccin sur le cycle. 


3) De premières réponses ont été émises par les agences de santé (je pense notamment au rapport de fin juillet de l'ANSM); Est-ce que ces premiers éléments de réponses vont dans le même sens, à savoir que ces dérèglements restent rares, et que la corrélation vaccin/ dérèglements du cycle menstruel ne peut pas être faite?

​C'est aussi l'avis des agences britanniques, canadiennes et américaines, qui sont très à l'écoute des usagères (beaucoup plus qu'en France) et depuis longtemps. ​Une gynécologue féministe américaine, Dr Jennifer Gunter, a publié récemment un article de blog qui fait le point sur toutes les rumeurs et les démonte l'une après l'autre https://vajenda.substack.com/p/study-shows-no-impact-of-covid-19 et cela à l'occasion d'une recherche faite sur des femmes en démarche de procréation médicalement assistée. 

 
4) Certaines des personnes menstruées qui nous ont partagé les dérèglements observés nous ont dit être inquièt.e.s, que leur répondriez-vous?

L'inquiétude par rapport au dérèglement est compréhensible et respectable ; elle signifie souvent (mais pas seulement) que les femmes concernées sont inquiètes pour leur fertilité ou craignent par exemple de se retrouver en ménopause précoce. 

Ce qu'on peut leur dire c'est qu'à l'heure actuelle aucune observation (et on en a fait des millions, autant que de personnes vaccinées...) ne suggère que le vaccin (pas plus celui-ci qu'un autre) agit sur la fertilité. En revanche, on sait que le virus Covid-19 peut entraîner des troubles neurologiques importants (et donc, des troubles du cycle...), qu'il est dangereux pour la grossesse et les femmes enceintes ou non enceintes. Le simple bon sens (et les chiffres, hélas) montre que les risque de la Covid-19 sont très grands,  tandis que celui d'une vaccination est quasi-inexistant. 

Quand les femmes montent en voiture, elles attachent leur ceinture parce que le risque d'avoir un bleu sur la poitrine en cas d'accident est négligeable par rapport à celui d'être tuée en étant projetée à travers le pare-brise. C'est pareil. 

(A noter qu'on n'a pas non plus observé d'anomalie de la fertilité chez les hommes vaccinés. Si le vaccin avait un effet sur les ovaires, il en aurait aussi sur les testicules, et c'est facile à évaluer via un spermogramme. Rien ne montre que le vaccin affecte le spermogramme. En revanche, on a trouvé du virus dans le sperme des hommes infectés !) 

Donc, même si la vaccination est suivie par une irrégularité de votre cycle, vous êtes en droit de vous sentir en sécurité. C'est un incident sans conséquence. 



5) Que pensez-vous de l'emballement autour de cette corrélation? En France certains média ont publié des articles faisant le lien, ce qui a semblé créer plus d'inquiétudes encore (alors qu'aucun lien n'était attesté par les agences de santé).

La presse française grand public est très en retard sur celle des pays anglophones quand il s'agit de vérifier les informations scientifiques qu'elle diffuse. 

Il y a régulièrement des articles dans ​The New York TImes (aux USA) ou The Guardian (en G-B) sur des sujets de santé, écrits par des journalistes scientifiques indépendantes et respectées, pesant le pour et le contre. 

En France, la presse est constamment sensationnaliste et terroriste, les journalistes n'ont pas toujours la formation scientifique qu'il faut, et les gouvernements ne font rien pour donner à la population des informations fiables et vérifiées. Voyez l'incohérence de l'information sur la pandémie. Je ne suis pas surpris que la même incohérence règne par rapport au vaccin. Quand une population est systématiquement méprisée et mal informée, quand ses inquiétudes ne sont pas prises en compte, il n'est pas surprenant que la confusion règne. 

Questions complémentaires : 

A la différence de beaucoup de femmes je n’ai pas remarqué d’impact sur la durée de min cycle. 
En revanche j’ai ressenti une énorme inflammation de min utérus pendant les 48h suivant la 2ème injection. 
A tel point que j’ai du mettre de la glace sur mon utérus pour me soulager. 
Un douleur encore plus intense que des règles douloureuses alors que je n’avais pas mes règles.. 
Des symptômes de ce type ont ils été répertoriés? 
Certes un vaccin entraîne forcément une réaction inflammatoire (c’est le principe), mais pourquoi celle ci c’est concentrée sur mon utérus? 

La douleur est une perception très personnelle et parfois surprenante. Vous avez ressenti des douleurs dans le bas de votre abdomen, dans la même zone que les douleurs de vos règles. Mais ce type de douleur peut ne pas provenir de l'utérus lui-même. En effet, il est fréquent que le cerveau perçoive comme venant d'un organe donné un signal douloureux qui vient d'un autre organe ; ainsi un ulcère de l'estomac peut provoquer une douleur du dos ; un infarctus une douleur de la mâchoire ou du bras ; une colique néphrétique (un caillou dans le rein) une douleur de la vulve. Pour identifier l'origine d'une douleur, il faut souvent s'aider des autres symptômes présents. 

