jeudi 23 septembre 2021

Le vaccin, le masque, la ceinture de sécurité et le grille-pain - par Martin Winckler (Dr Marc Zaffran)


Hier, je discutais avec ma fille aînée qui me demandait : "Que répondrais-tu à une personne qui ne veut pas se faire vacciner en arguant que c'est sa liberté et qu'elle fait ce qu'elle veut de son corps".  Un de ses frères m'avait posé récemment la même question. 

Je lui ai répondu brièvement mais ça m'a donné envie de détailler ma réponse ici, au cas où vous auriez affaire à des personnes qui tiennent le même discours (et qui n'ont pas de raison médicale de ne pas se faire vacciner). 

*****


D'abord un avertissement : ce texte est destiné aux personnes qui acceptent :  

- que la Covid-19 est une maladie infectieuse 

- que les masques diminuent la propagation du virus, lequel est transmis par la respiration. 

- que la maladie peut être prévenue par la vaccination

- que les vaccins existants sont efficaces (même s'ils ne le sont pas à 100% et même s'ils ont des effets indésirables, ce qui est le cas de TOUS les vaccins) 

- que la vaccination est moins dangereuse que le virus. 

Si vous doutez le moindrement de ce qui précède, ne lisez pas ce texte, il risque de vous faire tousser.  

*****

La liberté des individus est inaliénable, et c'est parce que je tiens à cette valeur que je défends (par exemple) la liberté absolue des femmes de faire ce qu'elles veulent de leur corps et de ce qui s'y passe (une grossesse, par exemple), mais aussi la liberté absolue de tout individu de mettre fin à ses jours de la manière la moins violente possible, avec l'aide de soignantes compétentes. 

De même, je refuse d'imposer une vaccination à qui que ce soit. Si une personne redoute de se faire vacciner, c'est son droit de refuser, comme de refuser n'importe quel traitement. 

MAIS. Ma liberté, comme dit le proverbe, s'arrête où commence celle des autres. 

Etre favorable à la liberté d'avorter, ça n'autorise pas à imposer l'avortement à toutes les femmes. De même, refuser d'avorter, ça n'autorise pas à le refuser aux autres. 

Etre favorable à l'aide médicale à mourir, ça ne veut pas dire imposer à toute personne de plus de 75 ans de mourir. (Par exemple). Refuser d'y recourir, ça n'autorise pas à le refuser aux autres. 

C'est simple : ma liberté d'accepter ou refuser quelque chose ne m'autorise pas à l'interdire aux autres. 

Par extension, ma liberté est incompatible avec la mise en danger des autres. Quand je me vaccine (en prenant le risque, limité mais non nul, de subir un effet indésirable du vaccin) je ne mets pas les autres en danger. Ca ne concerne que moi. (Tout comme quand je décide d'escalader une paroi à mains nues ou de traverser l'Atlantique à la nage...)  

Etre libre de faire ce qu'on veut de son corps, ça n'est pas être libre de faire ce qu'on veut avec le corps ou la santé d'autrui. Et il me semble qu'on peut trouver une analogie très simple dans la conduite en voiture.

Quand nous montons dans une voiture, on attend de nous (en dehors d'avoir appris et obtenu son permis), de respecter le code de la route (limitations de vitesse, feux de signalisation, conduite à droite en Europe, etc.) et de ne pas adopter de comportement dangereux. Il y a trois comportements dangereux qui me semblent assez clairs : boire de l'alcool avant de prendre le volant ; refuser d'attacher sa ceinture et ne pas demander (voire interdire) aux autres passagers de le faire ; conduire en dépassant la vitesse limite. 

Chacun est libre de ses actes mais conduire après avoir bu (même si on est seul au volant) ou conduire sans ceinture ou en dépassant la vitesse limite exposent à deux types de conséquences : la moins grave est de se faire verbaliser ou retirer son permis. La plus grave, c'est de provoquer un accident qui tue ou blesse grièvement le conducteur, ses passagères, les personnes extérieures au véhicule. C'est moins facilement (voire jamais) réparable et les conséquences financières sont lourdes pour tout le monde (le responsable et ses victimes). Le problème c'est qu'on ne sait jamais si on aura un accident et quelle en sera la gravité. 

On sait en revanche que la mortalité et la gravité des accidents de la route a considérablement baissé quand on a limité la vitesse, imposé la ceinture et sanctionné l'alcool au volant. Mieux vaut prévenir que guérir. 