En ce qui vous concerne, tous les organes du bas de l'abdomen peuvent envoyer des messages douloureux : l'intestin, l'utérus, les uretères, la vessie, les muscles (très nombreux). Comme vous n'aviez pas de saignements ni de symptômes digestifs ou urinaires, il est probable que les douleurs étaient plutôt musculaires. Les muscles psoas, qui sont très volumineux et très profonds, quand ils sont contracturés (et ça peut arriver après une vaccination ou quand on a de la fièvre), provoquent souvent des douleurs du bas-ventre similaires à celles des règles, parfois très intenses. 
Je ne pense pas qu'il s'agisse d'une "inflammation" à proprement parler car elle n'aurait pas de raison de se "localiser" dans le bas de l'abdomen. Si inflammation il y avait (et il y en a de nombreuses formes), vous auriez eu d'autres symptômes que ceux-là. 
Les maux d'abdomen, souvent accompagnés de courbatures (du dos, des jambes) sont courants après une vaccination, comme pendant une maladie infectieuse virale (grippe, par exemple). Ils sont plus fréquents chez les enfants mais les adultes aussi peuvent les ressentir. Je pense que c'est ce qui vous est arrivé. 


​(A suivre dans cet article , avec des réponses à des questions individuelles. Si vous en avez, envoyez les moi à ecoledessoignants @ gmail.com) 

Martin WInckler 












jeudi 3 juin 2021

Les hommes devraient-ils porter le poids de la contraception ? (Courriers à propos de "C'est mon corps")

J'ai reçu ce message de Marie S. Je lui ai répondu et, avec son accord, je publie l'échange. 

MW 

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Je me permets de vous écrire suite à la lecture de votre livre "C'est mon corps". 

Je vous avoue que le paragraphe 3 p. 152 ("Les hommes devraient-ils porter le poids de la contraception ?") m'a un peu interloquée.

Notamment les phrases 

-p. 152 "Certains hommes aimeraient maîtriser leur fertilité, qu'ils vivent ou non en couple ; les femmes, elles, "doivent" se protéger d'une grossesse non désirée."

Il me semble que les hommes doivent aussi se protéger d'une paternité non désirée. Je ne pense pas que TOUS les hommes se foutent d'engendrer une grossesse si elle n'était pas choisie. même si bien sur cela n'a pas les mêmes conséquences pour eux que pour nous les femmes. Encore que moralement et juridiquement s'il y a enfant il me semble que les 2 géniteurs doivent l'assumer. 

J'ai eu une relation très épisodique avec un homme qui s'était fait stérilisé. 
Quel bonheur ! 
Mais du coup ça m'a mise dans la position de la personne qui doit faire confiance à l'autre quand il me dit qu'il n'y a pas de risque de grossesse et je me suis dit que pour les hommes cela ne doit vraiment pas être simple de faire confiance à la femme qui lui dit qu'elle est protégée (pilule, stérilet, stérilisation...) d'autant que si il y a un "accident" de pilule notamment, ou si elle ment, c'est elle qui pourra finalement faire le choix de garder l'enfant ou pas, lui n'aura pas beaucoup le choix mis à part de partir et se retrouver avec cela sur la conscience. 

-p.154 "La prévention des grossesses non désirées est un problème trop sérieux pour le confier aux hommes."

Je trouve cette phrases assez offensante envers les hommes d'abord parce qu'elle dit que les hommes ne sont pas assez sérieux pour s'occuper de cela ou n'en s'on pas capables. Ensuite parce que cela les dédouanes de cette responsabilité. 

Même si vous modérez un peu vos propos en précisant que pour un couple qui s'entend sur tout les méthodes contraceptives peuvent être alternatives. 

Et dans une moindre mesure p.153-154 sur la l'accessibilité de la contraception dans les sociétés patriarcales oppressives, les hommes y décident si et quand une femme doit être enceinte. Si je peux l'entendre pour certaines femmes qui sont "sous le joug" d'une société patriarcale, il me semble que la majorité d'entre les femmes sont libres de choisir leur contraception. Mais là peut-être que je me fourvoie... 
J'avoue que ça m'énerve un peu qu'on mette les femmes souvent en position de victime sur des choses où il me semble que nous avons notre libre arbitre. Mais c'est vrai que j'ai eu la chance d'avoir des parents aimants et ouverts d'esprit, et  c'est plus facile de faire des choix libres dans ces conditions là...

Marie S. 

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Réponse de MW : 

Bonjour  
Merci pour votre message et merci d'avoir lu "C'est mon corps" de manière aussi précise. 
Pour vous répondre succinctement mais précisément : 

-p. 152 "Certains hommes aimeraient maîtriser leur fertilité, qu'ils vivent ou non en couple ; les femmes, elles, "doivent" se protéger d'une grossesse non désirée."

Ici, le "doivent" veut simplement dire que c'est une question vitale, physiologique pour les femmes, pas pour les hommes. Quand une grossesse est en route, c'est TOUJOURS la femme qui prend les risques physiques (non négligeables) qu'elle fait encourir. Jamais le père biologique... 

Ca devrait être une obligation morale, nous sommes d'accord (ça l'a toujours été pour moi) mais dans les faits, beaucoup d'hommes ne voient pas la nécessité matérielle (pour eux) de se protéger et ce, 1° d'autant que les femmes se protègent, elles et 2° que leurs possibilités sont limitées (préservatif, vasectomie) et que leurs partenaires ne sont pas toujours d'accord pour l'une ou pour l'autre (c'est toujours une question de négociation, différente pour chaque personne, et donc pour chaque relation...) 

La question de la responsabilité morale de la grossesse et de la liberté d'accueillir ou non la grossesse et l'enfant (s'il ou elle naît) est un problème théorique tout à fait important, mais qui ne vient pas dans la tête des gens en première place quand il s'agit d'avoir des relations sexuelles potentiellement fertiles. Je ne l'ai pas abordé ici. J'en ai en revanche écrit un article sur le sujet dans le cadre de ma formation en éthique au Québec. (Si cela intéresse les internautes, il est en ligne ICI.) 


-p.154 "La prévention des grossesses non désirées est un problème trop sérieux pour le confier aux hommes.


Je suis désolé que vous trouviez ça offensant pour les hommes (ils ne sont pas tous de votre avis) mais c'est une position féministe radicale très simple : les décisions concernant le corps d'une femme doivent être prises EN PREMIER LIEU par la femme concernée. Point final. 
L'homme (les hommes) ne peu(ven)t avoir qu'une part de soutien, mais jamais être en position de décider. Je le dis d'autant plus fermement qu'au long de l'histoire, il a fallu attendre plusieurs milliers d'années (au moins depuis que l'écriture existe et qu'on en a la trace) pour qu'elles soient en mesure de prendre ces décisions. Le serment d'Hippocrate spécifie bien de ne pas délivrer de pessaire abortif à une femme, alors que l'avortement était pratiqué... à la demande des maris... On ne peut pas être plus clair. 

Vous soulevez d'ailleurs une question très importante qui me permet d'éclairer ma position : s'il existait une pilule pour hommes, est-ce que ça réglerait le problème des femmes ? Non. Et pour tout plein de raisons : 
- Parce que leurs partenaires ne la prendraient pas tous. 
- Parce que leur partenaire habituel pourrait ne pas vouloir/pouvoir la prendre, ou la prendre mal et l'oublier. 
- Parce que la femme concernée pourrait très bien décider d'avoir des relations sexuelles avec un (d') autre(s) homme(s). Etc. 
Et aussi parce que, quelle que soit la méthode, les échecs (toujours possibles même en cas d'utilisation parfaite) auraient toujours pour résultat... une grossesse imposée à la femme. 

Dans mon esprit, il est donc clair que la priorité est de donner aux femmes des méthodes fiables, faciles, accessibles et sans danger. Ensuite, bien sûr, il est souhaitable de mettre au point des méthodes masculines également fiables, faciles, accessibles et sans danger. Mais ça ne réglera pas, jamais, le problème de TOUTES les femmes, ni même de la majorité de femmes qui ne vivent pas une relation équitable et d'égalité avec l'homme qui partage leur vie. Ca ne réglera, en particulier, pas le problème des femmes qui vivent seules (et dont le nombre est de plus en plus grand, en particulier dans les pays développés) et encore moins celui des femmes qui vivent dans une société où la contraception n'est pas accessible ou est interdite parce qu'on y tient comme une norme que les femmes doivent avoir des enfants. 

Ma préoccupation première est que les femmes contrôlent leur vie. Si leur(s) compagnon(s) le font aussi, tant mieux, mais elles ne doivent pas devoir compter sur eux en tout temps. Pour vous donner une analogie : lorsque vous montez en voiture, est-ce que vous omettez de mettre votre ceinture de sécurité quand une autre personne conduit, parce que vous pensez qu'elle est une excellente conductrice/un excellent conducteur ? Non, bien sûr. Car l'accident peut être indépendant de la personne au volant, et les conséquences sont individuelles. Dans mon esprit, compter sur la contraception masculine c'est laisser son compagnon conduire en acceptant de ne pas porter de ceinture ET de rouler avec un airbag désactivé côté passager...  
Un couple de mes amis (ils s'entendent très très bien et vivent ensemble depuis de nombreuses années) m'a fait part d'une conversation qu'ils avaient eue à ce sujet. Elle était porteuse d'un DIU qu'elle tolérait parfaitement. Sachant que même avec une méthode bien tolérée, les échecs existent, son compagnon lui demanda ce qu'elle pensait de son intention de demander une vasectomie. Elle lui répondit qu'elle soutiendrait sa décision, mais que ça ne changerait rien pour elle : la vie sexuelle qu'on vit à un moment donné peut être bouleversée à tout moment par une séparation, une agression, une rencontre... 

p.153-154 sur la l'accessibilité de la contraception dans les sociétés patriarcales oppressives, les hommes y décident si et quand une femme doit être enceinte. Si je peux l'entendre pour certaines femmes qui sont "sous le joug" d'une société patriarcale, il me semble que la majorité d'entre les femmes sont libres de choisir leur contraception. Mais là peut-être que je me fourvoie... 

Si je peux me permettre (mais je pense qu'il est souhaitable d'interroger des autrices féministes sur ce point et ne pas me croire sur parole) je pense qu'effectivement, vous vous fourvoyez. 

Même dans les sociétés occidentales qui ont l'air de ne plus être oppressives, la prescription médicale est depuis longtemps (et encore) assujettie aux médecins (majoritairement des hommes). En France, en particulier, la surprescription de la pilule (comparée aux autres méthodes) est clairement liée au fait que les médecins décident à la place des femmes. Ce n'est pas ouvertement paternaliste, mais dans les faits, ça l'est pour chaque femme qui n'a pas le choix. Et je ne vous parle pas de celles à qui on refuse la méthode qu'elles choisissent... 

Il y a 20 ans, sur mon site internet, j'expliquais aux internaute qu'une femme sans enfant peut, sans danger, porter un DIU. La majorité des médecins le leur refusaient à l'époque. Il y en a encore. Même en France, donc, toutes les femmes n'ont pas le choix (surtout quand elles sont pauvres ou minorisées ou handicapées, ou parlent mal le français...) 