Ne pas se vacciner contre la covid/ne pas porter de masque est similaire à la conduite automobile dangereuse. Vous avez beau penser que vous pouvez tout contrôler, c'est faux. Il y a trop d'impondérables. Vous ne pouvez pas être sûre que vous ne serez pas infectée et/ou, si vous l'êtes, de ne pas être malade et surtout de ne pas rendre quelqu'un d'autre malade. Autrement dit : ne pas vous vacciner, c'est vous exposer, comme quand vous prenez le volant sans respecter les règles de sécurité, à provoquer un accident, peut être mortel  pour vous et pour des personnes qui, elles, les avaient respectées. (Ou qui ne conduisaient même pas...) 

Dans ce cas, l'exercice de votre liberté aura pour conséquence que vous serez pénalisées, physiquement (si vous êtes blessé vous même), sur le plan légal (vous avez enfreint la loi), et probablement sur le plan financier. Votre liberté peut coûter cher aux autres et, si c'est le cas, elle vous coûtera cher à vous aussi. 

Vous ne voulez pas vous vacciner et/ou porter un masque (conduire sans dépasser la vitesse et mettre votre ceinture) quand on demande de le faire pour la sécurité de toutes ? C'est votre droit. Mais attendez-vous à en assumer les conséquences - autrement dit : à ne pas être autorisée à mettre les autres en danger : vous ne pourrez pas aller au cinéma, vous n'entrerez pas dans un restaurant, vous ne circulerez pas dans un lieu public fermé. 

Notez bien que si vous êtes contaminée et tombez malade, on vous soignera quand même, tout comme on soigne les chauffards ivres qui ont provoqué la mort de personnes qui avaient, elles, respecté les règles. Il me semble donc que la pénalité d'une non-vaccination (être relativement exclu.e de la vie publique) n'est pas un prix très lourd à payer.. 

Ca me semble donc simple : si vous êtes capable de comprendre les limites, contraintes, régulations et conséquences de la conduite automobile (ou de ne pas traverser quand le feu est vert pour les voitures, ou de ne pas jeter de l'essence sur votre bar-b-cue, ou de ne pas jeter une cigarette dans un sous-bois, ou ne ne pas faire griller votre pain pendant que vous êtes dans la baignoire), vous êtes capable de comprendre celles de la vaccination contre la Covid-19. 

A moins que vous ne vouliez vraiment jouer à l'imbécile. 

Car, je le répète, votre liberté d'agir est absolue. Si vous avez envie de vous faire griller du pain ou de vous sécher les cheveux dans la baignoire, c'est votre droit le plus strict. Mais faites le dans votre baignoire et ne demandez à personne de vous y rejoindre. 

Martin Winckler 

PS : Quant au pass-covid, on vous demande bien d'avoir le permis de conduire pour prendre le volant, non ? On vous demande bien votre carte de sécu à l'entrée de l'hôpital ? On vous demande bien votre passeport avant de prendre l'avion et de justifier de vos vaccinations contre la fièvre jaune quand vous allez dans un pays où elle est endémique ? Alors où est le problème ? 


6 commentaires:

  1. Je suis surprise de votre réponse, venant de vous, qui avez travaillé avec la revue Prescrire, gardez un esprit très critique vis-à-vis de la médecine et du pouvoir médical et êtes en empathie avec celles et ceux qui ont bien du mal à s’y retrouver dans les « prescriptions » qui leur sont adressées (je vous lis !) :
    - Les vaccins contre le covid19 bénéficient d’une AMM conditionnelle, donc nous ne connaissons pas encore, notamment, leurs effets secondaires à moyen et long terme ; des vaccins déjà utilisés ont vu leurs indications restreintes du fait d’effets secondaires sur une classe d’âge (AstraZeneca) ou leur utilisation modifiée du fait de doute sur leur efficacité (Janssen, seconde dose préconisée avec un vaccin à ARNm) https://ansm.sante.fr/actualites/point-de-situation-sur-la-surveillance-des-vaccins-contre-la-covid-19-periode-du-20-08-2021-au-02-09-2021
    - Nous n’avons pas encore démontré formellement que la vaccination empêche la transmission de ce virus (c’est le cas également pour la grippe, « les preuves d’efficacité de la vaccination des soignants pour les personnes âgées dont ils s’occupent sont fragiles », revue Prescrire n°421, pages 847-849).
    Les motifs de la non vaccination sont à rechercher au-delà de l’irresponsabilité des personnes qui refusent de se faire vacciner (cet argument me semble infusé dans votre propos). Voir Prescrire 2018, 38 (422) : 933-938, « Obligation vaccinale : mieux comprendre pour mieux accompagner », et un article de septembre 2021 « L’exposition aux médias d’information, possible facteur d’anxiété », qui comporte un point de vue de la rédaction très campé : « Une « expertise » médiatique pas toujours éclairante » page 896, laquelle expertise inclut celle de médecins plus préoccupés de leur aura que de l’intérêt du public. Comment la population peut-elle sereinement accepter de se faire vacciner ?
    Je pense également important de lire ce qu’en disent des professionnel.les d’autres disciplines que la médecine ou la pharmacie https://blogs.mediapart.fr/cachoub/blog/020821/ne-soyons-pas-trop-binaires
    Au plaisir de continuer à vous lire