J'avoue que ça m'énerve un peu qu'on mette les femmes souvent en position de victime sur des choses où il me semble que nous avons notre libre arbitre. Mais c'est vrai que j'ai eu la chance d'avoir des parents aimants et ouverts d'esprit, et  c'est plus facile de faire des choix libres dans ces conditions là...

Comme je l'entendais dire récemment par une de mes amies, il y a une différence entre être opprimée et être victime. La première sait qu'on l'opprime ; la seconde ne le sait pas. Regardez autour de vous, pensez vous que toutes les femmes ont la même autonomie que la vôtre ? Mais vous avez répondu à cette question vous-même, ci-dessus. 

Et donc, pensez-vous que toutes les femmes sont des victimes, ou que certaines ont le sentiment d'être opprimées (par leur conjoint, leur famille, leur médecin) et d'autres non, et que parmi celles qui n'ont pas ce sentiment, toutes ont leur libre arbitre ?

Je ne suis qu'un homme, mais pour avoir entendu beaucoup de femmes parler de leur vie, je suis convaincu qu'un très grand nombre de femmes, quelle que soit leur situation, sont encore en situation d'oppression et ne sont pas entièrement maîtresses de leur sexualité et de leur capacités reproductives. Non parce qu'elles sont des "victimes" ou des "personnes passives", mais bien parce qu'on les empêche d'exercer cette liberté. 

J'espère que mes réponses auront éclairé les propos qui vous ont fait réagir, et je vous remercie encore une fois de m'avoir lu, de m'avoir écrit, et de m'avoir fait confiance en me disant ce qui vous posait problème. 

Je me permettrai de publier vos questions (anonymisées) et mes réponses d'ici quelques jours sur mon blog, "L'Ecole des soignantes", car c'est de ce type d'échange que la réflexion de tou.te.s se nourrit. Merci aussi pour cela. 


Très amicalement 
Martin Winckler 


Une autre lectrice m'écrit à propos du même passage du livre sur la contraception masculine, et son message (et l'information qu'elle fournit sur une méthode nouvelle) est passionnant. MW 

Bonjour Monsieur, 

Je me permets de vous écrire car je trouve dommage et incomplet ce que vous dites sur la contraception masculine p 153 du chapitre de la contraception, paragraphe 3: les hommes devraient-ils porter le poids de la contraception ?

Bien que la contraception masculine soit encore très peu pratiquée en France, la CMT ( contraception masculine thermique) que vous évoquez rapidement est en plein développement et ne se résume plus à ce fameux slip chauffant toulousain. L’anneau andro-switch en silicone médical a depuis été commercialisé et présente des résultats tout à fait satisfaisants, en réduisant la concentration de spermatozoides dans le sperme à moins de 1 million/ ml. Il n’est donc pas , sauf erreur de ma part, impossible de mettre la production de spermatozoides au ralentit sans l’aide de médicament. 

Cette méthode est peu coûteuse, efficace ( mon compagnon la pratique ), non invasive, pratique, elle permet de responsabiliser les hommes, de libérer comme vous le mentionnez la charge mentale des femmes, de rapprocher les couples, elle ne contient pas d’hormones et dispose d’un impact environnemental très faible. 

Les médecins ont, je pense, la responsabilité d’expliquer que cela existe et fonctionne très bien. La contraception ce n’est pas soit le rôle des femmes soit l’obligation pour les hommes d’effectuer une vasectomie! Nous avons vu 4 médecins différents lorsque nous avons décidé d’utiliser ce moyen de contraception, 1 seul connaissait le slip chauffant (et non cet anneau nommé andro-switch) et il a éprouvé de la peine pour mon ami à l’idée d’avoir les testicules remontées 15j/ jour. La pose d’un stérilet est sûrement largement aussi douloureuse, sans parler des effets secondaires des autres moyens de contraceptions que vous expliquez d’ailleurs brillamment dans votre ouvrage. 

Le premier mois du port de cet anneau pour un homme est désagréable, c’est vrai mais ensuite il ne le sens plus. Cette contraception apporterait d’ailleurs  bien des solutions aux femmes qui ne supportent aucun moyen de contraception (j’en connais plusieurs malheureusement ). 

Veuillez m’excuser pour la longueur de ce mail, je ne sais pas si vous le lirez mais dans cet espoir je vous glisse le lien suivant pour plus d’informations sur ce sujet précisément qui reste totalement méconnu.  

http://thoreme.fr/


L., ingénieure en biotechnologie. 



Voici en réponse, quelques remarques et questions : 


Il n’est donc pas , sauf erreur de ma part, impossible de mettre la production de spermatozoides au ralenti sans l’aide de médicament. 
​"Au ralenti", certes, et on le sait. Mais pas la suspendre complètement (ce que font les contraceptions hormonales féminines). Et même 1 million de spz par ml, ça suffit pour déclencher une grossesse... ​

Cette méthode est peu coûteuse, efficace ( mon compagnon la pratique ), non invasive, pratique, elle permet de responsabiliser les hommes, de libérer comme vous le mentionnez la charge mentale des femmes, de rapprocher les couples, elle ne contient pas d’hormones et dispose d’un impact environnemental très faible. 

​Le fait que votre compagnon la pratique n'est pas, en soi, suffisant pour dire qu'elle est efficace. Elle l'est pour vous deux, et c'est tant mieux. Mais pour quelle proportion des hommes et des couples (ce qui n'est pas la même chose) le serait-elle ? Manifestement, il n'existe pas de données de grande ampleur permettant de répondre quantitativement. 


Les médecins ont, je pense, la responsabilité d’expliquer que cela existe et fonctionne très bien.

​Que cela existe, certainement. Que "ça fonctionne très bien"... sans avoir de chiffres ? Je ne crois pas. ​

 
 La pose d’un stérilet est sûrement largement aussi douloureuse, sans parler des effets secondaires des autres moyens de contraceptions que vous expliquez d’ailleurs brillamment dans votre ouvrage. 

​Ce que j'explique précisément (et aussi avec le Dr Alain Gahagnon, algologue, dans Tu comprendras ta douleur), c'est que la douleur est une perception unique, personnelle, non mesurable (on ne peut qu'en faire une estimation approximative, à condition de respecter des protocoles très précis) de l'extérieur, non comparable et non transférable. 

Ainsi, la pose d'un DIU peut être TRES douloureuse ou indolore, selon la femme et (surtout) la personne qui insère le DIU. ​Par conséquent, il est probable que le port d'un anneau sera vécu très diversement selon  les hommes.

J'ajouterai que s'il n'est pas possible de comparer la douleur de pose d'un DIU entre deux femmes, il est encore moins possible de comparer l'utilisation de deux méthodes différentes par deux personnes de genre différent... 

Si nous voulons que les douleurs des femmes soient prises en compte, il faut précisément leur demander à elles-mêmes de les mesurer pour elles-mêmes, et non en les comparant à celles (réelles ou supposées) des hommes. Car c'est exactement ce qu'ont toujours fait les hommes pour minimiser les douleurs des femmes. 

Le premier mois du port de cet anneau pour un homme est désagréable, c’est vrai mais ensuite il ne le sen​t ​plus. 

​Là encore, je suis certain que c'est vrai pour votre compagnon, mais rien ne permet de savoir pour quelle proportion d'utilisateurs potentiels (et volontaires) ce serait vrai. 


Cela étant, j'ai lu attentivement le site  de la méthode andro-switch et je trouve le concept très intéressant. Il est scientifiquement tout à fait valide et élégant car il met en oeuvre ce qu'on sait de la physiologie et de l'anatomie masculine. La remontée des testicules dans l'abdomen est une pratique connue dans certaines cultures. Sauf erreur de ma part, elle est en particulier utilisée par les athlètes japonais de Sumo pour éviter les traumatismes pendant leurs compétitions. 
Et si les testicules sont (en principe) extérieurs, c'est parce que la spermatogenèse ne se fait pas bien à 37°, mais beaucoup mieux à une température plus basse. C'est sur ces notions qu'est également conçu le slip chauffant. 

Mais le site ne répond pas à certaines questions que je me suis posé : 

-- Quelle est la proportion d'hommes dont l'orifice inguinal est, à l'âge adulte, suffisamment large pour permettre de laisser rentrer les testicules dans l'abdomen ? 

​-- Existe-t-il un risque de comprimer une artère et/ou une veine testiculaires ou un nerf pendant la pose de l'anneau ? Y a-t-il des situations anatomiques qui contre-indiquent l'utilisation de l'anneau, et sait-on comment les identifier ? Plus précisément : qui peut ou ne peut pas utiliser cette méthode

-- On sait que lorsqu'un garçon naît avec un testicule ectopique (non descendu) le risque de cancérisation de ce testicule augmente - raison pour laquelle on opère les ectopies testiculaires dans les premiers mois de la vie. Que sait-on des risques à long terme de cette méthode ? (Diminution durable ou permanente de la fertilité. Cancérisation. Insuffisance hormonale ?) 

Et enfin : 

-- Quel est le taux d'échecs de la méthode (en pourcentage de grossesses pour 100 années/utilisateurs)? 
(Je rappelle que le taux d'échec d'une méthode féminine est mesurée en pourcentage d'années/utilisatrices - par exemple, celui du DIU au cuivre est de 0,5 grossesses pour 100 femmes utilisant la méthode pendant un an). 

Car fondamentalement, c'est toujours de cela qu'il s'agit : des grossesses assumées par des femmes en raison des échecs d'une méthode masculine... 

Avant de promouvoir une méthode, il est indispensable aujourd'hui de la tester de manière appropriée (assez longue) pour mesurer son efficacité mais aussi déterminer ses éventuels effets indésirables à long terme. De quel recul dispose-t-on pour celle-ci ? 

C'est parce qu'on l'a fait d'abord pour les méthodes féminines qu'on peut aujourd'hui affirmer par exemple que, pour certaines femmes, l'utilisation au long cours d'une pilule a un effet sur leur libido, que l'utilisation des estrogènes après 35 ans augmente le risque de phlébites, etc. 

Soyons clair : je ne dissuaderais jamais un homme ou un couple de recourir à une méthode contraceptive, quelle qu'elle soit, si elle me semble fondée sur des bases scientifiques. C'est le cas de celle-ci. 

Mais il n'est pas conforme à l'éthique, à mon sens, de recommander une méthode sans indiquer aussi ce que sont ses limites - qu'il s'agisse de limites observées ou de questions sans réponse.

Une fois que ces informations ont été données, chacun(e) est libre de faire son choix. 
Sans elles, ce n'est pas un choix éclairé. 

Merci pour votre contribution. 


MW 

lundi 24 mai 2021

"C'est mon corps" : des questions et des réponses sur la grossesse (et les relations avec les soignantes)

Une lectrice m'écrit pour me poser des questions après sa lecture de "C'est mon corps". Avec son accord, je publie ici questions et réponses. 