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    1. Savez vous que la variole a été éradiquée ? Et la polio ? En combien d'années, à votre avis ? Combien de temps aurait-il fallu attendre pour avoir une validation des vaccins (qui sont officiellement validés par la FDA à ce jour) ? Combien de morts ? Vous souvenez-vous du SIDA et du fait que tout le monde appelait un vaccin de ses voeux ? Vous souvenez vous avoir vu des enfants mourir de rougeole ou de diphtérie ? Moi, oui. De tétanos ? Moi, oui. Je ne sais pas quels passages de Prescrire vous citez mais ça m'étonnerait que la rédaction soit opposée à la vaccination. Dire qu'on ne connaît pas tous les effets secondaires d'un vaccin est indispensable. De là à prétendre que la vaccination serait pire que le virus lui-même... Les personnes mortes de covid-19 ne sont pas mortes d'anxiété. Les personnes qui ont évité la Covid-19 (j'en fais partie) se sentent beaucoup moins anxieuses depuis qu'elles sont vaccinées. Et parmi les hospitalisations pour covid grave, cet automne les personnes non vaccinées sont spectaculairement majoritaires. A présent, tirez-en les conclusions que vous voulez, mais n'empêchez aucune personne de se faire vacciner si elle le choisit. Surtout pas en brandissant le spectre d'un vaccin dangereux. A côté de la Covid, question dangerosité, les vaccins ne font pas le poids. (Mais ils font bien leur travail, comme on le voit clairement dans les statistiques mondiales.)

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    2. "Les vaccins contre le covid19 bénéficient d’une AMM conditionnelle, donc nous ne connaissons pas encore, notamment, leurs effets secondaires à moyen et long terme"
      Si le covid était une maladie à faible taux de transmission et/ou de mortalité, je serais d'accord avec vous: les inconvénients liés à un vaccin non testé sur le long terme seraient supérieurs aux effets de la maladie.
      Mais le fait est que le covid tue plus que la grippe et se transmet bien. Et que les risques liés aux vaccins sont inférieurs à ceux du covid. Bénéfice risque: avantage au vaccin.

      Autre point:
      Le covid est la source d'une pandémie avec un virus nouvellement apparu. Contrairement à la grippe, le virus n'existe pas depuis des millénaires.
      Dès lors, il était évident que si un vaccin peut être utilisé pour stopper cette pandémie, il n'y aura pas de recul possible.
      Si demain une pandémie se déclare avec une maladie ayant un taux de mortalité aussi élevé que la peste noire ou Ebola, allons nous devoir attendre 10ans que tous les effets secondaires possibles et imaginables d'un vaccin soient testés? A ce compte, il ne restera plus grand monde pour se faire vacciner...

      "Les motifs de la non vaccination sont à rechercher au-delà de l’irresponsabilité des personnes qui refusent de se faire vacciner"
      Je ne suis pas le docteur W. et pour moi la responsabilité des personnes est surtout valide pour les soignants. Pour les autres, j’admets que le raisonnement "moi d'abord les autres ensuite" est très humain. Après tout si je peux éviter les risques du vaccin et de la maladie, tant mieux pour moi et tant pis pour ces pauvres -bip- qui se sont fait vacciner ou qui ont eu la maladie.
      Pour ce qui est des motifs, je ne pense pas que les gens agissent logiquement et "en toute liberté" (moi inclus). Je pense que 80% des fois nous agissons parce que manipulés. Dans le cas présent, il faut croire que la manipulation pro vaccination a raté un peu. D'un autre coté, déjà à l'époque de Pasteur, la vaccination marchait mal...

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  2. pourquoi "le conducteur, ses passagères,..." ?

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    1. Parce que statistiquement, les hommes sont plus dangereux aux volants que les femmes, qui sont plus nombreuses parmi les victimes. Ce n'est pas moi qui le dit mais les statistiques de la sécurité routière.

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  3. Merci cher docteur W.
    J'ajouterai que dans pas mal de pays il y a reconnaissance de la légitime défense. Si j'attrape le virus parce que certaines personnes se sont offert le luxe de ne pas se faire vacciner, je risque de leur en vouloir beaucoup... Et comme leur non vaccination est pour moi une quasi menace de mort...
    - pardon, je viens de voir un western. On se détend...-

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