MW  


1) Dans votre partie parlant des règles (p.43), il y a un schéma explicatif du cycle utérin. J'y ai observé que l'ovule se déplace des ovaires à l'utérus en passant par la trompe. Mais lors de mes cours j'avais cru comprendre que l'ovule restait à la sortie de l'ovaire, attendait une fécondation (l'arrivée du spermatozoïde) et si elle n'avait pas lieu, il serait donc détruit. Ainsi je ne comprends pas très bien, l'ovule irait-il dans l'utérus pour y être évacué avec les règles ? Ou est-ce un tout autre destin qui l'attend ?

Les spermatozoïdes peuvent se déplacer, pas l'ovocyte. Mais les trompes sont recouvertes de cils mobiles, qui bougent comme des algues au fond de l'océan, et l'aident à se déplacer (comme un tapis roulant) en direction de l'utérus. Donc, il ne se déplace pas seul, mais il se laisse transporter. C'est indispensable parce que sinon, il resterait dans la trompe et n'irait pas s'implanter dans l'utérus. Et de fait, si les cils ont été détruits (par une infection, ou par la consommation de tabac...) il reste en place et lorsqu'il est fertilisé, cela donne... une grossesse extra-utérine (dans la trompe). S'il n'est pas fertilisé, il meurt et est "digéré" par les cellules de l'organisme dont le rôle consiste à "recycler" les cellules mortes  

 
2) A la page 40, dans la partie règles, vous nous informez sur le nombre d'ovules que nous possédons à la naissance : "entre 1 et 2 millions". Et "qu'à la puberté nous n'en possédons plus que 400 000". Ma question est donc : qu'est s'est-il passé ? Ont-ils été détruits ? Et pourquoi en fabriquer autant, si pour qu'au final nous en perdions énormément ?

Les nombre de cellules de la reproduction se monte à 1 ou 2 millions. Mais à la puberté, un nombre limité de ces cellules mûrissent pour devenir des ovocytes prêts à être expulsés et (éventuellement) fertilisés. Entre les deux, les cellules sont bombardées (comme tout le corps) par les rayons cosmiques, et, pour certaines, abîmées. Mais contrairement aux cellules de la peau et des autres organes, qui sont sans cesse renouvelées, les cellules de la reproduction féminine ne le sont pas. Beaucoup sont abîmées. En faisant naître les femmes avec 2 millions, l'évolution s'est assurée qu'elles en auraient encore suffisamment pour se reproduire au bout de 15 à 20 ans... Autrement dit : "- Pourquoi autant à la naissance ? - Pour qu'il en reste assez à la puberté."
 


3) A la page 246, partie grossesse : vous dites : "une grossesse est un accident de la vie [...] nous devons nous féliciter que ce ne soit plus un accident mortel"

Ce qui va suivre recèle, peut-être d'une erreur de compréhension de ma part. Si c'est le cas je m'en excuse. En attendant, je vous expose ma propre perception des choses.

Pour moi, une grossesse n'est pas un accident.
Je pense, qu'un accident est quelque chose qui dépasse notre volonté et survient de manière inattendue (ex : un accident de voiture). Alors bien-sûr il peut y avoir des grossesse non voulu (ex : déni de grossesse, viol,...) et à cet instant, on peut parler d'accident.

Mais pour une grossesse souhaitée, c'est quelque chose que l'on veut, que l'on attend impatiemment. Cependant une fécondation repose sur le fruit du hasard (le spermatozoïde et l'ovule vont-ils se rencontrer ? etc... D'où le fait que vous utilisiez peut-être le terme "d'accident" ?).

Exactement. Il est toujours imprévisible que ce spermatozoïde et cet ovocyte produisent cette grossesse. Et on pense actuellement qu'une grande partie des fécondations ne produisent pas de grossesse ; on sait aussi que beaucoup de grossesses s'interrompent spontanément. C'est dans ce sens que j'utilise le mot "accident". J'aurais pu dire "hasard" mais ce n'est pas exactement le hasard (comme l'est un tirage au sort au Loto), c'est la conséquence de phénomènes biologiques qui sont (relativement) déterminés mais trop ténus pour que nous puissions voir en quoi ils sont "déterminés". En disant "accident", je ne veux pas dire que c'est forcément "malheureux". Il y a des accidents heureux. Comme le fait de rencontrer par accident une personne avec qui on va se lier pendant longtemps. Ou comme le fait de naître à des parents qui veulent des enfants... et qui auraient pu en avoir un autre que nous à ce moment-là, tant les possibilités étaient nombreuses... Nous sommes tous des accidents. :-) 

 


4) Dans la partie "relations avec les soignants" p.398-399-400 : vous parlez de la relation de confiance qu'il faut établir et je suis tout à fait d'accord avec vous dans le fait, qu'il faut : écouter, laisser parler et surtout croire son patient sur tout ce qu'il nous dit, explique, fait.
Mais est-ce possible qu'un patient nous mente réellement ? Et comment faire s'il le fait ? Et surtout, comment le savoir ?

Il n'y a aucun moyen de le savoir, mais par principe, il me semble qu'il est moins problématique de découvrir (occasionnellement) qu'une personne a menti (si tant est que ce sur quoi elle a menti a de l'importance pour nous) que d'être méfiant à l'égard de tout le monde. 
Sur le plan éthique, décider qui ment et qui dit la vérité est, en effet, indéfendable. 
Personnellement, j'ai réglé le problème de la manière suivante : je disais aux patientes que je les croirais toujours, et que quoi qu'elles me diraient, ça resterait entre nous et qu'elles n'avaient pas besoin de tout me dire, juste ce qui me permettrait de les assister/comprendre/soigner/conseiller au mieux.  
En vingt-cinq ans, je ne me souviens pas avoir découvert qu'une personne avait "menti" (parce qu'elle finissait par me dire "la vérité") et que ça avait eu une conséquence grave pour elle (et encore moins pour moi). Dans l'immense majorité des cas, le mensonge est essentiellement fait pour protéger les patientes (des jugements, en particulier). Il n'est pas utilisé pour "exploiter" les soignantes. 
Donc, afin d'accorder le même crédit à toutes les personnes soignées, il est plus productif de croire tout le monde. Et surtout, de croire leurs émotions, leurs sentiments, leurs perceptions, qui pour les personnes soignées sont toujours vraies... 


5) Dernière petite question, ma maman souffre de migraines très très violentes, pendant la période de ses règles. Cependant elle n'est soumise à aucun traitement hormonal, ni aucun autre d'ailleurs. Ainsi, je voulais savoir, est-ce qu'un stérilet en cuivre pourrait la soulager ? Si non, auriez-vous une autre solution ?

Un DIU au cuivre n'aura pas d'effet bénéfique sur ses migraines, malheureusement. Un DIU hormonal ou une pilule progestative en continu, peut aussi être envisagé (si elle a besoin d'une contraception). Par ailleurs, Il existe des traitements spécifiques des migraines. A prendre une fois en cas de crise (triptans, zomig par exemple), ou en continu, en prévention (propranolol, en particulier). Les migraines disparaissent à la ménopause, et il peut suffire de prendre un triptan chaque mois dès le début de la crise migraineuse, en attendant qu'elle soit ménopausée. 

Martin WInckler  

vendredi 21 mai 2021

Grossophobie, image de soi et thérapie : une expérience personnelle

Je viens de terminer la lecture de votre ouvrage « C’est mon corps », et je vous écris pour vous faire part de mon expérience personnelle par rapport à la question du surpoids.


Aux pages 312-313, vous attirez l’attention des lectrices et des lecteurs sur la grossophobie. Puis vous écrivez que « Plus on harcèle quelqu’un au sujet de son poids, plus on risque de lui ouvrir l’appétit ». Cela fait six mois que j’effectue un travail avec une psychologue, spécialisée dans la gestion de l’alimentation. Et elle a changé ma vie.

Je ne vais pas vous raconter toute mon histoire familiale, il faudrait un livre, mais pour aller vite, j’étais à l’école primaire lorsque le médecin scolaire a écrit sur mon carnet de santé : « attention à la courbe pondérale ». Parce que mon poids était au dessus des courbes dessinées dans les carnets de santé de l’époque. 

Cela m’a suivi toute ma vie, a poussé ma famille à me mettre au régime, à me faire consulter des nutritionnistes etc etc. Vous vous en doutez, les choses n’ont fait qu’empirer. Je suis une femme sportive, j’aime les activités de plein air, et je mangeais ce que l’on qualifie de « nourriture équilibrée ». Mais je faisais une taille 48, quand mes soeurs faisaient un 36 ou un 38.

Ce qui rend le surpoids si compliqué, ce n’est pas l’appétit. C’est la nourriture émotionnelle. On mange, de façon automatique, parce qu’on a peur, qu’on est triste, qu’on est contrarié, qu’on est stressé ou encore qu’on se sent coupable.

Et quand tout le monde passe son temps à vous faire remarquer votre surpoids, les émotions explosent. Il n'y a même plus besoin de mots. Ça peut être vous offrir des vêtements qui sont trop petits par exemple. Quand vous mangez, vous culpabilisez constamment. Et vous mangez encore pour faire passer la culpabilité.

En six mois de travail avec cette psychologue (que j’ai trouvé grâce au site du GROS), j’arrive désormais à ne plus considérer un aliment comme « bon » ou « mauvais » de base. Je mange ce que j’aime et ce dont j’ai envie. (Il m’a fallu du temps pour savoir ce que j’aimais réellement. Et c’est là que j’ai compris l’ampleur du problème). J’écoute mieux mon corps. Je l’accepte mieux. Donc je mange moins. Je culpabilise moins. Et c’est un cercle vertueux. Je ne sais pas combien de poids j’ai perdu, parce que je ne me pèse plus. Mais il m’a fallu racheter une nouvelle ceinture, j’étais arrivée au dernier cran de l’ancienne. Et surtout, manger n’est une angoisse que de façon très ponctuelle.

Je sais que votre ouvrage n’était pas à propos du surpoids. Mais aujourd’hui, cette soignante extrêmement bienveillante m’a permis de me sortir d’un cercle vicieux. Et j’ai l’impression que toute la société a encore beaucoup trop d’oeillères. Tout le monde ne me parle que de régime et de maigrir et de supprimer le fromage et le dessert.

Et j’aimerais tellement que la libération que je vis en ce moment puisse être vécue par d’autres personnes. Je ne connais pas votre histoire personnelle et si vous avez été confronté à cela ou pas. Mais si vous saviez à quel point il est douloureux d’être une femme en surpoids en France. A quel point j’ai souffert en silence.

Je vous l’écris parce que je me dis que vous arriverez peut être à faire passer le message, d’une manière ou d’une autre.

A. 

vendredi 14 mai 2021

Un livre personnel sur l'expérience des grossesses arrêtées - par Diane Léonor

 


 

Je m’appelle Diane, j’ai 35 ans et je suis l’autrice du livre « Deux corbeaux et une cigogne », publié aux Editions Michalon. 

Avant de faire des fausses couches, je ne pensais pas que cela pouvait m’arriver. Je savais, évidemment, ce qu’était une fausse couche mais je ne me sentais pas concernée. J’étais jeune, en bonne santé, enthousiaste et surtout très naïve. Disons-le clairement, j’étais, sur le sujet de la maternité, en-dehors de la réalité. 

Je me suis pris claques sur claques en faisant deux fausses couches consécutives. Et certaines m’ont été données par des soignants. Si elles m’ont sonnée dans un premier temps, elles m’ont aussi donné l’envie d’écrire sur un sujet encore trop tabou : les arrêts naturels de grossesse et leur accompagnement.  

L’envie était là. L’élan, je l’ai trouvé auprès de Martin Winckler qui m’a encouragée dans mon projet. 

 

L’annonce d’une grossesse arrêtée est toujours un moment violent. Parce qu’on ne s’y attend pas, voire pas du tout. Et même si on a des doutes, on plonge inévitablement dans un état de sidération. Face à nous, on a un médecin, qui a une salle d’attente remplie de patients et moins de trente minutes à nous accorder. Pour lui, c’est banal. Ça arrive à tellement de femmes. Une femme sur quatre, 200 000 femmes en France par an. Alors il nous propose un arrêt maladie et deux alternatives médicalisées : prendre un médicament abortif, dont il note le nom de son écriture illisible sur un ordonnance ou un curetage. Vous, vous êtes à côté de lui mais en réalité à dix mille lieux. Vous ne réalisez pas ce qui est en train de se passer. Vous comprenez à peine ce qu’on est en train de vous dire. Et c’est bien normal. 

Il y a quelques minutes à peine, vous pensiez mener votre grossesse à terme. 

 

Ce sentiment, je l’ai éprouvé. J’ai aussi rencontré ce type de soignants. Mais dans mon parcours, j’ai eu la chance de rencontrer une sage-femme qui a eu une attitude et un discours différent. Elle m’a écoutée attentivement, longuement et à plusieurs reprises. Elle A ACCEUILLI MES EMOTIONS SANS ME JUGER. Elle s’est rendue disponible toutes les fois où j’en avais besoin, particulièrement dans les moments critiques où j’étais complètement perdue. Elle m’a proposé de ne rien faire et d’attendre que mon corps de lui-même se sépare de cette grossesse. J’ai fait ma première fausse couche en vacances, en Islande, au milieu d’une nature à l’état sauvage. J’étais en paix avec ce que j’étais en train de vivre. Je connaissais les situations d’urgence, j’étais bien informée, j’avais CONFIANCE EN MOI ET EN MON CORPS. Et mon mari était à mes côtés. 

 

Depuis que je suis sur les réseaux sociaux (@gloriamamapodcast) et que j’ai lancé mon podcast, je me rends compte que la majorité des femmes ayant vécu des fausses couches n’ont malheureusement pas bénéficié du même accompagnement que le mien. Beaucoup d’entre elles ont été renvoyées chez elles avec un médicament abortif à prendre. On leur a dit qu’elles allaient avoir des grosses règles. Elle se sont senties seules, abandonnées, voire en danger et la majorité d’entre elles en sont sorties traumatisées. 

 

Ce livre, je l’ai aussi écrit pour que les femmes sachent qu’il n’y a pas que des solutions médicalisées concernant les arrêts naturels de grossesse. Tout comme l’accouchement, une fausse couche peut se vivre de manière PHYSIOLOGIQUE.  

Mon propos n’est pas de dire qu’une méthode (médicament / curetage / ne rien faire) est meilleure que l’autre. L’important est que les femmes aient le choix. Et pour ce faire, le rôle des soignants est de les INFORMER sur les avantages et les inconvénients de chaque méthode afin qu’elles puissent faire le CHOIX QUI LEUR CORRESPONDE. Puis de les ACCOMPAGNER DANS LEUR CHOIX, avant, pendant et après leur fausse couche. 

 

Ce livre, je l’ai aussi écrit pour que les soignants se rendent compte du vécu des femmes et des couples et de l’importance de leurs mots et de leur accompagnement. J’ai pour certains d’entre eux une immense reconnaissance. 

 

Soignants, vous qui lisez ces lignes, ne nous considérez pas comme un UTERUS QU’IL FAUT VIDER à tout prix LE PLUS RAPIDEMENT POSSIBLE, mais comme des femmes qui viennent de perdre leur bébé et cela quel que soit le stade de nos grossesses. Avant la technique, ce qui compte à mon sens, c’est un accompagnement émotionnel. 

 

Car comme le dit si bien Martin Winckler dans son ouvrage Les Brutes en blanc « pour soigner sans nuire, il est important avant tout d’avoir le souci de l’autre et de ce qu’il éprouve. » 

 

Diane Léonor 

 

Diane Léonor vit au Maroc où elle a écrit un premier livre « Deux corbeaux et une cigogne » aux éditions Michalon. Elle y raconte le vécu de fausses couches consécutives et l’accompagnement des soignants. Mais aussi le bonheur de la grossesse et d’un accouchement choisi. 

 

Pour aider les couples, elle a créé le site Gloria Mama où on retrouve les enjeux et les messages clefs de son histoire ainsi qu’un podcast du même nom. Florilège de témoignages de femmes du monde entier et d’interviews de professionnels, elle invite à s’interroger sur ce que les femmes souhaitent pour que leur grossesse et accouchement restent des moments uniques de leur vie, vécus de manière positive et respectés par le corps médical.